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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:38

Tablantec, c’est pas du toc


Par Laure Quenin

Les Trois Coups.com


Le clown des rues Ronan Tablantec, créé et interprété par Sébastien Barrier, a fait escale à Marseille. Le comédien, dans le cadre de la programmation du Merlan « Courage… rions ! », a parcouru la ville dès le 10 mars 2011, afin d’engager des rencontres et des échanges, dont il a rendu compte ce vendredi 25 mars « dans le décor feutré du Théâtre Mazenod ».

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Ronan Tablantec | © Michel Vandeneckhout

Du Comptoir Dugommier au quartier de la Busserine en passant par le port du Vallon-des-Auffes, l’aventure du « marin prêcheur », comme il aime se définir, s’est jalonnée de rendez-vous inopinés et gratuits, qui ont surpris les Marseillais. Avec son ciré jaune, ses bottes en caoutchouc, son pantalon en plastique blanc, et une boîte à sardines en guise de couvre-chef, Tablantec, comme son nom l’indique, semble tout droit sorti d’un chalutier breton. En effet, le personnage est de Douarnenez, à la pointe du Finistère. Une ville qui, d’après le protagoniste, trouve dans son abréviation « DZ » une définition : Dead Zone *.

Pour célébrer la fin de son itinéraire à la découverte du rire marseillais, le « clown-bonimenteur » accueille le public dans un théâtre. Il en ouvre lui-même les portes, invite les spectateurs à s’installer, tandis qu’il fume une cigarette et commente au micro tout ce qui se passe sous ses yeux. Il présente son neveu, à qui il doit encore acheter des chaussures promises à Noël, un Corse rencontré quelques jours auparavant, et ses complices des quartiers Nord.

Il décrit également sa scénographie, entièrement créée à partir d’objets glanés, prêtés ou donnés lors de ses pérégrinations phocéennes : « une scéno cheap, mais je ne suis pas plasticien », dit-il. Il répète d’ailleurs souvent qu’il travaille seul, qu’il n’a pas de metteur en scène, ni de chargé de communication, « une liberté qui donne envie de pleurer ». Tendre moqueur de lui-même et des autres, Ronan Tablantec plonge le public dans l’hilarité, et parvient à transmettre également beaucoup d’émotion en sublimant des évènements du quotidien.

« Sociologie spontanée »

Le personnage de Ronan Tablantec utilise l’instant présent pour construire un spectacle à l’humour caustique jubilatoire, tant pour le public que pour le comédien lui-même. Dans un flot de paroles rythmées à l’excès et sur fond de taquineries incessantes, il se révèle peu à peu profondément altruiste et bienveillant. Pour exemple, sa rencontre avec des « jeunes » des quartiers Nord, qu’il préfère appeler des « personnes » : une première approche où planait une incompréhension réciproque et « symétrique ». Mais le rire, comme moyen de partage et de communication, a réuni deux mondes, aboli des frontières imaginaires et sociales auxquelles le comédien n’accorde aucune valeur.

Quand il relate sa discussion, d’abord enjouée, avec un pêcheur qui finit par revendiquer son racisme antialgérien, il expose alors toute la tristesse ressentie par un tel aveu. Totalement abattu, bras ballants et mine défaite, Tablantec se fait avec sincérité le porte-parole d’une humanité divisée, segmentée, et qu’il voudrait unie. Généreux et fraternel, il s’adapte à l’auditoire qui l’entoure, et déclare qu’il n’y a « pas de mauvais publics, seulement des mauvais spectacles ». Et, lorsqu’il évoque l’émotion ressentie au contact d’un homme sourd et muet rencontré dans la rue, une fois de plus, cette aventure trouve une dimension poétique.

Un numéro devenu traditionnel au fur et à mesure des années et des rencontres clôt la performance du clown délicat : une démonstration de fouet. La beauté réside davantage dans la présentation de l’instrument que dans son habileté à le faire claquer. En effet, il en détaille les différentes matières, de l’extérieur en cuir au micocoulier de l’intérieur que les initiés appellent « l’âme ». Une âme végétale qui le rend plus résistant. Le clown Sébastien Barrier devient alors la personnification du martinet. Car il est tout aussi cinglant qu’un vif coup de fouet, mais il cultive une âme magnanime qui fait toute la force de son personnage et de son être. 

Laure Quenin


* « Zone morte ».


Ronan Tablantec, Marseille ? à rire, de Sébastien Barrier

Mise en scène : Sébastien Barrier

Avec : Sébastien Barrier

Théâtre Mazenod • 88, rue d’Aubagne • 13001 Marseille

Site du théâtre : http://www.theatre-mazenod.fr/

Réservations : 04 91 11 19 20

Le vendredi 25 mars 2011 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

20 € | 10 € | 5 € | 3 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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