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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Besset : première rame sur les rails
Après le tsunami provoqué par sa nomination à la tête du Théâtre des Treize-Vents, Jean-Marie Besset vient de se soumettre à une autre épreuve, la première très attendue de « R.E.R », dans sa ville natale de Carcassonne. La pièce, ovationnée par les spectateurs, est sur les rails pour affronter le public parisien au Théâtre de la Tempête.
L’affaire a fait grand bruit en 2004. Médias et président de la République, partis politiques, la France entière s’est passionnée pour cette fille violentée dans le R.E.R. sous l’œil indifférent des témoins. Cet acte odieux a été promptement fustigé. Ce crime odieux antisémite a bouleversé chaumières et beaux quartiers. Et puis l’indignation a changé de cible lorsque la supposée victime a avoué. L’agression ? Une invention pour faire parler d’elle. La mythomane avait réussi au-delà de ses espérances. Cependant, par cet acte, elle exposait son mal-être, elle tirait une sonnette d’alarme pour crier sa solitude, son désespoir. Un fait-divers qui a inspiré à Jean-Marie Besset le thème de sa pièce R.E.R. et à André Téchiné la Fille du R.E.R., dont le dramaturge a cosigné le scénario.
Le fameux fait-divers n’est qu’un prétexte pour Jean-Marie Besset à nouer une intrigue bien ficelée et faire se rencontrer de manière crédible des mondes qui auraient pu ne pas se croiser, si ce n’est par hasard au coin d’une rue. Des gens ancrés dans le xxie siècle avec leurs problèmes, qui sont aussi les nôtres, sources inépuisables d’inspiration pour l’auteur. Jeanne collectionne les valises : c’est sa façon de voyager loin du Lidl où elle est caissière. Jo, un gars du 93, la drague. Ils vivent bientôt une histoire torride sous le regard désapprobateur de Mme Argense, la mère de Jeanne, courageuse mais du genre beauf bourré de préjugés. Pendant ce temps, A. J., jeune cadre dynamique, ne sait comment reconquérir la troublante Onyx, ouvreuse dans un cinéma tout en poursuivant des études de Normalienne. Il demande à son ami Herman, avocat homosexuel, de plaider sa cause auprès d’Onyx. Parallèlement, l’avocat est commis d’office pour défendre Jeanne après son forfait, la pseudo-agression du R.E.R.
« R.E.R. » | © Marc Ginot
Ce petit drame se noue et se dénoue à travers une douzaine de scènes, dans des endroits aussi différents que la porte de Clignancourt, un appartement, un commissariat, un hall de cinéma, un cabinet d’avocat, sa chambre, l’aéroport. Le décor d’Alain Lagarde est constitué de blocs qui se rapprochent, se tournent ou s’écartent, laissant apparaître les éléments symboliques de chaque scène. Ils permettent au spectateur de se transporter clairement d’un univers à un autre, tandis que la musique de Vincent Butori et Jean-François Thomelin rythme les changements d’ambiance. La mise en scène de Gilbert Désveaux peut paraître très classique. Elle est surtout limpide, au service d’une intrigue forte qui ne nécessite pas une lecture alambiquée.
Gilbert Désveaux est tout aussi heureux dans sa direction d’acteurs. Pas de décalage ou de crise d’hystérie intempestive comme on en voit trop sur les scènes contemporaines. Non, rien que des personnages humains en proie à leurs difficultés quotidiennes. Didier Sandre n’écrase par ses jeunes partenaires de son talent. Il trouve en Marc Arnaud, Mathilde Bisson, Chloé Olivères, Lahcen Razougui des partenaires à la hauteur. Tout au plus, pourrait-on reprocher à Andréa Ferréol, par ailleurs excellente, son accent du Midi pas du tout narbonnais. Dans des rôles secondaires, on retrouve avec plaisir Brice Hillairet, qui vient de triompher dans une reprise de Perthus, toujours de Jean-Marie Besset. Avec R.E.R, Jean-Marie Besset s’est mis sur les rails de sa nouvelle fonction. Une première rame de bon augure pour la suite. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
R.E.R., de Jean-Marie Besset
BCDV Théâtre/Théâtre des Treize-Vents • CDN Languedoc-Roussillon • domaine de Grammont • 34965 Montpellier
04 67 99 25 25 | télécopie : 04 67 99 25 29
cdirection@theatre-13vents.com
Mise en scène : Gilbert Désveaux
Avec : Andréa Ferréol, Didier Sandre, Marc Arnaud, Mathilde Bisson, Brice Hillairet, Chloé Olivères, Lahcen Razzougui
Costumes : Alain Lagarde et Marie Delphin
Scénographie : Alain Lagarde
Lumières : Pierre Peyronnet
Son et images : Serge Monsegu
Théâtre Jean-Alary • 6, rue Courtejaire • 11000 Carcassonne
Réservations : 04 68 25 33 13
Mercredi 3 mars 2010 à 20 h 30
Durée : 2 heures
28 € | 16 € | 12 €
Tournée :
– du 11 mars au 18 avril 2010, Théâtre de la Tempête, La Cartoucherie, Paris
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