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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 23:53

Le mot de la faim


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Malbouffe, empoisonnement collectif, pollution à très grande échelle : ce sont quelques-unes des dérives dénoncées par la compagnie Microsystème dans « Round’up ». Un spectacle vif et intelligent qui a de quoi surprendre, inquiéter et faire rire.

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« Round’up » | © G. Avenel

Pour alerter sur les menaces de l’industrie agro-alimentaire, quel bon choix que ce titre, nom commercial donné à un fameux herbicide de la compagnie américaine Monsanto, produit qui se révèle être hautement toxique pour l’homme, sans parler des effets néfastes sur l’environnement ! Dans une succession de tableaux, un peu comme au cabaret, trois comédiens, accompagnés par un musicien, nous dévoilent effectivement les procédés de manipulation dont nous sommes victimes au quotidien. Pour entrer dans le vif du sujet, la pièce commence sur un plateau de télévision avec une émission choc. C’est un duel très bien réglé qui nous livre, au passage, des informations en complément des reportages, préparés par la compagnie, sur les stratégies de développement de l’agro-business et leurs terribles conséquences : mort programmée des petits agriculteurs, désertification, anéantissement des écosystèmes, intoxication alimentaire légitimée par les États, problèmes sanitaires…

La scénographie, légère et un peu high tech, représente différents espaces. Les éléments du décor, sur roulettes, se transforment efficacement pour fournir le cadre d’une émission, d’un foyer, d’une usine, d’une téléconférence entre le siège d’une multinationale et ses bureaux de communicants. Une sorte de zapping qui donne du rythme, d’autant que les séquences sont entrecoupées de morceaux musicaux de choix comme Tout est bon dans le cochon ! Les interprètes exécutent d’ailleurs leur partition en passant d’un registre à l’autre sans aucune difficulté.

La critique ne s’exerce pas exclusivement à l’encontre des producteurs et de la grande distribution. Car peut-on faire aussi confiance à la science ? On y entend donc des chefs d’entreprise, des industriels, des responsables politiques, des experts, des agriculteurs, des éleveurs, mais aussi des consommateurs. En effet, en remontant la filière, ces artistes citoyens se sont aussi posé la question de leur propre comportement à l’autre bout de la chaîne.

Qu’est-ce qu’on nous fait avaler ?

Comme on comprend une des comédiennes qui avoue, en toute sincérité, ne plus savoir quoi manger depuis qu’elle joue dans ce spectacle, partagée entre sa faim et sa conscience ! Un aparté qui amène subtilement à réfléchir, telle cette adresse au public qui nous confronte à une situation bien concrète : « Mettez-vous cinq minutes dans la peau d’un poulet élevé en batterie, picorez, engraissez en paix, et surtout pas de dépense énergétique inutile ». On rit jaune, quand même, avec presque l’envie de vomir, car les personnages – des militantes œuvrant pour la cause animale – viennent de vivre de fortes émotions.

L’arme de la compagnie Microsystème ? L’humour, au risque d’en faire parfois un peu trop. Pour changer des documentaires anxiogènes et pour éviter le didactisme, la compagnie a choisi de traiter ce sujet sérieux avec dérision. Car, au bout du compte, la situation ne paraît-elle pas totalement absurde ? L’humanité court à sa perte, mais cela n’a pas l’air de gêner grand monde ! Et si les grands groupes emploient une rhétorique guerrière pour mener leur stratégie, les responsables font preuve d’un réel cynisme, ne serait-ce qu’en prétextant vouloir sauver le monde de la famine. La légèreté ne dessert jamais le propos du spectacle, même l’humour potache, comme la scène de Peau d’âne revisitée avec l’air de la Recette du cake d’amour. Un mot de la « faim » plutôt bien vu et certainement pas indigeste !

L’écriture collective n’est pas seulement documentée par l’actualité. Elle est nourrie par des textes de natures variées. En effet, quoi de mieux qu’un extrait du Ventre de Paris de Zola pour faire un hymne à la biodiversité ? Drôle, intelligent, sensé, ce spectacle-là devrait être programmé le plus largement possible pour nous inciter à changer le contenu de nos assiettes. À voir et à méditer. 

Léna Martinelli


Round’up, émission théâtrale, écriture collective

Compagnie Microsystème • 25, rue de Château-Landon • 75010 Paris

01 40 38 41 45

Site : www.microsysteme.info

Courriel : juliette@microsysteme.info

Mise en scène et scénographie : Victor Gauthier-Martin

Écriture scénique collective : Clémence Barbier, Victor Gauthier-Martin, Maïa Sandoz

Avec : Clémence Barbier, Joseph Escribe, Victor Gauthier-Martin, Maïa Sandoz

Musique originale : Dayan Korolic

Lumières : Pierre Leblanc

Création vidéo : Emmanuel Reveneau, Jean-François Domingues

Collaboration costumes : Séverine Thiébault

Collaboration chorégraphie : Gilles Nicolas

Régie générale : Jean-François Domingues

Construction décor : Jérôme Clerc-Renaud

Théâtre des Quartiers-d’Ivry • Studio Casanova • 69, avenue Danielle-Casanova • 94200 Ivry‑sur‑Seine

Réservations : 01 43 90 11 11

Site du théâtre : www.theatre-quartiers-ivry.com

Courriel de réservation : reservations@theatre-quartiers-ivry.com

Du 9 décembre au 20 décembre 2013, à 20 heures, sauf le jeudi à 19 heures et le dimanche à 16 heures, relâche les 11 et 16 décembre

Durée : 1 h 10

20 € | 15 € | 13 € | 10 € | 5 €

À partir de 11 ans

Tournée :

– Du 7 février au 9 février et le 15 mars 2014 : Scènes rurales, Seine-et-Marne

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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