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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:40

Les bonheurs de Sophie


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour le 62e concert donné en six mois au 47 Avenue et au 1988, les organisateurs avaient convié Sophie Alour au 1988 jazz club. La grande (et jeune) dame du saxophone ténor français a régalé un public nombreux.

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Sophie Alour | © Jean-François Picaut

On attendait sa Géographie des rêves, son dernier album (Naïve / Harmonia mundi) dont nous parlerons bientôt, mais Sophie Alour avait décidé de surprendre son public. Dans une « première mondiale », comme elle l’a dit avec humour, la saxophoniste a décidé de présenter à Rennes les matériaux de ce qui sera, elle l’espère et nous aussi, son cinquième album.

Ce nouvel opus, elle le prépare avec Frédéric Nardin (orgue) et Frédéric Pasqua (batterie). Il comportera des pièces originales que Sophie Alour a écrites en pensant à Rhoda Scott et qui seront vraisemblablement reprises par le Lady Jazz Quartet et des reprises des précédents albums de Sophie Alour, ce qui lui conférera son unité.

Sophie Alour joue les deux premiers morceaux au saxophone soprano. Ils portent des titres provisoires en anglais, et on espère qu’ils auront in fine de beaux titres français comme sait les trouver la saxophoniste. Ce sont deux compositions plutôt rapides qui illustrent à la fois le goût de pétrir la pâte sonore qui caractérise Sophie Alour et sa grande vélocité. Le second, plus spécialement dédié à Rhoda Scott, est empreint d’une pulsation qui devrait ravir la grande organiste. À propos d’orgue, justement, on commence à tendre une oreille attentive à ce que fait le jeune Frédéric Nardin (il n’a pas encore vingt-cinq ans), repéré dans les coulisses du Lady Jazz Quartet, dont il a assuré plusieurs premières parties. Quant à Frédéric Pasqua, qui a déjà fait ses preuves dans Géographie des rêves, il s’illustre dans un grand solo très musclé.

Sans guimauve ni trémolo

Dans ce concert au long cours, trois sets, on entre alors dans Comptine. Tirée de Uncaged (album Nocturne) comme beaucoup d’autres titres de ce concert, ce qui devrait donner une coloration rock au prochain album, cette ballade se présente avec de nouveaux arrangements. Interprétée au saxophone ténor, elle semble plus grave que sur l’original. Moins âpre ou rugueuse aussi. La mélodie en est très prenante et grande l’émotion qu’elle suscite. On retrouvera ces qualités dans En ton absence, pièce dédiée à son grand-père (Opus 3, Plus loin music). La même douceur, quasi méditative, caractérise aussi Nos cendres (Uncaged) tandis que Pensée vagabonde (Opus 3) paraît une ballade plus allègre. L’orgue y joue en sourdine tandis que la caisse claire et la cymbale charleston plantent un décor qu’on qualifierait de frais et printanier. Tous ces titres mettent en évidence le phrasé très élégant, la rondeur et la plénitude du son qu’on aime chez Sophie Alour. Cette musicienne sait susciter l’émotion qui vous prend à la gorge, sans guimauve ni trémolo.

Possédé par la musique

Il ne faudrait pas que cela nous fasse oublier des titres plus rapides, plus rythmés, plus musclés, plus rock donc, comme Mystère et boule de gomme ! (Opus 3), occasion d’un long duo orgue-batterie où Frédéric Pasqua semble s’épanouir. Cela vaut aussi pour Shaker, créé avec Rhoda Scott, et Addict (Uncaged). Dans ce titre, on admire la célérité du jeu de Frédéric Nardin. Il semble possédé par la musique et vocalise en même temps qu’il joue. À voir l’oreille attentive et l’air admiratif de certains, on se dit qu’il pourrait y avoir du contrat dans l’air pour quelqu’un. Mais il reste à venir un titre pour lequel Sophie Alour a les yeux de Chimène, Haunted, décliné en deux parties dans Uncaged. Cette longue pièce est effectivement très écrite et savamment composée, les trois instruments s’y superposent parfois et les couleurs y sont très contrastées. On est surpris par une fin qui s’annonce très délicate avant une reprise en force, très puissante. Beau travail, vraiment.

Ici, les amateurs d’effets de manches ou de coups de menton ne trouveront pas leur compte. Sophie Alour ne déploie pas une gestuelle spectaculaire, mais elle conquiert le public par son sens de la composition, un investissement complet dans sa musique, une technique impeccable, sa sincérité et une grande générosité.

Rendez-vous avec Ricky Ford

Samedi prochain (23 février), le 1988 jazz club nous convie à écouter Ricky Ford (saxophone ténor) en quartette avec Fred Guesnier (contrebasse), Dexter Goldberg (piano) et Marc Delouya. Ça devrait chauffer avec celui qui joua dans le Duke Ellington Orchestra sous la direction de Mercer Ellington de 1974 à 1976, fut le sideman de Charles Mingus (1976-1977) avant de participer au Mingus Dynasty (1982) et d’être apprécié par Lionel Hampton, McCoy Tyner et Abdullah Ibrahim, entre autres. On lui doit aussi la fondation du Toucy jazz festival, dans l’Yonne, en 2009. 

Jean-François Picaut


Sophie Alour Trio, en concert

Au 1988 jazz club à Rennes

Avec : Sophie Alour (saxophones soprano et ténor), Frédéric Nardin (orgue) et Frédéric Pasqua (batterie)

1988 jazz club • 27, place du Colombier • 35000 Rennes

Réservation : 07 86 15 09 89

Site : www.1988jazzclub.com

Samedi 16 février 2013, à 21 heures

15 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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