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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 21:48

Insoutenable légèreté
de l’âme russe


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Voilà quinze ans que « Snowshow » tourne. À ce jour, près de trois millions de spectateurs ont pu assister, souvent avec bonheur, à ce show de clowns très spectaculaire, un savant mélange de rêve, de rire et de sensations fortes. Après un premier passage au Casino de Paris en 2001, le Monfort accueille une nouvelle version. Irrésistiblement ludique.

Slava Polunin est considéré comme le plus grand clown russe. D’ailleurs, Snowshow inaugure l’année France-Russie. Fondateur du Théâtre Licedei de Saint-Pétersbourg, en 1968, membre de la fameuse famille Semianyki, on doit aussi à Slava Polunin Les Olympiades du théâtre avec Jérôme Deschamps ou Django Edwards. Il sait tout jouer, ou presque. Il commence comme pantomime excentrique, puis passe du clown lyrique au clown métaphysique. Il est même un temps comédien tragique. Et rien ne l’arrête. Ni les frontières, ni les intempéries, ni les limites de la scène.

Slava, sorte de canari ébouriffé au nez rouge de panda

Dans Snowshow, deux espèces se partagent le territoire, se croisent et se jaugent : la première est incarnée par Slava en personne, sorte de canari ébouriffé au nez rouge de panda, en barboteuse jaune poussin et godillots à poils rouges ; la seconde espèce se dandine, quant à elle, comme un pingouin fatigué, traîne-misère vêtue de pardessus miteux, coiffée d’une chapka mi-hélice d’avion, mi-oreille de lapin déprimée. Un peu comme Laurel et Hardy, Slava et le chef de bande de ces gus jouent sur le contraste des apparences. Ces hommes-accordéons ont l’incroyable faculté de se tasser sur eux-mêmes pour laisser passer l’orage ou de s’élever dans les airs pour mieux chatouiller les étoiles. Contraste, encore, entre le sens de la démesure pour la mise en scène et l’économie de mots ou de mouvements. Un accessoire, un geste, et tout est dit. Les âmes de Marceau et de Chaplin, les maîtres de Slava Polunin, planent sur le spectacle de bout en bout. Sous le masque de ces clowns-là, l’âme russe est mâtinée de mélancolie, d’absurde et de poésie.

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« Slava’s Snowshow », de Slava Polunin | D.R.

Quel univers ! Où sommes-nous ? Sur une banquise ? Sur un nuage ? Ces étranges créatures surgies de nulle part nous mènent là où tout est possible, au-delà de nos rêves. D’emblée, le bruit du train à vapeur augure d’un beau voyage. Encore faut-il se laisser embarquer ! La nécessité de plaire à un public international gomme en effet les subtilités qu’une production moins importante aurait pu préserver. Du coup, les talents exceptionnels de Slava Polunin sont quelque peu noyés sous un déluge d’effets spéciaux. Ballet incessant de flocons, bourrasques intempestives, tornade blanche… Évidemment, cette incroyable tempête de neige qui menace d’envoyer Slava dans une autre galaxie est impressionnante. Cette référence au roi Lear pour traiter de la solitude de ce pauvre bougre arrive fort à propos. Toutefois, le travail dramaturgique est un peu faible. Ces moments d’une enfantine simplicité qui côtoient des visons fantasmagoriques, c’est un peu les montagnes… russes ! Les numéros de clowns – parfaitement maîtrisés mais assez classiques finalement – et les tableaux s’enchaînent trop rapidement, au rythme d’une musique tonitruante. Pas le temps de rêver sur ces images d’une époustouflante beauté plastique. Les transitions valent le détour, mais elles nous ramènent trop brutalement à notre prosaïque réalité.

Les enfants adorent.

On ne risque pas d’oublier d’où viennent ces drôles de zouaves. Confrontés au déchaînement des éléments naturels, comme à la férocité des rapports humains, ils nous touchent par l’humilité dont ils font preuve face à chaque situation. Ils nous réchauffent aussi le cœur par la tendresse avec laquelle ils bousculent les papis et mamies du premier rang. Ils nous font rire, enfin, de l’irrévérence qu’ils affichent à l’égard des adultes. En se lançant à l’assaut de la salle, ils sèment une belle panique. Escaladant les fauteuils, ils arrosent les spectateurs, en capturent quelques-uns au passage pour une course poursuite jusqu’à la scène. La salle devient alors une immense aire de jeu où le public finit englué sous une immense toile d’araignée. Les enfants adorent.

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« Slava’s Snowshow », de Slava Polunin | D.R.

Le spectaculaire pourrait plomber le spectacle. De la neige, des embruns, du zéphyr, des astres en veux-tu en voilà ! Pourtant, Snowshow réussit à préserver une certaine légèreté. Ce n’est certainement pas dû aux bulles de savon colorées à gogo, mais plutôt à l’état d’euphorie indescriptible dans lequel le public sort de là, pour peu qu’il consente à partir. Car petits et grands se sentent tellement bien que, après les applaudissements, ils restent longtemps pour lancer des confettis et taper dans les immenses ballons – des planètes reçues comme des cadeaux qui surgissent du plateau vers la salle. Du début jusqu’à la fin, le public est en lévitation, et personne ne reste dans sa bulle. Les joies se partagent en famille ou avec les voisins de bonne compagnie. Entre ciel et terre. De Saint-Pétersbourg à Paris. 

Léna Martinelli


Slava’s Snowshow, de Slava Polunin

www.slavasnowshow.com

Création : Slava Polunin

Clowns : Slava Polunin, Artem Zhimolokhov, Robert Saralp, Alexandre Frish, Tatiana Karamysheva, Yury Musatov, Ivan Polunin, Nikolai Terentiev, Elena Ushakova

Régisseur son : Rastyam Dubinnikov

Régisseur lumières : Alexander Pecherskiy

Régisseurs plateau : Dmitry Ushakov, Ivan Yaropolskiy

Le Monfort • parc Georges-Brassens • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Réservations : 01 56 08 33 88

www.lemonfort.fr

Du 27 novembre 2009 au 3 janvier 2010 • prolongations jusqu’au 10 janvier 2010 • à 20 h 30, dimanche à 16 heures, représentations supplémentaires à 16 heures les 28 novembre, 5, 12, 19, 22, 23, 26, 29, 30 décembre 2009 et 2 janvier 2010, relâche le lundi, le 25 décembre 2009, le 1er janvier 2010

Reprise du 20 au 27 juin 2010

Durée : 1 h 30

A partir de 8 ans

28 € | 22 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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