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Lundi 23 juillet 2012 1 23 /07 /Juil /2012 15:51

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Hymne souterrain à la mère

 

Artiste inclassable, Sophie Calle, exploratrice de l’indicible, traqueuse du secret tapi dans les êtres, retourne vers elle‑même le miroir déformant et offre à tous les regards ce qui reste indicible : le portrait éclaté d’une disparition, celle de sa mère.

 

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« Rachel, Monique »

© Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

 

Travail au croisement de la performance – des extraits du journal intime de sa mère seront lus, durant tout le festival et à des horaires volontairement imprécis, par Sophie Calle elle‑même) et de l’installation, Rachel, Monique, pour les deux premières identités parmi celles, multiples, qu’endossa cette femme insaisissable, déroule avec une entomologique tendresse un mausolée vivant. Portrait éclaté, dans sa forme, dans sa mise en espace comme dans son expression, dédié par sa fille à une mère problématique. Celle‑ci aimait Marilyn et Mozart, gobait les bonbons acidulés et collectionnait les vaches en peluche, avec lesquelles elle voulut être enterrée. Elle était capable d’humour et d’ironie comme de cruauté et du plus profond désespoir, dans une élégance tragique à la Françoise Sagan, son amie de toujours. Une femme qui avait si peur de la mort qu’elle l’a avancée d’une heure en prenant de la morphine, à la toute fin de l’agonie provoquée par son cancer du sein.

 

Cabinet de curiosités empli de respect, de manque et d’amour, le vaste espace poussiéreux est hanté par le mot « souci », qui envahit le champ de vision sous des formes variées : brodé, peint, sculpté, agressif au néon, inoubliable : le dernier qu’elle ait prononcé. « Ne vous faites pas de souci » : la phrase tragiquement banale est prononcée comme un écho ironique, tragique, au « prenez soin de vous » à l’origine d’une des œuvres de Sophie Calle, multiples lectures et interprétations d’une lettre de rupture désespérément froide.

 

« Mother »

Au détour d’un pilier, on longe une longue succession d’images grandeur nature de pierres tombales frappées du mot « Mother », en un hymne à la mère, un personnage romanesque qui touche à l’universel, et qu’on reconstitue tantôt dans son mythe, tantôt dans son humanité. La confession hétéroclite de Sophie Calle a besoin de l’absence pour s’accomplir, la disparition et la perte étant au cœur de son travail. Sur ce chemin vers les enfers, les objets et leur signification cachée constituent autant de rituels contribuant à rythmer le temps du deuil comme est rythmé celui de la vie.

 

C’est un travail sur l’intimité sublimée et donc jamais vulgaire, où le monumental côtoie le minuscule, où l’anecdotique revêt une importance faramineuse parce que c’est celui‑là qui définit quelqu’un. Dans l’église des Célestins, décrépite et magnifique, sorte de vestige à elle seule, on assiste à des funérailles silencieuses, où la chambre mortuaire, séparée du transept par de longs rideaux de dentelle, diffuse une vidéo qui la montre allongée là après son dernier souffle. À Lourdes, une longue liste de maladies terrifiantes ont été soignées par un prétendu miracle. Mais pas le cancer du sein, jamais, souligne Sophie Calle au terme d’un étonnant pèlerinage sur les traces d’une résurrection sans espoir. 

 

Sarah Elghazi

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Rachel, Monique, de Sophie Calle

Conception, installation, lectures : Sophie Calle

Un souffle, sculpture en faïence peinte, est une œuvre de l’artiste Serena Carone

Melanie Bilenker a créé le Souci en cheveux.

L’œuvre Lourdes a été faite en collaboration avec Maud Kristen.

Les porcelaines de Pas pu saisir la mort, de Lourdes et de Pôle Nord ont été réalisées par Bernardaud.

Le tirage photographique de Cercueil, la plaque de porcelaine gravée de Pas pu saisir la mort, les marbres de Lourdes et le Souci en aluminium, papier, plomb et feutre, ont été fabriqués par Michel Bertrand et Xavier Martinez.

Donatella Brun a photographié certaines Tombes et Serena Carone le Cercueil.

Production : A.R.T.E.R.

Direction : Renaud Sabari

Coordination générale : Alexandra Cohen, assistée de Pauline Séjourné

Développement scénographique : Elsa Noblet

Régie et accrochage : Sandrine Calard

Production audiovisuelle : Cadmos – Roman Hatala

Encadrements : Circad – Didier Le Tumelin

Tirages : Janvier – Arnaud Lebarz

Coproduction : Festival d’Avignon

Dans le cadre du 66e Festival d’Avignon

http://www.festival-avignon.com/

Église des Célestins • place des Corps‑Saints • 84000 Avignon

Du 8 au 28 juillet 2012 de 11 heures à 18 heures

Durée : 1 heure

5 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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