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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Bonbon cannibalise Fréhel
En véritable bête de scène, Bonbon ressuscite Fréhel, chanteuse réaliste des années 1930. Une performance parfois, comment dire…, un poil excessive.
« Quitte à pleurer sur son sort, autant le faire en rigolant ! » | © D.R.
Dans la série « C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes », voici Bonbon et son spectacle sur Fréhel. La référence à une figure connue, voilà une valeur sûre dans les théâtres d’Avignon, hantés par une armée de revenants : Brel, Giono, Molière, Hugo, Wilde et même saint Augustin.
Mais Bonbon dynamite son sujet, ou plutôt le cannibalise. Voix « hénaurme », gouaille à tous les étages, la chanteuse donne vraiment vie à un personnage et aux chansons de Fréhel. Mais à quel personnage ? C’est un peu l’ambiguïté de ce spectacle, où, ne nous prenons pas non plus la tête, on se paye de bonnes tranches de rire. On nous annonce un cabaret « décalé ». En effet, il l’est, dans la mesure où Bonbon, à la fois actrice et témoin de sa propre prestation, ne cesse de commenter ses faits et gestes par des apartés et des clins d’œil au public. Résultat : on cherche parfois Fréhel dans cette déferlante de blagues et de grimaces. Mais cette impression s’atténue au fil du spectacle. On se laisse volontiers porter, gagné par l’indéniable talent de Bonbon.
Laisser la place à l’émotion
Il faudrait en effet être de marbre, à l’instar de l’accordéoniste Léon (Sébastien Malherbe, doigts agiles autant que son visage est impassible), pour rester indifférent au tempérament de Bonbon. On se demande : elle était vraiment comme ça, Fréhel ? On s’attendait peut‑être à quelque chose de plus larmoyant, des rengaines sur des enfants sans mère, des femmes battues… Or, il y en a, mais les chansons comme l’interprétation en font plutôt des moments vivants et drôles. Dommage que Bonbon, tirant tout vers l’humour, se prive de ménager davantage de moments qui seraient simplement au premier degré, laissant la place à l’émotion. Ce qu’elle fait très bien pendant tout juste quelques minutes, vers le premier tiers du spectacle.
Donc, côté comédie, il n’y a pas à dire, la dose y est. Il y a même quelques effets de mise en scène réussis car inattendus, comme une entrée en scène désopilante sur Où sont tous mes amants ?. La loufoquerie, ça la connaît, à la môme Bonbon. Il y a chez elle un côté « sale gamine », avec ses vannes, son soupçon de méchanceté, ce lointain écho d’une petite qui devait faire marrer ses copains d’école ou de rue et s’en faire respecter. Drôle, certes, mais attachante. Quelque chose qui ne devait pas être étranger à la grande Fréhel. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Quitte à pleurer sur son sort, autant le faire en rigolant !, par Bonbon d’après Fréhel
Écriture et mise en scène : Bonbon
Avec : Bonbon, Sébastien Malherbe
Création maquillage et perruque : Christine Laurent
Costumes et accessoires : Babe de Beth
Création affiche et C.D.-D.V.D. : Abélya Production
La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 96 28
Du 7 au 28 juillet 2012 à 19 heures
Durée : 1 heure
16 € | 11 €
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