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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 13:01

« Lear » entre quatre z’yeux


Par Victorien Robert

Les Trois Coups.com


Dans une mise en scène originale et dépouillée, Antoine Caubet envoie ses comédiens au charbon – et même parfois le public – pour livrer un spectacle plein de profondeur. Ou comment aller à l’essentiel de cette immense tragédie de Shakespeare.

roi-lear-4-87 pascal-colrat-pour-theatre-de-laquariumPourtant, c’est un sacré défi que s’est fixé ici la compagnie du Théâtre-Cazaril, puisque Roi Lear 4/87 est, comme son nom l’indique, un spectacle pour quatre comédiens et quatre-vingt-sept minutes. Et puis vogue la galère. En gardant évidemment à l’esprit que, dans Shakespeare, tout se conjugue avec le rire même pour le plus grave des sujets, qu’il faudra aborder les thématiques du pouvoir, de la vieillesse, de l’amour filial et conjugal, de l’ordre et du désordre, et surtout du temps qui passe. Qu’à cela ne tienne ! En réduisant au plus strict minimum le nombre des comédiens, en prenant le parti de supprimer tous les accessoires et costumes, Antoine Caubet – lui-même comédien – nous offre une très belle partition, tout en intimité.

Impliquer directement son auditoire

Le public, lui, n’a pas le temps de décrocher : placé en quadrifrontal, accueilli par les acteurs, il est mis plusieurs fois à contribution tout au long de la pièce. Voilà peut-être la qualité principale de ce spectacle, qui parvient à impliquer directement son auditoire. Sans tomber dans les travers de l’humiliation d’une personne choisie au hasard dans les gradins, mais au contraire avec une grande bienveillance, chaque comédien invite ses voisins à écouter ou à lire le texte d’un personnage dont le rôle n’a pu être pourvu. Quoi de plus formidable que de pouvoir participer à la fête ? Voilà une clé intéressante pour renouveler la pédagogie du théâtre dans un spectacle qui aspire à attirer un public jeune.

Quand il n’existe plus ni décor, ni accessoires, ni costumes, c’est au jeu même des comédiens qu’il faut s’en remettre. Et, sur ce plan, les mots manquent pour exprimer tout le talent des quatre protagonistes. Antoine Caubet, Cécile Cholet, Christine Guénon et Olivier Horeau méritent d’être cités tous les quatre, non seulement parce que chacune de leurs individualités se met pleinement au service du spectacle, mais aussi parce qu’ils respirent en même temps la puissance de la tragédie et la légèreté de la comédie. D’un rôle à l’autre – la version d’origine en dénombre tout de même vingt –, ils incarnent d’un même souffle le tumulte émotionnel de cette pièce.

Cuauté, souffrance, mensonge et violence

Le Roi Lear est en effet un vrai sac de nœuds de cruauté, de souffrance, de mensonge et de violence entremêlées : violence du père envers sa plus jeune fille, qui lui avoue un amour mesuré ; cruauté des deux autres sœurs envers leur père, considéré comme un vieillard décati et sénile ; mensonge d’Edmond pour faire chasser son frère Edgar et le priver de l’héritage de Gloucester ; souffrance, enfin, de ces âmes en peine errant sur la lande tourmentée d’une Angleterre inhospitalière. Shakespeare, comme souvent, trouve la lumière par la voix d’un petit, le fou du roi, dont la malice et le discours sans calcul viennent tirer les leçons de ces mésaventures et mettre au grand jour les mesquineries et les traîtrises de chacun.

On sort de Roi Lear 4/87 avec le sentiment étrange d’avoir figuré parmi la cour d’Angleterre et d’avoir été investi des enjeux de l’intrigue. Cette sensation de compassion est très plaisante. Comme un condensé de vie, brutale et déchaînée, en seulement quatre-vingt-sept minutes. 

Victorien Robert


Roi Lear 4/87, d’après William Shakespeare

La Tragédie du roi Lear est publiée aux éditions Gallimard, coll. « Folio »

Coproduction Théâtre Cazaril, C.C.A.S.

Avec la participation d’Escapades, festival jeune public à Paris

Compagnie du Théâtre-Cazaril

www.theatrecazaril.fr

Mise en scène : Antoine Caubet

Avec : Antoine Caubet, Cécile Cholet, Christine Guénon et Olivier Horeau

Affiche : Pascal Colrat pour le Théâtre de l’Aquarium

Théâtre de l’Aquarium • la Cartoucherie de Vincennes • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 74 99 61 (du lundi au samedi de 14 heures à 20 heures)

Du 2 au 27 décembre 2009 à 20 h 30, samedi à 16 heures et à 20 h 30, dimanche à 16 heures, relâche exceptionnelle le 24 décembre 2009

Durée : 1 h 27

20 € | 14 € | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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