Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 00:19

Coup de feu shakespearien au Théâtre 13

 

Shakespeare était à l’honneur mardi 4 mai 2010 au Théâtre 13. Monté par la Cie Miranda, « Songe d’une nuit d’été » faisait salle comble pour sa première, et ce n’est pas sans raisons que la pièce a largement été applaudie. C’est dans une mise en scène audacieuse mais très fidèle au théâtre élisabéthain que Thierry Surace a su conquérir le public parisien. Entre interprétation et création, le mélange est détonant et le résultat original.

 

songe-dune-nuit-dete cie-mirandaThierry Surace a raison de dire que cette pièce est « déraisonnable ». À l’image de l’auteur, il ne s’interdit rien. Mieux, il a l’audace d’aller explorer des univers qui ont rarement l’habitude de se côtoyer : du chant à la musique, de la danse au geste chorégraphié, les comédiens redeviennent, avec la troupe Miranda, de véritables saltimbanques, polyvalents et polyphoniques. À foison – mais sans confusion ! – tous les arts sont au rendez-vous dans cette mise en scène très personnelle. Des personnages en costumes élisabéthains osent tour à tour se déshabiller et prendre des allures de strip-teaseuses en costume vinyle. Le baroque se mélange sans mauvais goût au contemporain et s’affiche résolument moderne. Ça crie, ça craque, ça croasse, le décor est mouvant et les frontières se fissurent… on ose les interdits.

 

Choisir de monter Songe d’une nuit d’été est déjà en soi un acte courageux. C’est peut-être la pièce la plus baroque du répertoire shakespearien. Entre rêve et réalité, le spectateur passe ostensiblement de la Grèce, le jour, à l’univers celtique, la nuit. Deux mondes qui flirtent sans tout à fait se mélanger. Et c’est là, déjà, que l’habileté de Thierry Surace intervient. Dans ce jeu de miroirs original, chaque comédien interprète au moins deux rôles : Thésée, duc d’Athènes le jour, devient Oberon, roi des fées, la nuit, tandis que Hippolita, sa future femme, se métamorphose en Titania. Égée, le père d’Hermia, devient Puck, le personnage le plus farcesque de la pièce, le « trickster » comme disent les Anglais. Ainsi, grâce à ce choix de mise en scène, le spectateur se trouve entraîné dans un univers mouvant où les repères sont faussés jusque dans l’identité des personnages. De même, le choix d’un décor astucieux, qui tourne sur lui-même (clin d’œil au Théâtre du Globe), accentue cet effet tourbillon dans lequel le spectateur est obligé de repousser sans cesse les limites de la raison pour laisser place au songe. C’est donc avec efficacité que Thierry Surace utilise sans tabou cet imaginaire shakespearien. Comme lui, il ne se borne à aucune limite et s’affranchit des règles.

 

Toutefois, si la liberté d’expression du metteur en scène est grande, le jeu des comédiens peut aussi se perdre au milieu de ce foisonnement. Certes, nous en ressortons avec le sentiment d’avoir vu du Shakespeare – et c’est déjà beaucoup ! –, mais la richesse et la vivacité de la mise en scène ont parfois tendance à étouffer la voix des acteurs à qui on laisse trop peu de respiration. Ici, la gestuelle et la chorégraphie sont un régal des yeux, mais le ton manque parfois de nuances et la parole aurait mérité d’être mieux articulée. En effet, si on note par exemple que le jeu d’Élodie Nicolini ou de Cécile Guichard, dans les rôles respectifs d’Hermia et d’Héléna, sont parfaitement orchestrés, peut-être aurait-on apprécié une parole plus rythmée. Cependant, ne retenir que cela serait réduire le travail de ces comédiennes à bien peu de choses : leur jeu ne manque ni de talent ni de générosité.

 

Par ailleurs, nous saluons sans réserve la performance des « artisans », ce groupe de quatre personnages décalés qui s’entraînent à jouer les amours de Pyrame et de Thisbé en l’honneur du duc et de son mariage. Ils n’hésitent pas à tomber dans le cliché, leur jeu est volontairement ridicule et burlesque et provoque les rires de la salle.

 

Entre magie et féerie, voici une pièce investie, montée par une troupe généreuse, une heure quarante de véritable spectacle ! 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare

Compagnie Miranda

Mise en scène : Thierry Surace

Assistante à la mise en scène : Sylvia Scantamburlo

Avec : Florent Chauvet, Jean Franco, Cécile Guichard, Élodie Nicolini, Frédéric Rubio, Serge Sardu, Sylvia Scantamburlo, Jérôme Schoof, Christophe Servas, Jan Sitta, Thierry Surace et la participation des danseurs Julie Galopin ou Sandrine Lescourant et Hugues Salgas

Traduction et adaptation : Thierry Surace

Chorégraphie : Angelo Monaco

Scénographie : Jean-Luc Tourné

Musique : Cie Miranda, Sylvia Scantamburlo et Camille Fanet

Création et réalisation de masques et accessoires : Marie Lefol

Création costumes : Opéra de Nice et Émilie Carpentier

Photo : © Cie Miranda

Théâtre 13 • 103 A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris

Réservations : 01 45 88 62 22

Du 4 mai au 13 juin 2010, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche 23 mai 2010 à 15 h 30, dimanche 30 mai 2010 à 17 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 h 40

22 € | 15 € | 11 €

Partager cet article

Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

SPECTATIF 16/05/2010 10:42



Très beau spectacle : drôle, déroutant, captivant, délirant parfois et parsemé de petites touches poétiques... C'est pas beau la vie ? A voir de toute urgence pour sortir avec le sourire et ce
sentiment d'avoir passé un plus que bon moment !



RIVIERE Michel 14/05/2010 13:16



Vu le 13 mai au Théâtre 13.

Willy ne s"est pas retourné dans sa tombe, il a bondi ... de joie. On se demande même si à certains moments du spectacle il ne saute pas sur scène pour participer au délire.

Parce que Willy n'est pas triste contrairement à ce que nos études, leur absence ou la rumeur laissent penser. Willy se lâche et sur les planches on s'en donne à coeur et à corps joie. on se
demande parfois s'ils ne se sentent pas un peu à l'étroit tous ces lutins, ces reines, ces rois et ces fées mais tout est réglé au millimètre.

Ca déborde d'esprit, de mouvement, d'énergie, de couleurs avec les costumes d'opéra légèrement et même beaucoup débraillés, détournés, retournés. Ca chante et ça danse, passant par tous les
registres au fur et à mesure que se vide la bouteille. Du grandiose au grotesque, du grand sentiment à la dérision jusqu'à ce que Willy se réveille avec une gueule de bois monumentale digne d'un
Anglais classique dont la dignité en fin de soirée laisserait à désirer.

Il faut du temps pour s'en remettre mais c'est toujours comme ça les lendemains de fête. See U Willy, well done les petits et à la prochaine.



Rechercher