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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 13:35

Retentissant !


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


En voilà un spectacle qui va faire du bruit dans le Off du Festival d’Avignon ! Bien que sans paroles, « Silence encombrant », de la compagnie Kumulus, est une éloquente fresque sur la misère engendrée par notre société de consommation. Un spectacle gestuel et sonore, aux images puissantes et au militantisme fécond.

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« Silence encombrant » | © Vincent Vanhecke

Tout commence par le silence pesant des objets entassés dans une benne à ordures. De cet amas de gravats s’extirpent difficilement un, puis deux, et jusqu’à une dizaine d’individus. Évoluant dans un monde suspendu, celui de la mémoire et de l’oubli, ces gueux de nos temps modernes investissent peu à peu le terrain de sport, qui fait office de scène, pour une errance hors du temps.

Vivre est un combat. Survivre, une lutte de chaque instant. Telle une armée d’ombres, le groupe avec son capitaine, la casquette vissée sur la tête, résiste et pousse la ligne de front toujours plus loin. À force de va-et-vient, le territoire s’étend jusqu’à devenir une décharge à ciel ouvert. Repoussants, ces monstres le sont assurément. Poussiéreux, blafards, morts-vivants aux formes presque humaines, ils nous repoussent au sens propre du terme, d’ailleurs, puisqu’ils obligent vite les spectateurs à déguerpir du sol où ils se sont d’abord installés. Mais, s’ils sont affreux et sales, ils n’ont de méchant que l’apparence, car ils n’attaquent guère. Ils sont juste assourdissants.

Sur le bitume, ces acteurs-là prêtent en effet leur corps pour faire entendre la voix de ceux qui n’ont rien : les sans domicile fixe, les sans-voix, les sans-le-sou. Un clown, une prostituée, un poète, un gendarme et d’autres, tentent de trouver un sens à tous ces objets cassés, entassés là dans ce containeur. Muet, ce spectacle n’est pourtant pas silencieux. Portée par un chœur d’une dizaine de comédiens, la compagnie signe une allégorie grinçante de notre société de consommation, système qui met au rebut aussi bien les choses que les hommes.

Vies en lambeaux

Ces « encombrants » qui jonchent nos trottoirs, les déchets industriels comme nos souvenirs personnels, sont autant de bris et débris de nous. Que de bruits, justement ! Après le silence de plomb du début, les bouts de taule sont traînés sur le sol, des tambours de machine à laver roulent à tout va, une bombonne de gaz percute une cage à oiseaux, cela dans un tintamarre de tous les diables. Ou plutôt une symphonie du désespoir ! Au fracas de la ferraille, s’ajoutent, pêle-mêle, une guitare électrique désaccordée, des percussions improvisées sur des conserves.

Malgré l’apparente lenteur, pas de trêve pour ces traîne-misère cantonnés à cette vaine agitation jusqu’au bout de leurs forces : « Nous vivons dans un monde où la rentabilité et l’efficacité sont un gage de reconnaissance. Le capitalisme écrase tout ce qui ne marche pas à son rythme, élimine les fragiles et les inutiles », explique Barthélemy Bompard, directeur artistique de la compagnie, qui pense que préserver la planète commence par le sauvetage de notre espèce, les humains, même si nous sommes les plus grands destructeurs.

Déflagration poétique

Ce théâtre politique touche tout autant à l’intime qu’aux fondements de notre « vivre ensemble ». On imagine aisément le passé de chacun de ces personnages, mal leur avenir. Pourtant, d’abord indifférents les uns aux autres, ces chiffonniers prennent conscience que d’autres existent aussi. Ils finissent par s’accorder sur quelques notes communes. C’est précis et très juste, comme un chœur. Heureusement, entre toutes ces actions dérisoires, ils inventent un autre monde, tentent une reconstruction. Des morceaux de maison, mais bien plus encore. Et si un nouveau jour se levait ? Enfin, celui où tous nous aurons de quoi vivre dignement. De quoi rester simplement humain.

De son entrée en matière, fracassante, jusqu’à son bouquet final, ce spectacle marque profondément les esprits. Radical, dérangeant, Kumulus illustre son propos dans une veine expressionniste tout à fait appropriée. Cette déflagration poétique résonne fort. Délibérément ! 

Léna Martinelli


Silence encombrant, de Barthélemy Bompard

Kumulus • le Moulin • 26770 Rousset-les-Vignes

04 75 27 41 96

Site : www.kumulus.fr

Courriel : kumulus@wanadoo.fr

Mise en scène : Barthélemy Bompard

Avec : Dominique Bettenfeld, Barthélemy Bompard, Jean-Pierre Charron, Stéphanie Civet, Céline Damiron, Marie‑Pascale Grenier, Dominique Moysan, Nicolas Quilliard, Judith Thiébaut

Assistant à la mise en scène : Nicolas Quilliard

Travail corporel : Judith Thiébaut

Travail sonore : Jean-Pierre Charron

Création de costumes : Marie-Cécile Winling et Catherine Sardi

Conception et construction des décors : Dominique Moysan

Technique : Simon Bilinski et Djamel Djerboua

Maquillage : Sophie Ghizzo

Île de la Barthelasse, base nautique (S.N.A.) • 462, chemin des Canotiers • 84000 Avignon

Réservations : 06 31 58 96 92 (billetterie sur place)

Site du théâtre : www.manufacture.org

Du 7 juillet au 18 juillet 2013, à 18 h 30

Dans le cadre de la programmation 2013 de la Manufacture

Accompagné par Les Drôles de dames / DdD

Durée : 1 h 30

15 € | 10 € | 5 €, gratuit pour les moins de 12 ans

Accès fléchés • à pied : 25 min à partir de la porte de l’Oulle, prendre le pont Daladier (trottoir de droite), descendre l’escalier du pont pour arriver sur la rive et emprunter le sentier le long du Rhône

• En navette fluviale : navette gratuite toutes les 15 min de la porte du Rocher, ensuite 10 min à pied du débarcadère par le chemin des Canotiers

Tournée :

– Le 1er août 2013 : Helsingor, Danemark

– Du 3 au 5 août 2013 : Copenhague, Danemark

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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