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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 16:44

Le songe d’une nuit de guerre


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Mettant en scène et interprétant avec une grande finesse les « Récits d’un fracassé de guerre » d’Ascanio Celestini, Luciano Travaglino nous fait partager le songe d’une nuit de guerre aux allures de fin du monde. Un moment rare où tout (vie et mort, rires et larmes, rêve et réalité…) se mêle magnifiquement par le seul charme du récit.

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Luciano Travaglino dans « Récits d’un fracassé de guerre » | © D.R.    

Rome, 4 juin 1944. C’est déjà la paix dit l’un, c’est la guerre encore, affirme un autre. Mais la guerre contre qui ? Les Allemands ? Les Américains, les Russes, les Indiens… les Chinois peut‑être ? Difficile de savoir quand tout se mêle. Entre chien et loup, la vie ressemble de fait à la mort, et la vérité à l’illusion. Ce sont deux gouttes d’eau. Alors, « tu racontes et puis tu te laisses porter par l’histoire et tu racontes plein de conneries », confesse un personnage. On dirait plutôt « plein d’histoires », qui tantôt convergent comme des chemins et tantôt partent dans des directions contraires.

Il y a, entre autres, l’histoire de l’enfant qui pissa dans un casque de soldat, celle du barbier aux mains belles, de la mouche qui fut condamnée pour avoir aidé la Vierge, celle de l’homme qui fut victime d’une rafle pendant qu’il était absorbé dans son reflet, l’histoire d’un fracassé de guerre. Tant de bribes qui sont, comme des poupées russes, cachées dans le ventre de la grande histoire et qui la font entendre tout à fait autrement. De multiples histoires pour l’Histoire et un unique interprète pour de nombreux conteurs et personnages. Ainsi, Luciano Travaglino incarne en quelques gestes la malice du gamin morveux, un vieux qui suce une patate… Puis il retrouve en un clin d’œil la posture des conteurs.

Dans Récits d’un fracassé de guerre, Ascanio Celestini semble en fait retrouver la tradition du récit à tiroirs ou de la pièce à défilé. Presque tous ces personnages se croisent en effet dans une quête burlesque, dont le but est de trouver l’argent nécessaire à l’achat d’un cochon volé aux Allemands. On pense alors aux premières comédies italiennes, teintées de néoréalisme. Le récit a des accents picaresques ou comiques. C’est une Iliade de gueux, une épopée travestie et burlesque dont les acteurs s’accrochent à la vie, comme la mouche (dont on nous conte d’ailleurs la mythologie) se repaît de ses cadavres et de ses excréments. Pour ces guerriers‑là, mieux vaut enterrer un homme vivant que de crever, ou d’être privé d’un bout de lard. Tout est bon dans la cochonnerie qu’est la vie.

J’ai trouvé la maison de mon ami

Et on est embarqué à leur côté, on suit en définitive avec l’attention des enfants. C’est que nombre de personnages, tel le barbier aux mains belles, semblent sortis d’un conte. C’est que le merveilleux (sacré ou pas) a toute sa place. D’ailleurs, on est bien installé pour écouter une histoire, pour trinquer avec le conteur. Luciano Travaglino dans un joli prologue nous ouvre en effet la porte de sa maison. Tout proche, il converse, et l’on se rend à peine compte que le spectacle a commencé. La scénographie de bois et de lumière crée, quant à elle, une atmosphère douillette. Il y a peu d’effets, mais le travail sur la lumière suffit à habiller un plateau qu’emplissent paroles… et musique. Car les mots sont mariés de manière très fine aux notes de l’accordéon. Ces mélodies semblent faire écho à la poésie d’Ascanio Celestini, à son art de rhapsode.

Si vous voulez découvrir comment les Indiens et leur singe délivrèrent Rome, comment le corps du Christ fut dérobé aux Romains, comment de la neige s’échappe de la dernière poupée, comment nous sommes tous la deuxième moitié d’une goutte, si vous aimez les contes, venez donc écouter Luciano Travaglino. 

Laura Plas


Voir aussi Lutte des classes, critique de Laura Plas.


Récits d’un fracassé de guerre, d’Ascanio Celestini

Compagnie La Girandole

Mise en scène : Luciano Travaglino

Avec : Luciano Travaglino

Régie : Karl Big, Cédric Jaburek

Théâtre La Girandole • 4, rue Édouard-Vaillant • 93100 Montreuil

Réservations : 01 48 57 53 17

Du 8 novembre au 15 décembre 2012, le samedi 10 novembre, jeudi 29 novembre, jeudi 13 décembre à 19 h 30, les lundis 19 novembre, 3 décembre, vendredis 30 novembre, 7 et 14 décembre, samedis 17 et 24 novembre à 20 h 30, le lundi 12 novembre et jeudi 6 décembre à 21 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 12 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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