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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:48

« Riz au lait » : les mystères de l’Est


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Le Riverbed Theatre propose à la Condition des soies « Riz au lait », un spectacle littéralement indescriptible, à défaut d’être totalement incompréhensible. « Les Trois Coups » ne vont pourtant pas vous abandonner, lecteurs fidèles, et voici de quoi il retourne.

D’abord, que n’y a-t-il pas dans ce spectacle ? Des dialogues. Il n’y a pas non plus d’intrigue, de péripéties. Et il n’y a pas vraiment de personnages, non plus. Bigre ! Voilà beaucoup de choses qu’on aime bien voir, mine de rien, dans une pièce de théâtre. Que reste-t-il, alors ? Eh bien, c’est plutôt sur le plan visuel que l’affaire se passe.

Une première séquence voit une comédienne entrer à pas lents sur une petite estrade. Elle ôte son peignoir et se retrouve en sous-vêtements blancs. Une autre arrive et lui place délicatement les deux bras en l’air avant de l’asperger d’eau et de lui faire deux marques rouges qui dégoulinent sur sa peau. Toute cette scène, par sa lenteur, plonge le spectateur dans des abîmes de perplexité : qu’est-ce que cela veut dire ? Que va-t-il se passer ?

Heureusement, les Trois Coups sont – toujours – là pour vous aider à y voir plus clair. La jeune femme en blanc se retrouve allongée sur l’estrade dans une position qu’on devine fort inconfortable, et passe la main, puis le bras, dans un petit orifice pratiqué dans l’estrade. Une autre comédienne arrive, qui tente de lui faire boire un verre de lait à l’aide d’une sorte d’entonnoir en fer blanc. Là encore, ça dégouline. Il y a une petite marre de lait sur l’estrade. Enfin, sachez que cette comédienne, après avoir fait boire la tasse à sa copine, lui place la tête sous une cloche translucide, dans laquelle une ouverture a été ménagée à l’emplacement du cou. Si avec tout ça vous vous sentez toujours largué…

riz-au-lait

« Riz au lait » 

On pourrait ainsi continuer la description de tous les microfaits, de tous les gestes savamment calculés qui constituent le développement du spectacle. Chaque mouvement est aussi précis qu’énigmatique. C’est un théâtre qui fait appel, non pas à la faculté du spectateur de comprendre une histoire, mais à celle de recevoir des images qui font écho à une part de lui qui est cachée, à sa sensibilité pour des symboles enfouis. Ce n’est ni triste ni gai, mais assurément mystérieux.

On a parlé au sujet de cette troupe de « surréalisme taïwanais », ce qui décrit effectivement bien une démarche centrée sur des images qui nourrissent et se nourrissent de notre imaginaire profond. Cependant, qui dit surréalisme dit aussi humour, et c’est le cas avec ce passage, très réussi du point de vue plastique, pendant lequel une jeune fille, portant un énorme masque sphérique, voit surgir derrière elle, comme de ses rêves, un gigantesque lapin blanc – instant qui semble atteindre au summum du gag en comparaison de l’ascèse de ce qui précède.

Alors, on peut rester hermétique à cette façon de faire du théâtre, mais pas indifférent. Cette suite d’images, comme une substance qui pénètre dans les veines, produit sûrement ses effets à long terme, par petites doses, par flashes. Comme les images d’un rêve, ou d’un cauchemar, qui parfois se rappellent à nous sans crier gare. 

Céline Doukhan


Riz au lait, de Craig Quintero

Riverbed Theatre • 3F., No. 536, Sec. 1, Donghua St. • Beitou District • 112 Taipei • Taiwan

Mise en scène : Craig Quintero

Avec : Chung Li-Mei, Huang Jie-Fei, Cheryl Quintero, Yeh Su-Ling, Joyce Ho

Musique : Cheryl Quintero

Scénographie : Joyce Ho

Lumière : Liao Wen-Ling

Vidéo : Lan Yuan-Hong

Régie : Isaac Lai

La Condition des soies • 13, rue de la Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 74 16 49

Du 8 au 30 juillet 2010 à 13 h 40

Durée : 50 minutes

13 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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