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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 11:36

Le Cap-Vert s’est trouvé

une nouvelle voix


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Depuis la disparition de Cesária Évora, le Cap-Vert se cherchait un nouveau phare international. Il vient de le trouver avec Zé Luís.

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Zé Luís | © D. R.

Il y a des artistes qui incarnent leurs pays au point d’éclipser leurs contemporains. Cesária Évora était de ceux-là. Depuis que la Diva aux pieds nus nous a quittés (2011), le Cap-Vert semblait un peu orphelin sur ce plan. Zé Luís pourrait bien être en passe de succéder à la grande dame.

José Luís est né à Praia, la capitale du Cap-Vert et la plus grande ville des neuf îles habitées de l’archipel, en 1953. Jusqu’à la soixantaine, Zé Luís, charpentier de son état, est un chanteur amateur, apprécié et reconnu dans son pays, mais il n’a jamais enregistré, et sa réputation ne dépasse pas les frontières du Cap-Vert. L’aventure commence en avril 2012. À l’occasion d’un festival, le ministre de la Culture capverdien, Mario Lucio (chanteur lui-même), organise un déjeuner-rencontre entre des musiciens et des représentants du spectacle international. C’est Zé Luís qui a supervisé la réalisation de la scène. Quelqu’un lui propose de pousser la chansonnette, et son destin prend un autre cours. Les invités sont subjugués. Il y a là, notamment, José da Silva, le patron du label Lusafrica qui fut le mentor de Cesária Évora. Quelques mois plus tard, il produira l’album Serenata (Lusafrica, Sony). Le public français le découvrira le 8 mai dernier à Jazz sous les pommiers (Coutances).

Des inflexions dignes d’un excellent crooner

Ce soir, le concert commence, comme l’album, par Amigo (Manuel Di Candinho). Après une attaque rapide par la banda (Antonio Vieira au piano, Rolando Semedo à la guitare acoustique, José Antonio Soares au cavaquinho et Ademiro Miranda aux percussions), Zé Luís fait son entrée : chemise blanche, casquette, chaussures vernies et pantalon noirs. De sa voix profonde et chaleureuse de baryton, il chante : « Amusons-nous, prenons du bon temps », et le public ne demande qu’à le suivre. Pour Mar de Feijão d’Água, un traditionnel, le chanteur quitte son siège et esquisse quelques pas de danse avec cette réserve un peu hautaine que l’on voit parfois à la campagne.

C’est la première apparition de la sodade, cette expression de la nostalgie, d’une forme de mélancolie qui envahit Bartoloméu Dias. Pour cette chanson de B. Leza, Zé Luís a regagné son siège, mais ses mains sont expressives. On retiendra surtout des inflexions dignes d’un excellent crooner, des accords langoureux de la guitare et un remarquable passage au piano. On retrouvera ces qualités dans Mario, l’envoûtante et grave chanson écrite par Mario Lucio après la disparition de son fils à l’âge de dix-huit mois. Des accents déchirants que l’on retrouvera avec Sodadi na distãncia (Regina Silva) qui exprime ainsi sa nostalgie : « J’ai un secret à te confier / Mais je ne peux pas le dire / Ma voix tu ne l’entendras plus ».

Pour l’instant, le programme se poursuit avec Camino di mar, un titre dansant avec des allures cubaines comme Mar di Saradjéu (Hibraltino), le premier qui fait battre des mains le public et qui offre à la banda l’occasion d’une belle partie instrumentale. Mornas (morceaux typiquement capverdiens qui oscillent entre nostalgie et sensualité amoureuse) et morceaux rapides vont ainsi se succéder jusqu’à la fin. Dans les morceaux rapides, on a l’impression que le cavaquinho, cette sorte de petite guitare portugaise à quatre cordes pincées, pousse l’orchestre en disant comme la clochette des Trois Messes basses de Daudet : « Plus vite, plus vite ». C’est particulièrement net dans le titre qui conclut le programme, Ku nha kin bem (« Avec vous, je suis venu »). Sur cette chanson, Zé Luís essaie de faire chanter le public, mais l’obstacle de la langue est rédhibitoire. Néanmoins, les gens tapent dans les mains avec ardeur et quelques femmes dansent.

En quinze titres et deux rappels, Zé Luís a réussi à conquérir le public rennais. S’il ne réussit guère mieux à faire chanter le public sur le beau et poignant Sodade (Amandio Cabral et Luis Morais), il quitte la scène accompagné par une ovation debout après Nutridinha (Gregorio Gonçalves) qui a entraîné davantage de danseurs. Il faut rendre également hommage à la banda qui l’accompagnait avec une mention spéciale pour Rolando Semedo et surtout le remarquable Antonio Vieira au piano. 

Jean-François Picaut


Serenata, par Zé Luís

Un album Lusafrica (2012) distribué en France par Sony

Avec : Zé Luís (chant), Antonio Vieira (piano), Rolando Semedo (acoustique), José Antonio Soares (cavaquinho) et Ademiro Miranda (percussions)

Régisseur : Angelo Spencer

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Le 15 octobre 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 11 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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