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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 22:18

Escale en solo au pays
du Soleil-Levant


Par Chloé Chochard-Le Goff

Les Trois Coups.com


Sur la scène du Petit Hébertot, Layla Metssitane entremêle brillamment les cultures à partir d’une adaptation du roman « Stupeur et tremblements », d’Amélie Nothomb.

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« Stupeur et tremblements » | © Sandra Schmidt

Amélie Nothomb publie Stupeur et tremblements en 1999. Neuvième roman de l’auteur, ce récit autobiographique retrace son parcours dans une firme japonaise. Elle constate rapidement que le fossé culturel qui sépare les femmes occidentales des nippones est réel et profond. Layla Metssitane s’empare de cette expérience pour faire découvrir et partager, par le théâtre, ces différences sociales. Pour que l’illusion soit totale, la comédienne se grime le visage d’un maquillage blanc, rehaussé d’une touche rouge vif sur les lèvres, tout en narrant les devoirs des Japonaises.

Le résultat est impeccable, et l’on a déjà beaucoup appris de la vie de ces femmes. Pas évident. Leur charme délicat contraste avec le poids des valeurs qu’on leur inculque. C’est le thème que Layla Metssitane choisit d’approfondir, afin de montrer combien le rôle des femmes diffère d’une culture à l’autre. Au Japon, le dureté de leur vie les conduit parfois à commettre des actes de folie sans que personne n’y trouve rien à redire. La pitié est le plus vil des sentiments et le suicide une preuve de courage.

La scénographie est simple, à l’instar du mobilier d’une habitation nippone. Une seule table basse fait aussi bien office de bureau que de coiffeuse. Layla Metssitane traite sa mise en scène avec la délicatesse propre aux Japonaises. Comme pour surveiller sa création, un grand mannequin féminin, personnalisant Mademoiselle Mori, tout vêtu de noir, domine la scène. Sobre, certes. Mais l’éclairage et le son se chargent de faire vivre le plateau. La lumière modélise les lieux, les bruits deviennent personnages. Par sa fougue, l’actrice recrée l’espace. Il en faut peu parfois pour créer un environnement particulier. Le tout est de savoir s’approprier ces mécanismes. Layla Metssitane y parvient sans difficulté. Elle occupe chaque parcelle du plateau, alternant mouvements rapides et immobilisme patient. Le rythme des phrases d’Amélie Nothomb se devine sous les tirades et sous les gestes. On sent la difficulté d’être constamment lisse comme les Japonaises. L’âme, à fleur de peau, trépigne face à ce décor ordonné. Il lui en coûtera.

Layla Metssitane a avant tout un talent de conteuse. Seule sur scène, durant une heure, elle compose une multitude de personnages et tente d’interpréter leurs pensées. Déguisements, maquillages, grimaces, autant de panoplies qui enrichissent et diversifient son jeu. Mais la comédienne va encore plus loin et entame un travail sur le timbre de la voix, variant davantage la palette des atmosphères. Ainsi, elle use aussi bien d’une voix de tragédienne pour énumérer chaque devoir de la femme japonaise que de celle confidentielle d’une amie. Cette pièce de théâtre est surtout la révélation d’une femme, ou d’une multitude de femmes qui grandissent à travers nous. Quel que soit l’endroit où l’on vit, il existe des moments de partage et d’union que les frontières géographiques, culturelles ou sociales ne peuvent arrêter. Les livres le permettent par l’imagination, le théâtre par la proximité spatiale.

Comme à la lecture d’un livre, un univers prend forme devant nos yeux. Mais ici, notre imagination n’est qu’un leurre, Layla Metssitane est bien réelle et redouble de trouvailles de jeu pour tenir le spectateur jusqu’au bout. 

Chloé Chochard-Le Goff


Stupeur et tremblements, d’Amélie Nothomb

Cie Théâtre des Hommes • 37, avenue Mathurin-Moreau • 75019 Paris

06 24 82 25 46

Courriel : lacompagnietheatredeshommes@gmail.com

Adaptation et mise en scène : Layla Metssitane

Avec : Layla Metssitane

Lumière : Philippe Groggia

Le Petit Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Site du théâtre : http://www.petithebertot.fr/

Courriel du théâtre : contact@petithebertot.fr

Réservations : 01 42 93 13 04

Du 18 mars au 15 mai 2011 à 19 heures, dimanche à 15 heures, relâche le lundi

Durée : 1 heure

25 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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