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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 15:50

Boum, quand nos cœurs

font boum !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Frais comme un premier amour, « Sarath et Marina » est un joli spectacle qui marie danse et théâtre, musiques et jeux sonores dans une belle fluidité. Drôle, pudique et charmant !

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« Sarath et Marina » | © D.R.

« Parlez-moi d’amour, dites-moi des choses tendres… » On connaît la chanson, mais justement comment la fredonner sur scène à des enfants, à des adolescents avec justesse ? Ceux-ci vont rougir assurément, pâlir, pouffer ou jouer les blasés. Pas facile, donc. Comme l’amour charrie des vagues de sensations et de sentiments, comme il passe par le corps (gorge serrée, jambes en papier, et lumières dans les yeux…), quelle bonne idée de l’évoquer par la danse ! C’est ce que fait le nouveau spectacle de la compagnie Les Orpailleurs.

Même si tout a été dit sur l’amour, le spectacle, loin des pas de deux, ne cesse d’étonner. Certes, on y surprend des références à Roméo et Juliette, mots dérobés dans le secret d’une tendre nuit, mais ces références sont habitées, revisitées. L’eau d’une fontaine coule tandis qu’une Juliette d’aujourd’hui se hisse derrière un écran qui lui sert de balcon. La lune qui veille sur les jeunes gens est une lampe ronde en papier. Au chef-d’œuvre de Shakespeare, Sarath et Marina emprunte en définitive plutôt des sensations, des ambiances. Ce serait la pièce aux dimensions du balcon de Juliette. Par ailleurs, aux échos shakespeariens se mêlent sans lourdeur des bribes de chat et des situations actuelles qui rendent la pièce facile d’accès aux plus jeunes sans démagogie.

Mon beau miroir

On ne sait plus alors si, face à nous, dansent Roméo et Juliette, Sarath et Marina, Colin et Chloé ou d’autres. Les interprètes se donnent de fait mille noms et mille visages. Dans la pièce de Shakespeare, les amoureux se défont de leurs noms de famille qui leur sont des chaînes, ici, en les multipliant, ils nous tendent autant de miroirs où nous pouvons nous regarder. Qu’on n’attende donc pas stricto sensu l’histoire des amants de Vérone. Qu’on n’attende même pas d’histoire du tout, mais de multiples petites histoires d’amour auxquelles le même trio donne corps. Ce sont des bulles de savon légères et tendres. Ainsi, tout ne commence pas par une rencontre, tout ne finira pas par la séparation. Ouf !

Entre-temps, celui d’une heure brève et heureuse, petits et grands (car le spectacle par sa qualité est tout public) auront été envahis par des sentiments et des sensations. Il y a l’odeur de ce plat qu’un cuisinier étourdi ou amoureux aura laissé bruler, il y a les beaux tableaux que nous offrent les danseurs. Lui avec sa peau dorée, elle, toute pâle, tous les deux juvéniles et graciles. On perçoit chez ces deux-là un vrai plaisir à danser, jouer de concert. Ils sont différents, ont leurs moments de solo, mais restent néanmoins ensemble. Et c’est beau. Une jolie scénographie dépouillée mais pleine d’idées (un petit écran polymorphe, un canapé qui devient le lit des ébats ou le ring des débats…) leur laisse toute la place. Enfin, elle leur laisse plutôt une place à partager avec un troisième larron, et non des moindres !

Car le spectacle est aussi un régal pour l’oreille. En effet, avec des batteries (de cuisine), des objets hétéroclites et colorés (ballons, clavier d’ordinateur, papiers froissés…), le percussionniste Marc Pujol fait batifoler les notes et les sons. Il crée des ambiances, des décalages qui font surgir le sourire. Le musicien intervient aussi pour jouer un rôle dans celle de Sarath et Marina. On pense en particulier à un mémorable combat de coqs pour « la belle » à coups de pistolets à eau, de baudruches tonitruantes, tout ça sur fond de bruit de basse-cour.

Les jolies choses

En fait, le spectacle est plein de jolies choses : une guirlande aquatique, un théâtre d’ombres. On rit, on se retrouve dans des petits gestes. On aime bien aussi que les corps viennent au secours des mots désemparés par l’émoi. L’humour et la pudeur nous protègent. Il y a dans ce ballet mêlé de théâtre, la fraîcheur d’une Agnès*, celle de l’éveil des sentiments. L’amour donne des ailes à Sarath et Marina : paille du nid que l’on frotte pour faire des bruits, roucoulement de colombes qui se frôlent. Une réussite. 

Laura Plas


* Personnage candide de l’École des femmes de Molière qui s’éveille à l’amour en dépit de son tuteur, Arnolphe.


Sarath et Marina, librement inspiré de Roméo et Juliette de William Shakespeare

Cie Les Orpailleurs • 39, rue Monge • 75005 Paris

06 12 55 34 11

Site : http://www.lesorpailleurs.com/compagnie.php

Chorégraphie : Jean-Christophe Bleton

Avec : Sarath Amarasingam et Marina Ligeron

Percussions : Marc Pujol

Scénographie et accessoires : Olivier Defrocourt

Lumières : Frédéric Dugier

Théâtre Dunois • 7, rue Louise-Weiss • 75013 Paris

Métro : ligne 6, arrêt Chevaleret, ligne 14, arrêt Bibliothèque-François-Mitterrand, R.E.R. C, arrêt François-Mitterrand

Bus : lignes 62, 64, 89, 132, 325 : arrêt François-Mitterrand

Réservations : 01 45 84 72 00

Site du théâtre : www.theatredunois.org

Courriel de réservation : contact@theatredunois.com

Du 23 avril au 28 avril 2013, les mercredi 24 avril et dimanche 28 avril à 15 heures, le samedi 27 avril à 18 heures, les 23, 25 et 26 avril à 10 heures et 14 h 30 (scolaires)

Durée : 1 heure

16 € | 11 € | 10 € | 6,50 €

Tout public à partir de 10 ans

Tournée

Le 24 mai 2013 à Mormant dans le cadre des Scènes rurales de Seine-et-Marne

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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