Quantcast

Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 22:07

 En direct d’Avignon 

 

Si Marseille m’était conté

 

Les Carboni rendent un hommage pétaradant au trop méconnu parolier d’opérette René Sarvil.

 

sarvil-615

« Sarvil, l’oublié de la Canebière »

 

Sarvil, l’oublié de la Canebière, c’est le genre de spectacle qui ferait aimer le théâtre à n’importe qui. On sort de là et on a la banane, la frite, la patate, que sais-je. Il s’agit, nous annonce le tract, d’un « musical marseillais ». L’idée est de retracer, avec moult musique, chant et danse, la carrière de René Sarvil, qui fut le bras droit de Vincent Scotto. Mais si, le roi de l’opérette, compositeur entre autres d’Un de la Canebière, triomphe des années 1930 ! Œuvre d’ailleurs remontée avec succès par les mêmes Carboni en 2008 et qui continue sa tournée.

 

Le spectacle se veut donc un hommage, surtout à l’instinct très sûr de Sarvil, qui comprit l’importance des paroles dans la chanson (excellent numéro autour du tube qui le lança, Ma Tonkinoise), mais pas seulement. C’est ainsi qu’on apprend que, outre Zou, un peu d’aïoli, le Chapeau de Zozo ou le Noël des petits santons, Sarvil, réfugié en zone libre pendant la guerre, créa une revue intitulée Ta gueule Adolf ! Revue dont le spectacle présente un extrait pas piqué des hannetons, et dont on ne vous dévoilera pas le puissant refrain.

 

Des moyens réduits, mais une superbe présence

Mais l’hommage n’est, c’est le moins qu’on puisse dire, pas poussiéreux du tout, et le côté authentiquement pédagogique du spectacle passe tout aussi légèrement que deux doigts de Pastis dans un verre d’eau fraîche. À la mise en scène, Frédéric Muhl-Valentin imprime un rythme endiablé, tout le contraire de l’hilarant personnage du « Marseillais qui en a rien à glander » (sic) interprété par Benjamin Falletto. Les passages chantés et parlés s’enchaînent tambour battant et les numéros musicaux, par leur variété et leur exécution vive et précise à la fois, forment une suite éclatante qui tient le public en haleine.

 

Bref, on n’est pas ici pour se morfondre dans la nostalgie d’un vieux Marseille enchanté, même si les figures de Pagnol ou de Raimu planent parfois sur les dialogues – signés du metteur en scène et d’Ali Bougheraba. Dialogues qui étincellent par leur humour bon enfant et malicieux. Parlons-en, d’Ali Bougheraba : en plus des dialogues, il entraîne, en excellent comédien, ses complices des Carboni et incarne René Sarvil himself. Il est drôle, enthousiaste, talentueux : un vrai leader charismatique, mais qui n’écrase pas ses partenaires, loin de là.

 

Tout le monde ici est en effet exemplaire à la fois dans l’engagement et la qualité du jeu. Mention spéciale au facétieux accordéoniste Anthony Doux, qui sort de son accordéon amplifié des sons de piano, de violon, de cuivres… et génère, à lui tout seul, toute une palette de styles musicaux. Le spectacle est à son image : des moyens réduits, mais une superbe présence. On oublie que, sur scène, il n’y a que cinq comédiens, un accordéon et quatre chaises. Pas besoin d’oripeaux folkloriques pour faire vivre Sarvil, Marseille, l’opérette ! Tout procède d’un pur travail d’écriture (théâtrale et musicale) et d’interprétation.

 

Il n’y a pas grand-chose à redire à ce spectacle, ou alors, un détail : ce soir-là, pour la première, les éclairages semblaient parfois, eux aussi, un peu facétieux, avec des coups de projecteurs sur le public, ou des lumières rouges qui, venant du plateau, chatouillaient assez désagréablement la cornée. 

 

Céline Doukhan

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Sarvil, l’oublié de la Canebière, de Frédéric Muhl-Valentin et Ali Bougheraba

D’après le livre de Georges Crescenzo et Michel Allione

Les Carboni-Tréteaux du Panier • 11, rue du Panier • 13002 Marseille

04 91 90 33 52 | télécopie : 04 91 90 89 74

www.lescarboni.com

prod.lescarboni@free.fr

Mise en scène : Frédéric Muhl-Valentin

Avec : Ali Bougheraba, Cécile Becquerelle, Mathieu Becquerelle, Anthony Doux, Benjamin Falletto

Dialogues : Frédéric Muhl-Valentin et Ali Bougheraba

Arrangements musicaux : Cécile Becquerelle, Mathieu Becquerelle, Anthony Doux, Benjamin Falletto

Chorégraphie : Martine Hébette

Costumes : Sandrine Béranger

Lumière : Jean-Marie Prouvèze

Théâtre des Carmes-André-Benedetto • 6, place des Carmes • 84000 Avignon

http://www.theatredescarmes.com

Réservations : 04 90 82 20 47

Du 8 au 31 juillet 2011 à 22 h 15, relâche les 9, 17 et 29 juillet 2011

Durée : 1 h 20

16 € | 11 € | 7 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche sur le site

Qui ? Quoi ? Où ?

  • : Les Trois Coups
  • Les Trois Coups
  • : Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
  • Retour à la page d'accueil

Nous contacter

L’association Les Trois Coups

« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés