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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 18:07

Accentus et Insula orchestra réunis pour un programme exceptionnel


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Le conservatoire Jean-Baptiste-Lully de Puteaux a reçu le célèbre chœur Accentus et le récent Insula orchestra, tous deux dirigés de main de maître par Laurence Équilbey. Au programme : une découverte, avec « Miserere » de Zelenka, un trésor oublié de la musique baroque tchèque, et le chef-d’œuvre ultime de Mozart, le fameux « Requiem ».

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« Laurence Équilbey » | © Jean-Baptiste Millot

Voilà plus de vingt ans que Laurence Équilbey a fondé le chœur Accentus, formation d’une trentaine de chanteurs qui se produit sur les scènes internationales. Après avoir révolutionné le chant choral, par un tour d’Europe des répertoires a cappella, la chef d’orchestre, attachée à la recherche stylistique, a également souhaité créer un orchestre avec une sonorité bien particulière, celle des instruments d’époque. Insula orchestra est né d’un désir, celui de jouer de la musique de style classique et préromantique, avec des programmes aussi bien symphoniques qu’avec chœurs et solistes. Du coup, ces deux formations complémentaires permettent des mariages réussis de voix et d’instruments.

Pour sa deuxième saison, Insula orchestra se consacre en grande partie au siècle des Lumières, une période pleine d’idées nouvelles et de contradictions qui fait écho à notre époque actuelle. Cette période, passionnante, sur le plan politique ou littéraire, l’est aussi pour sa musique. Haydn, Beethoven, Mozart ne font-ils pas partie des plus grands ? C’est justement le Requiem de Mozart qui était au programme du 31 janvier. Donné en avant-première à Puteaux, puisque Insula orchestra a pu voir le jour grâce au soutien des Hauts-de-Seine (le projet est une préfiguration de l’ensemble qui s’installera dans un équipement de l’île Seguin à partir de 2017), ce concert rayonnera sur tout le territoire français. À l’occasion de ce programme, Insula orchestra réalise son premier enregistrement discographique pour le label Naïve et inaugure son partenariat avec la Salle Pleyel à Paris.

Chef-d’œuvre inachevé, testament musical, le Requiem est une commande du comte Walsegg pour les funérailles de son épouse. Alors vice-maître de chapelle à la cathédrale Saint-Étienne, Mozart (1756-1791) poursuivait son travail sur la forme musicale de la messe, dans un souci de renouvellement. Sa mort, survenue entre-temps, l’a empêché de mettre un terme à sa composition. C’est à son élève qu’incombe alors la lourde tâche de compléter cette musique, sans la trahir, et non à Antonio Salieri, présenté comme son rival par Milos Forman dans son film Amadeus. Donc, bien que sentant certainement la mort arriver, Mozart n’a pas composé cette œuvre pour lui. Reste qu’elle exprime la stupeur, l’effroi, au moment du Jugement dernier. D’où sa puissance dramatique bouleversante.

Pas une once d’émotion !

Assister à un concert de cette œuvre sacrée augurait de bien fortes émotions. Surtout qu’en direct presque tous nos sens sont censés être touchés : l’ouïe bien sûr, mais aussi la peau, sensible aux vibrations, et la vue, sollicitée par la beauté des instruments et des gestes pour en jouer. Or, ici, pas une once d’émotion ! Bien que bridés, la quarantaine de choristes, la cinquantaine de musiciens et les quatre solistes ne manquent pas de talent. Les cordes ont du ciselé, mais l’interprétation manque de nuances, de souffle, cela malgré la puissance incantatoire de la voix. Justement, la trop grande vigueur chorale est sans doute la cause de cette déception. Mozart avait très bien conçu son Requiem avec une composition ascensionnelle. Ici, la progression ne transporte guère les auditeurs. Dommage ! Qu’on soit croyant ou pas, on ne peut effectivement pas faire l’impasse sur la dimension spirituelle du Requiem.

Autre réserve : les attaques très dynamiques de Laurence Équilbey. L’excès d’énergie, et même les attaques brusques, conviennent mieux à Miserere de Zelenka, œuvre à l’écriture syncopée, voire saccadée, et à la tonalité tragique. Du reste, belle découverte que ce compositeur né en Bohême (1679-1745), peu connu aujourd’hui. Passionnée, impétueuse, la chef d’orchestre s’illustrera d’ailleurs bientôt dans un autre programme qui correspond mieux à son tempérament. Pour la suite de la saison d’Insula orchestra, Laurence Équilbey réunira trois œuvres autour du thème de la tempête : la Symphonie nº 8 de Haydn, dont le dernier mouvement reprend les codes d’une tempête baroque ; le célèbre épisode de la Symphonie nº 6 dite « Pastorale » de Beethoven faisant référence à l’orage qui gronde dans le cœur de l’artiste ; le Concerto nº 5, l’Incendie par l’orage de John Field, qui fait écho à cette représentation de la nature pour traduire les sensations de l’artiste face aux éléments déchaînés. Voilà de quoi donner libre cours à son expressivité ! 

Léna Martinelli


Requiem K 626, de Wolfgang Amadeus Mozart

Direction : Laurence Équilbey

Insula orchestra et Accentus • 51, rue de Chabrol • 75010 Paris

01 42 46 22 00

Site : www.insulaorchestra.fr

Site : www.accentus.fr

Avec : Sunhae Im (soprano), Sara Mingardo (contralto), Werner Güra (ténor), Christopher Purves (basse)

Accentus : 10 sopranos, 8 altos, 9 ténors, 9 basses

Insula orchestra : 15 violons, 6 altos, 4 violoncelles, 3 contrebasses, 2 hautbois, 2 cors de basset, 2 bassons, 2 trompettes, 3 trombones, 1 timbale, 1 clavecin

Conservatoire Jean-Baptiste-Lully • salle Gramont • 5, rue François-de-Pressensé • 92800 Puteaux

Réservations : 01 46 92 94 77

Site : www.conservatoire.puteaux.fr

Le 31 janvier 2014, à 20 h 45

Durée : 1 h 30

24 € | 19 € | 15 €

Tournée :

– Le 5 février 2014 : Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence, réservations : 04 42 91 69 69

– Le 6 février 2014 : Salle Pleyel, Paris, réservations : 01 42 56 13 13

Enregistrement Naïve, sortie nationale le 29 septembre 2014, www.naive.fr, infoclassique@naive.fr

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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