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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Sexe, mensonges et raquettes de squash
Dans « Squash », au Théâtre des Béliers, on entre dans un vestiaire où deux amis vont se livrer une sacrée bataille. De fil en aiguille, le public assiste au spectacle de cette amitié qui n’est peut-être pas prête à tout endurer. L’être humain mis face à ses contradictions risquerait bien d’oublier tout fair-play… En tout cas, le spectateur se régale.
Prends ça ! En allant s’asseoir, le spectateur évite de justesse les balles (imaginaires) échangées par deux joueurs de squash… Un sport défouloir qui donne le ton : on est embarqué pendant plus d’une heure au cœur d’un affrontement de mâles. Deux amis se retrouvent tous les mercredis après le boulot pour une partie, et dînent ensuite avant de rejoindre leurs épouses. Mais un soir, l’un demande à l’autre une faveur : lui servir d’alibi pour mentir à sa femme. De fil en aiguille, titillant les principes de son ami et les nôtres, l’homme infidèle nous jette à la figure sa frustration, et sa soif de vivre plus, plus fort. L’auteur nous interroge ainsi sur le couple, la fidélité, la tentation.
« Squash » | © Nicolas Schimp
Dans une société anglaise bien-pensante (qui ne pense en réalité qu’à sauver les apparences) se noue un drame qui prend le spectateur à témoin. Grâce à un décor sombre et sobre, notre attention se cristallise sur le destin de ces deux personnages en crise. Jusqu’où peut-on faire confiance à ses amis ? Est-on sûr qu’ils ne nous veulent que du bien ? Quoi qu’il en soit, les deux acteurs sont excellents et très bien dirigés par Tania Garbarski. Clément Manuel, pétri de bonnes intentions, est le jeune homme bien élevé, timoré, plutôt le genre « ramasseur de balles ». En face, Charlie Dupont est le jeune loup sans scrupules, séducteur, catégorie « bête des courts ». Mais les apparences sont trompeuses…
Grâce à un rythme efficace, les dialogues coulent de source, tout en humour et en acidité. Le propos fait mouche et pose la question de l’accomplissement de chacun avec ses paradoxes. On aurait aimé être plus surpris par le dénouement, rôdés que nous sommes au coup de théâtre final classique, mais nous ne boudons pas notre plaisir devant cette situation de rivalité si bien interprétée, ces rêves suggérés dans les non-dits. En outre, les séquences, entrecoupées de noirs et accompagnées d’une musique rock très 2010 (par le guitariste de Ghinzu, très bon groupe belge) épousent parfaitement la tension qui monte de plus en plus entre les deux compères. La mise en scène nous entraîne ainsi sans nous lâcher dans leur engrenage de désirs et de mensonges. Les personnages se renvoient la balle de plus en plus fort, ils oscillent entre faiblesse et témérité, comme chacun face aux choix cornéliens de la vie. Un match de première série ! ¶
Cécile de Palaminy
Les Trois Coups
Squash, d’Andrew Payne
Production Chicken Impact • 98, rue Antoine-Bréart • 1060 Bruxelles, Belgique
Mise en scène : Clément Manuel
Avec : Charlie Dupont et Clément Manuel
Direction d’acteurs : Tania Garbarski
Lumières : Pierre Ronti
Musique : Greg Remy de Ghinzu
Assistanat : Benjamin Ramon
Costumes : Lacoste et Bellerose
Régie : Gleb Panteleef
Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 21 07
Du 8 au 31 juillet 2010 à 18 h 55
Durée : 1 h 20
Tarifs : 16 € | 11 €
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