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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Jacques Weber : un monstre du théâtre
« Seul en scène », oui, mais pas si seul que ça ! Victime de son succès cet été, Jacques Weber prolonge son spectacle jusqu’au 21 novembre 2009. C’est un spectacle créé il y a déjà dix-huit ans, auquel on ne peut échapper surtout lorsque l’on sait que ce sont les dernières représentations données au public.
Seul en scène est un hommage aux grands textes classiques et contemporains qu’a rencontrés à diverses périodes
de sa vie ce monstre du théâtre. Ainsi en tête à tête avec son public, sur un tréteau presque nu où trône un tabouret, Jacques Weber nous plonge à la fois dans des extraits d’Edmond Rostand,
Claudel, Flaubert, Rimbaud, Molière, La Fontaine, Duras, Vian… avec ses propres improvisations.
Par sa subtilité à mêler les textes, il nous présente presqu’une seule et même histoire, qui débute par des souvenirs de l’enfance, avec entre autres l’Œil de veau de Courteline, avec ceux de « 17 ans [quand] on n’est pas sérieux », jusqu’à un âge plus mûr où Stance à la marquise de Corneille prend toute sa place. Le comédien nous fait même une analyse personnelle, et même très personnelle, du Corbeau et le Renard, que l’on suit avec amusement. Il nous improvise aussi un petit swing sur Donne-moi ta main et nous chante Dominique, nique, nique, que le public répète spontanément tant ce grand et imposant acteur nous met à l’aise. Pour ponctuer le tout, « un noir » est glissé entre chaque scène, affichant de cette façon différents tableaux sous les yeux des spectateurs, telles les pages d’un livre qui défilent.
Jacques Weber tient surtout à préciser qu’il « ne se raconte pas », mais, outre ses improvisations, le public peut croire que l’interprète a vécu lui-même les extraits interprétés tant son jeu se veut sincère. Par ailleurs, sa volonté de ne pas citer le nom des auteurs à chaque passage emprunté nous permet sans doute de nous concentrer davantage sur la chair de l’écriture, qui, petit à petit, s’imprègne en nous. L’enjeu n’est effectivement pas de tester la connaissance de son public en le noyant dans un flot de littérature, mais de lui faire partager ce qui l’a lui-même touché.
Jacques Weber se fait vraiment plaisir sur scène, et ça, c’est un vrai régal pour nous spectateurs. N’ayez donc pas peur de vous risquer à cette belle leçon qu’il a montée spécialement pour nous. Et, pour les petits curieux, rassurez-vous : un prospectus vous sera donné pour que, si l’envie vous venait, vous puissiez découvrir ou redécouvrir les œuvres parcourues. Seul en scène a été créé en 1991, mais c’est la version de 2004 de la Gaîté Montparnasse que Jacques Weber nous donne en représentation aujourd’hui. L’idée de ce spectacle lui est venue lorsqu’une comédienne lui a lancé : « Vous, quand vous étiez comédien » au moment même où il était directeur du Centre dramatique national de Lyon (Théâtre du 8e). Cinq mots inacceptables pour Weber, qui a décidé immédiatement de remonter sur les planches de peur qu’on ne l’enferme dans un système administratif. Une excellente décision, car on l’« aim’ avec un e muet qui va loin », très loin… ¶
Maryne Bertieaux
Les Trois Coups
Seul en scène, de Jacques Weber
Avec : Jacques Weber
Collaboration artistique : Christine Weber
Création lumière : Philippe Dupont
Photo : © Kim Weber
Théâtre Marigny, salle Popesco • carré Marigny • 75008 Paris
01 53 96 70 20
Métro : Champs-Élysées - Clémenceau, Franklin-Roosevelt
Bus : 28, 32, 42, 73, 80, 83, 93
Stations Velib : nº 8001-avenue Dutuit, nº 8031-2, rue Jean-Mermoz, nº 8032-27, avenue Matignon, nº 8039-6, rue du Colisée
Prolongations jusqu’au 21 novembre 2009, du mardi au samedi à 19 heures, relâche exceptionnelle les 11 et 18 novembre 2009
Durée : 1 h 30
32 € | 24 € | 18 €
Avec le concours de la Mairie de Paris, le Théâtre Marigny propose la place en 1re catégorie à 10 € aux jeunes de moins de 26 ans les mardi, mercredi et jeudi. Il suffit de se présenter trente minutes avant la représentation sans réserver.
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