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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 15:02

Les amants pressés


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Pas le temps de souffler dans le « Roméo et Juliette » tout feu, tout flamme de François Ha-van, au Théâtre de l’Oulle.

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« Roméo et Juliette » | © D.R.

Impossible de s’ennuyer dans ce Roméo et Juliette-là. Pour une fois, on a vraiment l’impression de vivre l’action dans la folle rapidité de son temps réel. Tout s’enchaîne sans répit : la rencontre, le mariage, le duel fatidique entre Roméo et Tybalt (le cousin de Juliette), la nuit de noces… C’est le premier mérite de cette mise en scène. Il faut dire que Cécile Leterme a fait de sacrées coupes dans le texte de Shakespeare, en particulier à la fin. Exit la rencontre entre Roméo et son rival Paris. Balthazar, le page de Roméo, disparaît tout à fait, lui qui, mine de rien, se révèle un rouage décisif dans le déroulement de l’intrigue et son issue fatale.

Le langage a aussi été rajeuni et doté d’une oralité qui lui donne un tour plus spontané. « What’s in a name ? » devient « Un nom, qu’est‑ce que c’est ? » Des anglicismes ponctuent parfois les dialogues (« alright »). Et du côté des personnages, Juliette a, non pas à peine treize ans comme dans l’original, mais dix‑huit ! Ce qui a le mérite de rendre certes un peu plus crédible la situation et d’offrir une meilleure adéquation entre l’âge du personnage et celui de la comédienne, mais soulève du coup d’autres bizarreries : la présence de la nounou devient un peu curieuse, et puis Juliette n’en parle et n’en agit pas moins avec des attitudes parfois très gamines.

Deux autres petites réserves : était‑il indispensable de donner à Paris, le fiancé désigné de Juliette, un côté gauche et ridicule ? Il serait tout aussi intéressant, sinon plus, de le montrer sous un jour plus crédible, plus noble, ce qu’il est dans le texte. Enfin, la mort des deux héros intervient après que toute la sensation de fatalité inéluctable qui précède a été gommée par le résumé qu’en fait frère Laurent (« le messager que j’avais envoyé est arrivé trop tard… »). Enfin, toute seule dans son caveau (avec d’ailleurs une superbe scénographie de fumée et de lumière blafarde), Juliette a à peine le temps de se réveiller que, déjà, elle s’empoisonne en voyant son Roméo mort à ses côtés. Foncer, c’est bien, mais attention à l’excès de vitesse.

Des contrastes très réussis

Cependant, il serait injuste et inexact de parler ici d’un « jeunisme » mal à propos tant l’ensemble a d’allant. La mise en scène réserve de très beaux moments, comme quand Juliette se tient, non plus à son balcon, mais sur une balançoire. Globalement, l’un des grands atouts du spectacle réside dans la restitution des chicaneries de garçons qui agitent les clans Montaigu et Capulet. On se moque de l’autre, on essaie de se faire mousser, on chante, on braille… Et puis parfois, on se bat. Ces scènes sont vraiment excellentes grâce à un très bon réglage des combats. Autant de moments qui font écho aux moments de fête, eux aussi très bien rendus. Le bal des Capulet est très bien restitué, avec ses chants et ses danses en direct sur le plateau. Le vent de la jeunesse souffle en permanence sur la scène. Il y a du Kusturica là‑dedans ! Avec les musiques tsiganes qui parlent au cœur, les amours et les engueulades… Très réussis, aussi, les contrastes : le bal bat son plein, Roméo et Juliette sont déjà enlacés ; Tybalt meurt, Juliette attend Roméo pour la nuit de noces.

Tous les comédiens sans exception donnent tout ce qu’ils ont, et cela se voit. Après, certains choix sont discutables. Sophie Garmilla incarne une Juliette convaincante, qui gagne en détermination au fil de la pièce. William Dentz est un Roméo également juvénile et cœur d’artichaut. Mais on aurait parfois aimé voir plus de nuances, voire de repos, dans sa voix et son jeu. Les seconds rôles sont également très bons : Grégoire Bourbier, en frère Laurent, apporte justement des instants de répit bienvenus, un peu comme si ce personnage était le pilier autour duquel les autres s’articulent. Mention spéciale à deux comédiens : Grégory Corre, excellent en Mercutio, impertinent et séducteur à souhait. Et, dans un petit rôle très marquant, Loïc Samar, Tybalt orgueilleux, félin prêt à bondir. Chez les filles, Stéphanie Germonpré est épatante dans le rôle de la nourrice : parfois un peu too much au début, elle endosse avec talent un masque de tristesse dans la deuxième partie de la pièce. 

Céline Doukhan


Roméo et Juliette, de William Shakespeare

Compagnie Le Vélo volé • 40, rue Coriolis • 75012 Paris

01 46 28 27 70

velovole@voila.fr

Mise en scène : François Ha-van

Adaptation : Cécile Leterme

Avec : Sophie Garmilla, William Dentz, et en alternance, Benoît de Balanda, Grégoire Bourbier, Grégory Corre, Thibault Couillard, Stéphanie Germonpré, Julie Quesnay, Rafaël Reves, Raphaëlle Sahler, Loïc Samar, Sylvain Savard, Laurent Suire, Guillaume Tagnati, Marie Tournemouly

Scénographie : François Ha-van, Sarah Heitz‑Ménard

Musique : Raphaëlle Sahler, Marie Tournemouly

Lumières : François Ha-van

Costumes : Aurélie Torché

Combats réglés par maître Sudoroslan et François Ha-van

www.theatredeloulle.com

Réservations : 04 90 86 14 70

Du 7 au 28 juillet 2012 à 18 h 10

Durée : 1 h 45

18 € | 12,5 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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