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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 17:18

Le harcèlement en mode
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Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Les Clochards célestes accueillent le Collectif Bis avec une création au titre énigmatique, « Stalking Project ». Où cette toute jeune équipe fait preuve d’un incontestable savoir-faire malgré les faiblesses d’une absence de texte, aléas du… collectif !

stalking-project-615 alice-minier Quelques mots sur quatre jeunes gens qui ne sont pas tout à fait des inconnus pour les Trois Coups : Chloé Giraud, Lucas Delesvaux et Thomas Tressy, ainsi que Julien Michel (ici à la mise en scène) faisaient partie de l’équipe des Molière mis en scène au trimestre dernier par Gwenaël Morin et dont nous avons abondamment rendu compte, heureusement surpris par le talent de ces comédiens à peine sortis du conservatoire ou de l’E.N.S.A.T.T.

Dans ce Stalking Project fabriqué de toutes pièces à partir d’improvisations, ils confirment l’essai et prouvent l’étendue de leur talent de comédiens et de metteur en scène. Que veut dire Stalking ? Il s’agit d’une forme contemporaine de harcèlement qui utilise les moyens modernes de communication et surtout la culture des réseaux sociaux. Celle-ci supprime les limites entre dedans et dehors, privé et public, moi, les « amis » et les autres. C’est une culture du dévoilement et du viol dont cette pièce nous montre avec originalité et force les effets délétères.

Une jeune femme tout d’abord se raconte. Elle est drôle, joyeuse, légère et aime transgresser un peu, pour le plaisir, sans volonté de nuire. Son métier la conduit à s’introduire chez les gens pour y effectuer de menus travaux. Au contact avec leur intimité et en leur absence, tous les coups sont permis : pas de vol avec effraction mais des facéties malicieuses. C’est ce qu’elle dit d’elle, ignorant qu’elle décrit un piège dont elle sera la victime.

Non que ses clients se vengent, mais l’amoureux, avec lequel elle vient de rompre et qui ne l’accepte pas, va se livrer aux mêmes intrusions, en plus grave, évidemment. Il va la poursuivre au téléphone, par courriel, par Texto, et même devant sa porte devant laquelle il campe, qu’il bourre de coups de pied jusqu’à ce qu’il s’introduise chez elle, dans son intimité et jusque dans son lit, sans jamais la toucher. De quoi la rendre folle, mais surtout la soumettre.

L’idée est de montrer que ce type de harcèlement, comme tous les harcèlements, tend à violer l’espace de l’autre, à envahir sa vie et son esprit et que point n’est besoin de violence physique quand cette autre est infiniment plus pernicieuse, aussi efficace et sans trace. Mais aussi de prouver qu’il s’agit là d’une forme nouvelle dont la nocivité n’est pas immédiatement perçue.

De jeunes comédiens fort convaincants

L’écriture s’est faite dans une perspective revendiquée de ne pas comprendre, ni d’expliquer, le phénomène, mais de questionner le monde contemporain en explorant et transmettant les émotions soulevées par les images de cette dérive dans ses tentations mortifères. C’est sans doute là le point faible du spectacle.

Rien d’écrit véritablement donc dans Stalking Project qui a les défauts de ses qualités. Conçu par des comédiens pour des comédiens, il est un magnifique terrain de jeu, une machine à jouer propice aux numéros d’acteurs. Rapide, enlevé, le spectacle est construit à partir de courtes scènes qui s’imbriquent à la façon d’un puzzle. Quelques inclusions comme autant de portraits aperçus sur Internet donnent l’occasion à Lucas Delesvaux, Chloé Giraud et Thomas Tressy de composer des personnages qui illustrent ces mondes virtuels ou supposés tels. Mais ces digressions nuisent un peu au rythme de l’intrigue principale dont ils brouillent les contours, même s’ils apportent une touche de légèreté et de drôlerie dans la descente aux enfers bien réelle de cette jeune femme. Il faut s’arrêter un moment sur la prestation de Chloé Giraud, un condensé d’énergie pure et de grâce dont témoignent tout particulièrement les scènes du début et de la fin.

Quant à la mise en scène de Julien Michel, elle est intelligente et témoigne déjà d’une grande maîtrise : l’utilisation du plateau des Clochards célestes avec ses grottes taillées dans le mur et sa porte dérobée comme autant de caches susceptibles d’abriter le danger, par exemple. Toutes choses qui s’intègrent parfaitement dans la scénographie d’Alice Minier. Et l’idée de symboliser par un marquage blanc au sol le plan de l’appartement avec ses meubles principaux (lit, toilettes, baignoire) n’est pas sans rappeler Dogville et la fuite éperdue de son héroïne, son illusion qu’elle a enfin trouvé un refuge. Quant au dédoublement du personnage principal, avec ce double qui le suit comme une ombre, il pointe la folie, sœur jumelle de la peur et de la possession sans qu’on sache jamais qui est double, de la victime ou du stalker… À suivre, ces jeunes gens sont pleins de talent ! 

Trina Mounier


Stalking Project

Collectif Bis • 49, rue d’Anvers • 69007 Lyon

www.collectifbis.fr

infos@collectifbis.fr

Mise en scène : Julien Michel

Jeu : Lucas Delesvaux, Chloé Giraud, Thomas Tressy

Scénographie, dessins, photographie : Alice Minier

Lumière : Rosemonde Arrambourg, Nicolas Galland

Photo : © Alice Minier

Durée : 1 heure

Ateliers de théâtre en lien avec Stalking : les samedis 18 et 25 janvier, 1er février de 10 heures à 17 heures

Théâtre des Clochards-Célestes • 51, rue des Tables-Claudiennes • 69001 Lyon

Métro : Croix-Paquet

Réservations : 04 78 28 34 43

www.clochardscelestes.com

Du 17 janvier au 2 février 2014 (jusqu’au 25 janvier dans le cadre de Balises) à 20 heures sauf le lundi à 19 heures et le dimanche à 17 heures, relâche le jeudi

15 € l 11 € l 8 € ; le lundi tarif unique à 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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