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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Du risque insoupçonné d’être voyeur
Pour cette première en France, le jeune artiste catalan Pere Faura se lance dans un effeuillage décalé et plein d’humour. Un « striptease » qui ne ménage pas la pudeur de son public.
« Striptease » | © Rafael Gavalle
Dans la vaste famille qui regroupe les champs chorégraphiques, il y a les formes établies et les ovnis. Cette pièce relève sans conteste de la deuxième catégorie. Forme foutraque mêlant culture pop, stand‑up ou références à la vie nocturne, ce solo est un bel exercice de style, fougueux et rafraîchissant, drainant son lot de rires et de surprises.
Avec cette création, le chorégraphe souhaite réfléchir aux liens qui unissent striptease et danse, ou plutôt au processus qui conduit au désir dans cette discipline. Prenant comme fil conducteur un extrait de film dans lequel Demi Moore incarne une stripteaseuse dans toute sa symbolique archétypale, il met en lumière l’ambivalence d’un tel corps dansant, corps qui oscille entre représentation artistique et appel sexuel.
L’effeuillage relevant à la fois de mouvements chorégraphiés et d’objet d’excitation, il faut forcément choisir sa manière de voir, selon Pere Faura. Il en profite donc pour pointer du doigt, avec un second degré jouissif, les hypocrisies concernant une discipline qu’il transforme en objet d’étude proche de la conférence.
Sur scène, il y a une caméra. Le public l’a obligatoirement remarquée en entrant dans la salle, dressée sur pied au centre d’un plateau nu. Puis le danseur entre sur scène et on oublie ce témoin silencieux. Ne pas prendre cet objet au sérieux, c’est là notre erreur, car il traque tout de nos réactions et se rappelle à nous dans le tableau final.
Un drôle de piège impudique
Nos visages défilent alors en gros plan sur écran géant, derrière l’interprète. Celui‑ci se retourne vers ce nouveau spectacle, cette inversion savoureuse du rôle du regardé et du regardant. À nous de nous retrouver mis à nus, pris au piège de nos expressions faciales, de ce que l’on pensait n’appartenir qu’à nous dans le confort obscur de nos sièges. Un drôle de piège impudique, qui colle parfaitement au propos, mais qui n’en est pas moins déstabilisant.
Si j’ai adoré me faire avoir, me retrouver dans cette position de l’arroseur arrosé – ou du voyeur vu –, force est de constater que la salle ne réagira pas unanimement avec une telle légèreté bon joueur. D’où certaines réactions mitigées du public, réactions légitimes d’ailleurs, puisque d’une part nous ne sommes pas armés de la même façon, et que d’autre part on touche ici à un point limite du consentement à l’image.
On retiendra donc beaucoup d’audace et d’intelligence dans cette courte performance qui alterne entre théorie et exercices pratiques. Reste, pour transformer l’essai en tour de force, à la rendre plus autonome de son retournement de situation final. Car un concept, même s’il est pertinent et incisif, ne peut suffire à bâtir une pièce dans sa globalité. ¶
Aurore Krol
Les Trois Coups
Striptease, de Pere Faura
Conception : Pere Faura
Interprétation : Pere Faura
Vidéo : Pere Faura
Musique : Carlos Jobim, Annie Lennox
Montage : Ivo Vol
Lumière : Paul Schimmel, Pere Faura
Assistant : Jorge Dutor
Diffusion : Elclimamola
Production : Frascati Theater à Amsterdam, La Caldera à Barcelone
Les Hivernales • 18, rue Guillaume‑Puy • 84000 Avignon
Du 11 au 21 juillet 2012 à 18 heures, relâche le 15 juillet 2012
Durée : 40 minutes
Réservations : 04 90 82 33 12
22 € | 15 € | 12 € | 8 €
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