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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Vaporeux au risque d’être fumeux
Sur le parvis de la porte des Lilas, la dalle aux Chapiteaux accueille la dernière création du Cirque Électrique, « Steam », spectacle aux acrobaties maîtrisées et aux idées sous-exploitées.
Depuis quinze ans, le Cirque Électrique renouvelle le cirque contemporain. Avec de petits moyens, la compagnie a
de grandes ambitions. Ponctué par deux textes courts, le spectacle débute avec la crise de l’Europe et se clôt par la reconnaissance impuissante de la faillite d’un cirque abandonné. De
l’un à l’autre, le spectacle revisite les classiques du genre : trapèze, mât chinois, jonglage… mais ne décolle jamais vraiment.
Steam avait pourtant tout pour plaire. Un musicien multi-instrumentiste (Hervé Vallée) compose et joue toute la palette sonore du spectacle. Ici, la compagnie ne ment pas : la création musicale électrique ne se contente pas d’accompagner les différents tableaux. Personnage à part entière, elle est même parfois plus dense que ceux qui défilent sur la piste. Avec contrebasse, batterie, trompette, guitare, elle passe aussi par la soufflerie des énormes ventilateurs qui diffusent la vapeur, les bruits de gare et de machines, de larsen ou de guitares saturées – un peu trop forts pour une oreille peu soucieuse d’entendre une musique parfois sauvage.
Le public comme intrus ?
La musique produite en direct par un homme-orchestre, seul artiste qui semble heureux d’être là et de partager son espace avec le public, donne à Steam un caractère engagé. Surtout que, ce soir‑là, le spectacle est présenté dans le cadre d’un festival coorganisé par le Cirque Électrique et la revue Hey !, investie en toute liberté dans l’art moderne et la culture pop *. Avant de passer sous le portique qui mène à l’intérieur du chapiteau, les spectateurs ont pu profiter de la buvette enguirlandée d’ampoules colorées comme une fête d’été ou flâner près du manège aux airs d’antiquité.
Le festival, centré sur les rencontres, permet aussi d’assister à des concerts en petits comités, de découvrir le travail d’artistes peintres, d’apprécier les petits stands de librairies alternatives ou, peut‑être, s’ils sont chanceux et qu’ils ne l’ont pas loupée, de se remémorer l’exposition organisée par la revue Hey !, l’automne dernier à la halle Saint‑Pierre à Paris. L’accueil est sympathique, l’équipe brasse un public hétéroclite. Elle semble chaleureuse et nous nous sentons chouchoutés.
Or, dès que le spectacle commence, le spectateur a plutôt le sentiment de gêner. Aucun doute, les artistes du Cirque Électrique sont doués. Leur défaut principal est de donner l’impression de s’ennuyer. Cet ennui pourrait être le résultat de leur évolution dans cet univers postindustriel décadent. L’impression qui s’en dégage pourtant, renforcée tour à tour par leurs airs de défi, de supériorité ou d’indifférence envers leur public, est celle d’un travail plein d’idées sous-exploitées. La circularité du chapiteau est finalement assez peu utilisée et les interventions scéniques dirigées principalement d’un seul côté.
Un mélange des genres qui semble inexploité
Les acrobaties s’enchaînent, les images, certes esthétiques, sont portées par un mélange des styles original. La présence d’une effeuilleuse et de ses grandes plumes rouges, de la couleur de ses chaussons de danse classique, apporte une touche tendance boudoir et cabaret qui détonne avec l’univers de cuir, de résille et de roues de voitures abandonnées. Sous le chapiteau, l’ambiance est brute et industrielle, les artistes prennent des risques, la trapéziste est sans filet. Sur la piste ronde, la structure carrée d’un cube en fer d’environ trois mètres sur trois, se déplace au gré des acrobaties.
Alors qu’il donne l’impression de décoller, le spectacle retombe pourtant vite comme un soufflet. Steam ne semble, en effet, constitué que de numéros qui se succèdent sans liens ni progression. Alternatif, minimaliste, électro-punk-rock, urbain et radical, Steam ne suscite pas, hélas, l’admiration. On était finalement plus à l’aise avant d’entrer. ¶
Hélène Caune
Les Trois Coups
* Le festival Hey ! O Let’s Go a eu lieu du 7 au 10 juin 2012.
Steam, du Cirque Électrique
Cirque Électrique • siège social Fanfare décadente • 10, rue des Cascades • 75020 Paris
06 15 31 44 90
Site : www.cirque-electrique.com
Courriel : contact@cirque-electrique.com
Metteur en scène : Hervé Vallée
Création musicale : Hervé Vallée
Trapèze et corde : Tarzanna Fourés
Mât chinois et cube : Hervé De Keulenner
Musique, jonglage et tapman : Hervé Vallée
Effeuillage et scie musicale : Lala Morte
Acrobate équilibriste : Nelson Caillard
Création lumière et sonore : Johan Sautereau
Régie générale : Xavier Huard
Lumière : Jérôme Chaleix
Création cube : Hervé De Keulenner
Costumes : sur une idée d’Émilie Boteil
Photo : © Gaël Gyon
Dalle aux Chapiteaux • place du Maquis‑du‑Vercors • 75020 Paris
Site du théâtre : http://www.ladalleauxchapiteaux.fr
Réservations : 06 15 31 44 90
Du 10 au 24 juin 2012 à 21 heures, dimanche à 17 heures, relâche les lundi et mardi
Durée : 1 heures
15 € | 8 €
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