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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 21:12

La beauté fulgurante
de la danse pure


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


« Robot » de Blanca Li a fait escale au Cratère d’Alès. Encore une fois, un succès qui ne se dément pas depuis l’ovation lors de la création au festival de Montpellier danse en 2013. Blanca Li sait toucher au cœur le public.

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« Robot » | © Laurent Philippe

La chorégraphie expose une succession de tableaux aux tons contrastés ; l’émotion du public varie au gré des changements. D’entrée, un danseur tient lieu de surface de projection des représentations du corps humain. Le défilement des images propose de regarder de près ce qui le constitue, tantôt mettant en relief le système veineux, tantôt la circulation sanguine, le squelette ou la machinerie intérieure. L’œil du spectateur est, d’emblée, subjugué. Souvent, des saynètes humoristiques préfèrent privilégier le cocasse et susciter l’amusement ou le rire : un robot féminin au boa rose chante avec passion un Besame mucho ; une humaine tente une scène de séduction avec un robot à l’esprit coloré de grivoiserie. L’imagination, toute de bric et de broc, a ce je ne sais quoi qui veut produire l’étonnement.

Parfois, le ton est plus conventionnel et didactique. Il s’agit alors de rappeler la mécanisation du monde et la frénésie de l’époque contemporaine, où toute action tend à une sorte de fièvre et d’emportement. Le contraste avec la tranquille déambulation des robots sur le plateau invite à jeter un regard réflexif sur notre condition. Dans la variété des tableaux, l’un d’eux prédomine. C’est la découverte du petit robot humanoïde qui, devant un public émerveillé, fait ses premiers pas d’enfant et de danseur. Quel moment d’attendrissement et de charme auquel nul n’échappe !

Un transfert d’aptitudes

La question du rapport de la machine et de l’homme est au centre du spectacle. Blanca Li s’est associée à Maywa Denki, un collectif d’artistes et de performeurs, lesquels introduisent sur scène tout un arsenal d’automates électromécaniques, autant d’instruments à la fois drôles et poétiques. Des fleurs à pétales-xylophones bercent comme une boîte à musique la marche du robot enfant ; une machine à soufflet guide les pas des danseurs sur un ton de bandonéon nasillard… Là encore, tout un bric-à-brac d’appareils hybrides est source d’enchantement. Le plus étonnant est la présence de robots électroniques, petits êtres de 58 cm. Capables de restituer les mouvements et, le croit-on, les sentiments humains. Ils plient les genoux, arrondissent les bras, tombent – l’on pense alors à une défaillance –, mais ils se redressent et, tendant les mains, ils communiquent avec leurs partenaires de chair. La troupe robotique entreprend une chorégraphie simple mais élégante.

Dernier volet dans le questionnement des interactions, la présence de l’homme-machine ou de l’homme robotisé. En effet, les danseurs s’appliquent parfois à reproduire la gestuelle des robots, telle la mise en abyme de l’apprentissage de la marche où le petit NAO imite celle de l’homme, lequel calque la particularité de sa progression. La robotisation, c’est également la manière de gérer la machine corporelle. Ainsi, les mains, dans le deuxième tableau, sont-elles le moteur des mouvements. Elles peuvent encore, plus tard, par leur raideur toute mécanique, rappeler la perte du caractère humain. Enfin, la recherche de nouveaux automatismes de déplacement poétise des configurations neuves, comme l’avancée dos à dos, plante de pied contre plante de pied. Peut-être s’agit-il aussi de créer une gêne, de déranger la fluidité naturelle de la trajectoire et, par ce moyen, de contrefaire le robot à l’instar de l’androïde qui s’emploie à générer l’illusion de la présence humaine. En somme, un transfert d’aptitudes de part et d’autre.

Alors, qui du robot humanisé ou de l’homme robotisé remporte la palme ? Si le premier, certes, touche le spectateur et l’attendrit, parce que, d’une certaine manière, il va à la rencontre de nos rêves d’enfant, il ne permet absolument pas d’oublier, si l’on exclut les saynètes assez attendues de la mécanisation, la beauté fulgurante de la danse pure. Deux moments sont particulièrement magnifiques : le deuxième tableau où la main est guide et celui où tous sont reliés à un câble qui commanderait leur geste. Sublimes instants où l’énergie, associée à la précision, laissent absolument sans voix. Si Robot, jusque-là, a eu un succès bien mérité depuis sa création, c’est sans doute autant pour la tendresse qu’inspirent les petites créatures mouvantes que pour la prodigieuse grâce de ses danseurs de chair. 

Fatima Miloudi


Robot, de Blanca Li

http://blancali.com/fr/event/99/Robot

Chorégraphie, direction artistique : Blanca Li

Danseurs : Yacnoy Abreu Alfonso, Émilie Camacho, Géraldine Fournier, Yann Hervé, Aliashka Hilsum, Samir M’Kirech, Gaël Rougegrez, Yui Sugano

Deuxième cast : Jonathan Ber

Robots musicaux : Maywa Denki, Yoshimoto Creative Agency

Robots NAO : Aldebaran Robotics

Musiques originales : Tao Gutierrez, Maywa Denki

Scénographie : Pierre Attrait, assisté de Marion Leduc

Lumière : Jacques Chatelet, assisté de Sylvie Debare

Vidéo : Charles Carcopino, assisté de Simon Frezel et Pierre‑Jean Lebassacq

Ingénierie numérique : Thomas Pachoud, Aurélien Conil

Animation robots : Clément Bigot, Valentin Bertrand

Assistantes chorégraphiques : Glyslein Lefever, Déborah Torres

Maître de ballet : Antonio Alvarado

Régie générale : Éric da Graça Neves

Régie plateau : Enrique Gutierrez

Régie son : Antoine Imbert

Équipe technique en tournée :

– Régie lumière : Sylvie Debare ou Alain Larue

– Régie plateau : Enrique Gutierrez ou Stéphane Loizeau

– Régie son : Antoine Imbert ou Philippe Calvet

– Régie robots : Thomas Pachoud ou Martin Rossi assisté de Simon Frezel ou Aurélien Conil

Le Cratère • square Pablo-Neruda (place Barbusse) • 30100 Alès

Réservations : 04 66 52 52 64

www.lecratere.fr

Vendredi 7 novembre 2014 à 20 h 30, samedi 8 novembre 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 25

18 € | 17 € | 15 € | 12 €

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