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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 17:56

« R.E.R. » et Paris qui bat
la mesure…


Par Praskova Praskovaa

Les Trois Coups.com


Pour ce début de saison, la scène nationale accueille une pièce de son nouveau directeur, Jean-Marie Besset. Auteur prolifique au parcours atypique, figure engagée de notre théâtre français, il partage l’affiche en parfaite symbiose avec son directeur associé Gilbert Désveaux, metteur en scène de « R.E.R. ». Dans ce texte ambitieux, enlevé et à coloration autobiographique, l’auteur transmute des faits-divers de société pour toucher notre conscience, mais avec légèreté.

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Malgré un titre incertain pour la province, « … et pourquoi pas tram ? » a-t-on entendu dans le hall du Théâtre Grammont, le beau monde est au rendez-vous. Paris descend en province : on comprend vite que l’auteur a ses fans et nombre de détracteurs. Un bruit gras assourdissant vous plonge immédiatement dans l’atmosphère visqueuse des sous-sols du métro parisien. Paris, Porte-de-Clignancourt, carrefour des rencontres de tous horizons, une fille marchande l’achat de trois valises. Une entrée en matière tonitruante et percutante aux accents anglophones déformés. « That’s my fucking day ! » dira le jeune micheton de Drancy (talentueux Marc Arnaud). C’est la phrase prémonitoire qui résume bien cette œuvre très actuelle.

Au fil des scènes, le plateau dénudé, aux éclairages tamisés, évolue de volume en volume. Le metteur en scène, Gilbert Désveaux, est en osmose avec les intentions de l’auteur. À travers ces volumes qui ressemblent à des cases mentales, il crée ainsi l’ambiance nécessaire à la découverte de la psychologie des personnages. Une baie vitrée donnant sur les hauteurs de la ville nous aspire vers l’extérieur et nous apporte la sensation de pouvoir respirer et sortir de l’underground et du huis clos étouffant. L’enchaînement des scènes au milieu de sons et couleurs « high-tech » met en valeur ce texte contemporain. On sait que la trame de départ est tirée de faits-divers racistes et antisémites qui se sont déroulés à New-York et à Paris. Ceux-ci servent de substance pour alimenter une fiction où les vies se croisent et se percutent. À travers des situations et des sentiments, la description empathique des caractères nous fait percevoir par l’image et la formulation l’acuité analytique de l’auteur, son degré d’implication, mais surtout sa délicatesse. Ni faute de goût ni trivialité ne viennent ternir ce bel ensemble. Dialogues et réflexions se succèdent sans aucun ennui.

Didier Sandre : une détermination et une fragilité
de tragédien

La distribution est parfaitement homogène. La godiche mythomane banlieusarde (Mathilde Bisson) forme un couple attendrissant avec sa mère veuve xénophobe, aigrie et vindicative (impériale Andréa Ferréol). Quant à Didier Sandre, il compose subtilement l’avocat brillant, juif homosexuel, avec une détermination et une fragilité de tragédien. Les postures mêmes de son corps reflètent son désir rageur et ses frustrations. Magique !

Chaque personnage est emprunt de sophistication et arbore une attitude cynique pour masquer sa détresse ou sa colère. Les effusions sexuelles ne sont jamais triviales ni dans le jeu ni dans le verbe. Le texte vient du cœur, puisant dans des émotions ordinaires pour se nourrir sans jamais basculer dans le lyrisme. Chaque comédien porte la croix de son personnage et tente de s’en tirer dans ce dédale de collisions. Avec la capitale en filigrane – « La rue Saint-Honoré a de l’expérience », ou la montée seul, à l’aube, de l’escalator qui vient « […] du ciel du centre de la terre vers le centre de Paris » : les Halles. En définitive, rien n’est vraiment résolu, et chacun repart vers son univers dans Paris qui bat la mesure. Sous l’ovation finale du public. 

Praskova Praskovaa


R.E.R., de Jean-Marie Besset

L’Avant-scène théâtre , coll. « Les quatre vents », 2009

Mise en scène : Gilbert Désveaux

Avec : Andréa Ferréol (Mme Argense), Didier Sandre (Herman), Marc Arnaud (Jo), Mathilde Bisson (Jeanne), Brice Hillairet (un vendeur, un policier), Chloé Oliveres (Onyx), Lahcen Razzougui (A. J.)

Scénographie : Alain Lagarde

Lumières : Pierre Peyronnet

Costumes : Alain Lagarde et Marie Delpin

Son et images : Serge Monségu

Production Théâtre des 13-Vents C.D.N. Languedoc-Roussillon-Montpellier, B.C.D.V. Théâtre

Coproduction Théâtre Jean-Alary Carcassonne, Théâtre de la Tempête-Paris

Avec le soutien du Fonds S.A.C.D. du Jeune Théâtre national et de la ville de Paris

Théâtre de Grammont • domaine de Grammont • 34965 Montpellier

Réservations : 04 67 99 25 00

http://www.theatre-13vents.com

Les 23, 28, 29, 30 septembre 2010 et les 5, 6, 7 octobre 2010 à 19 heures, et les 24, 25 septembre 2010 et les 1, 2, 8, 9 octobre 2010 à 20 h 45

Durée : 2 heures

24 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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