Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 16:00

« Ma gueule comme champ de bataille »


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


« Une campagne sans Marine, ni Nicolas » : c’est le programme que propose Confluences jusqu’au 6 mai 2012. La compagnie Bouche à bouche occupe le terrain les 27 et 28 avril 2012 avec « Ram’dames à la française » : une performance trash et poétique, où le cri raconte les coups. Du côté de Brigitte Fontaine ou de Lavilliers, un spectacle intranquille et pas propre, singulier et parfois fulgurant.

ram-dames-300 « Ramdam » : tapage. Pas gentillet, pas poli. Quand on chante, ce n’est pas mélodieux, quand on chante, on crie presque. La guitare électrique, seul accompagnement, égrène des notes stridentes de colère. Sur la scène, c’est le bazar, des journaux jonchent le sol. On pourrait marcher sur les têtes de Sarkozy ou Hollande. Au sol toujours, une bouteille d’alcool fort ne sert pas de décor. Marie‑Do Fréval la boit au goulot : « pas féminin », « pas joli », pas politiquement correct. On boit comme pour se réchauffer la nuit dans la rue, comme pour supporter en fait une immense violence qui sort par tous les pores, et par la bouche d’abord. D’ailleurs, le visage d’une jeune femme qui hurle occupe tout le fond de scène, et sur son visage bavent des lettres rouge sang. Qu’on se le dise donc : ça passe ou ça casse !

Mais on aurait envie de dire que ça passe, justement parce que ça casse. Les cris désespérés ne sont pas les plus beaux, mais ils portent. Ce que raconte peut-être Ram’dames à la française, c’est que la violence accouche de la violence. De fait, si Marie‑Do Fréval nous parle des cris en guise de mots, des cris d’avant les coups, il nous semble percevoir dans sa voix le cri d’après les coups. Tout est lié : la violence sécuritaire, nationaliste et raciste, et la violence des mômes encapuchonnés. La violence de la femme violée en Ouganda se reflète sur le visage de la femme blanche qui n’est jamais contrôlée dans le métro. Le visage du fils bien aimé finit par se confondre, par le mirage de la parole, avec celui du gamin qui vous a agressé. Rien de ce qui hurle ne nous est étranger.

Les mots aussi s’accouplent et se reflètent les uns les autres dans des jeux de ressemblance. Car Ram’dames à la française, c’est ça aussi : de la poésie. La langue est souvent naïve, brute, mais elle offre un terrain (vague) de jeu où pousse l’image comme l’ortie. Les mots se cognent et se frottent pour créer de nouveaux sens. Par ailleurs, Marie‑Do Fréval les met en scène par un travail de confrontation entre l’enregistrement et la parole vive, entre les mots et les ambiances sonores, voire les notes.

Elle dit « je »

En fait, la performeuse s’engage comme on se penche sur le vide. Elle dit « je ». Elle raconte une histoire qui pourrait être la sienne. C’est l’histoire d’une femme qui se fait agresser, l’histoire d’une femme dont le fils est parti, l’histoire d’une femme qui, en une nuit, repeint une pièce‑cuisine couverte de suie. C’est l’histoire d’un gamin qui meurt de peur, d’un autre qui court et perd un œil. On ne sait pas vraiment à qui sont ces histoires même si on en reconnaît des bribes. De toute façon, en début de spectacle, la comédienne dit : « C’est mon histoire, la mienne, et celles d’autres. ». De toute façon, les autres sont de la même chair.

On ne doute pas que certains détestent, comme ils auraient détesté la Caza de la fuerza d’Angelica Lidell (toute proportion gardée). En effet, dans les deux cas, des femmes se positionnent face à la violence en disant « je » et refusent la forme classique et tranquillement glacée de la représentation. Dans les deux cas, le spectateur peut trouver le temps long et ne pas supporter de voir la vérité en face. Dans les deux cas, des femmes parlent des hommes. Marie‑Do Fréval parle ainsi d’hommes politiques, d’hommes d’église – du pape en particulier, qui interdit l’avortement aux femmes violées –, de hordes de petits d’hommes en capuche, d’un phallus dressé en l’honneur de l’ordre répressif place de la Concorde. Corps féminins incendiés et images de toutes les victimes, quel que soit leur sexe.

On ne dit pas que le spectacle est parfait, loin de là. On peut le critiquer pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais il reste « trashement » intéressant. 

Laura Plas


Ram’dames à la française, de Marie-Do Fréval

Compagnie Bouche à bouche • 2, rue du Général‑Humbert • 75020 Paris

01 45 39 55 38

Site de la compagnie : www.cieboucheabouche.com

Courriel de la compagnie : contact@cieboucheabouche.com

Texte et performance : Marie-Do Fréval

Création musicale : Coraline Janvier

Confluences • 190, boulevard de Charonne • 75014 Paris

Réservations : 01 40 24 16 46

resa@confluences.net

Les 27 et 28 avril 2012 à 20 h 30

Durée : 1 heure

15 € | 13 € | 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2014 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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