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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 11:28

Cure de jouvence


Par Juliette Rabat

Les Trois Coups.com


La compagnie Les Mille Chandelles livre, dans le cadre enchanteur de la tour Vagabonde à Paris, un « Roméo et Juliette » époustouflant de vigueur et d’énergie.

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tour Vagabonde | © D.R.

À force d’être vues, revues et rebattues, les pièces classiques courent toujours le risque de devenir des poncifs pour spectateurs dociles, auxquels on rend hommage par habitude comme par respect. Et puis parfois, surprise, l’étonnement surgit. « Toujours l’inattendu arrive », écrivait André Maurois. Quand il survient au théâtre, c’est généralement bon signe. Le Roméo et Juliette de Baptiste Belleudy est de cette trempe-là. Vous pensiez connaître le chef-d’œuvre de William Shakespeare par cœur, c’est comme si vous ne l’aviez jamais vu.

Quelle force, quelle énergie, quelle vigueur dans la mise en scène du jeune comédien, qui interprète le rôle de Roméo ! Scènes burlesques, apartés romantiques, combats, sombres intrigues et grands moments d’euphorie collective s’enchaînent à un rythme effréné, au diapason des répliques qui fusent entre les protagonistes de cette vaste fresque tragique. On ne s’ennuie pas un seul instant, et le temps file à la vitesse de l’éclair. Baptiste Belleudy parvient à restituer à la pièce de Shakespeare un éclat qu’on ne lui connaissait plus.

Un divertissement total

C’est toute la fougue de la jeunesse, tour à tour submergée par la joie ou affligée par le désespoir, qui se joue sous nos yeux. Ce Roméo et Juliette fait entendre comme jamais le mélange d’insouciance et d’arrogance qui saisit les jeunes êtres entraînés dans le tourbillon de leurs sentiments. Tout y est exacerbé, tout y est débordant. Une valse de mots et de corps rendue possible par le talent, collectif et individuel, des comédiens de la troupe. Passés pour la plupart par le cours d’art dramatique de Jean-Laurent Cochet, ils affichent une rare cohésion. Sachant être tour à tour émouvants et drôles, avec cette inconstance propre à la jeunesse, ils brillent également par leur polyvalence.

On les voit chanter, danser, voltiger ou encore braver le fer avec une aisance déconcertante. Les mots et les situations sonnent juste, les personnages de Shakespeare sont littéralement habités. Il faut à ce titre particulièrement saluer la prestation de Paul Gorostidi, qui joue un Mercutio confondant de vérité et tout en subtilité. Le comédien incarne à la perfection ce personnage complexe, bouffon ironique et provocateur qui dissimule un abîme de noirceur. Mention spéciale également à Sylvy Ferrus, dans le rôle de la nourrice de Juliette, qui offre à la pièce l’un de ses plus beaux personnages comiques.

Un cadre atypique

Mais l’enchantement ne serait rien sans les mots de Shakespeare, qu’on entend comme pour la première fois. La langue du dramaturge reprend littéralement vie grâce à la traduction de Jean Sarment, qui redonne toute sa verve, son éclat et son lyrisme au texte original. Retravaillés par Baptiste Belleudy à partir du texte anglais, les joutes verbales et les apartés comiques retrouvent également l’humour piquant des origines. L’aura dont rayonne la pièce trouve une parfaite résonance dans le lieu même où se joue la tragédie. La tour Vagabonde, théâtre élisabéthain itinérant tout en bois qui a installé ses tréteaux dans la Cité internationale des arts de Paris, participe de cette magie.

L’espace scénique, conçu sur le modèle du Théâtre du Globe londonien, sert à merveille la mise en scène. Les comédiens passent leur temps à dévaler les escaliers qui encadrent la scène, restant toujours au plus près du public. La galerie supérieure offre en outre un cadre de choix pour les scènes festives de bal comme pour les scènes plus intimistes qui ponctuent la pièce. Le tout, accompagné de percussions et des airs de Berlioz, Mozart et Purcell chantés par les comédiens, nous fait comme revenir aux origines de l’illusion théâtre. Vie et mort se côtoient dans une ronde incessante, crue, violente, tendre et drôle, pour une catharsis sous forme de carnaval. 

Juliette Rabat


Roméo et Juliette, de William Shakespeare

Programme de la Comédie-Française, 1952

Traduction : Jean Sarment

Les Milles Chandelles • 40, rue Charles-de-Gaulle • 95270 Luzarches

06 18 85 66 29

Site : www.lesmillechandelles.com

Courriel : administratrice@lesmillechandelles.com

Mise en scène : Baptiste Belleudy

Avec : Géraldine Azouléos, Baptiste Belleudy, Axel Blind, Jonathan Bizet, Gaspard Caens, Raphaëlle Cambray, Laurent Evuort, Sylvy Ferrus, Clémence Fougea, Thomas Gauthier, Jean-Luc Giller, Paul Gorostidi, Anne‑Solenne Hatte, Robin Laporte, Bernard Métraux, Sylvain Mossot, Françoise Muxel, Stéphane Peyran, Dominic Rouvillé, Federico Santacroce, Jean-Laurent Silvi, Louis Yerly

Lumières et percussions : Robin Laporte, Federico Santacroce

Chœur et arrangements : Rémy Hermitant

Costumes : Nathalie Giustiniani, Claire Belleudy, Ségolène Bonnet

Décors : Louis Yerly, Pierre Pernois

Chorégraphie : Véronique Campion

Tour Vagabonde • Cité internationale des arts • 18, rue de l’Hôtel-de-Ville • 75004 Paris

– Métro : ligne 7, arrêt Pont-Marie

– Bus : 67, arrêt Pont-Marie 

Réservations : 07 78 52 52 27

Site du théâtre : http://tourvagabonde.com/

Courriel de réservation : arsenia75@orange.fr

Du 20 mars au 14 juillet 2013, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 15 heures

Durée : 3 h 30 avec entracte

34 € | 24 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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