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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:11

Yves Cusset : le rire
est sa maïeutique


Par Olivier Pradel

Les Trois Coups.com


Socrate faisait accoucher les âmes, Cusset lui les fait rire. Avec « Rien ne sert d’exister », pour un mois au Théâtre de Ménilmontant, il nous offre un condensé désopilant de philosophie.

Je ne sais pas pour vous, mais je ne garde pas un souvenir transcendantal de la philo en terminale. Bon nombre de cours se résumaient alors à une histoire des penseurs, de leurs systèmes et des controverses qu’ils ont engendrées. Cette discipline devenait prétentieuse et inutile, servie par des professeurs qui se perdaient dans un sabir des plus gonflants.

Yves Cusset n’est pas de ces profs-là. Sa philosophie serait plutôt gonflée, mélange détonant et réussi entre questions éternelles et humour, jouant des mots et onomatopées, à la manière d’un Raymond Devos. Seul en scène, il évolue autour d’une pile de valises dans lesquelles il va puiser au fil du temps des livres, légers ou graves. Pour lui, le philosophe n’est pas rat de bibliothèque mais voyageur de la pensée. Philoriste – mi-philosophe, mi-humoriste –, le rire est sa maïeutique.

Après s’être frotté à Habermas et à Foucault, Yves Cusset a abandonné l’enseignement de la philo pour fonder en 1993 sa première compagnie, Les Matelots de la flotte. Quittant Paris en 2003, il rejoint la Bourgogne, où il fonde sa nouvelle compagnie Un jour j’irai, dans le bassin minier de Saint-Vallier. Depuis 2006, il y anime à l’espace culturel Louis-Aragon le festival La Philo en folie, qu’il a créé.

Rien ne sert d’exister est son quatrième spectacle teinté de philosophie, publié aux éditions Le Jardin d’essai. En novembre 2006, toujours à Saint-Vallier, Cusset a créé ce « solo philosophique juste pour rire », mis en scène par le clown, mime et comédien Gilles Berry, souligné par les lumières de Gilles Ducombs. Avec un passage par Avignon en juillet 2007, il le fait tourner en France avec plus de 120 représentations.

Rien ne sert d’exister pose des questions, mais ne donne pas de réponses : pourquoi la mort ? Est-ce que le monde ou les autres existent sans que je les perçoive ? Peut-on exister sans se demander pour quelles raisons ? L’amour est-il possible ? Grand point d’interrogation, ce spectacle donne à penser, toujours avec légèreté, parfois dans un dialogue improvisé avec le public. Il suit un homme atteint depuis son plus jeune âge d’un mal incurable – le doute hyperbolique chronique – qui lui fait transformer toute évidence en question, tordue si possible. Depuis l’Antiquité de Diogène et de Sénèque jusqu’à nos contemporains, en passant par les sagesse orientales, Yves Cusset accommode les questions philosophiques à sa sauce, dévoile quelques secrets et conseils sur l’amour et donne de belles leçons de vie. En égratignant au passage la philosophie de bazar, type B.-H.L.

Si, suivant le conseil de Nietzsche, à la fin de Par-delà le bien et le mal, il nous venait à l’idée de « classer les philosophes suivant le rang de leur rire », nul doute qu’Yves Cusset remporterait la palme. 

Olivier Pradel


Rien ne sert d’exister, d’Yves Cusset

Compagnie Un jour j’irai • 131, rue Henri-Barbusse • 71230 Saint-Vallier

06 63 66 02 53 | 03 85 57 22 33

unjourjirai@livre.fr

Mise en scène : Gilles Berry

Avec : Yves Cusset

Lumières : Gilles Ducombs

Photo : © X. D.R.

Théâtre de Ménilmontant • salle Le Labo • 15, rue du Retrait • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 98 60

Du 5 au 29 novembre 2009, du jeudi au samedi à 19 h 30, et le dimanche à 16 heures, relâche du lundi au mercredi

Durée : 1 h 10

19 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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