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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Les costumes s’éclatent au Cluedo
Les quatre costumes dont nous suivons les aventures depuis le 8 décembre 2009 sont enfin réunis dans « Qui a tué le dictateur Allenc ? », une pièce écrite par Jacques Bioulès, mise en scène par David Stanley. Les quatre costumes et les quatre comédiens qui les portent s’éclatent dans une partie de Cluedo surréaliste spectaculaire.
Geneviève, Étienne, Louise et Bernard mènent l’enquête. Dans les pays de Cherelles, le dictateur
Allenc aurait été assassiné. Oui, mais par qui ? Les quatre personnages ont tous une bonne raison de vouloir en finir avec cet individu nommé Bardou, qui se fait passer pour Allenc. Autre
hypothèse : le dictateur en question serait l’un des quatre, mais là encore qui ? Enfin, Allenc ne serait que le fruit de l’imagination de l’auteur qui a chargé nos quatre compères de
dénouer l’intrigue. Avec Jacques Bioulès, toutes les pistes sont possibles, car son écriture automatique lui ouvre toutes les portes de l’imaginaire, et il éprouve un plaisir jubilatoire à
embrouiller son public. Sa dernière œuvre, Qui a tué le dictateur Allenc ?, est truffée d’associations improbables : crevettes maillotées, infatigables tricheries, déserts
collectionneurs, les abysses en prolifération… Comment jouer une telle partition dont les dialogues semblent se répondre à côté de la plaque ? Et l’enquête dans tout cela ?
David Stanley, metteur en scène avisé, qui connaît son Bioulès par cœur, ne s’est pas laissé démonter. Il l’avait prouvé de manière éclatante dans Jérôme Pastel, sa première participation à l’aventure vertigineuse des « Quatre costumes en quête d’auteurs ». Son idée ? Faire évoluer les protagonistes dans une partie de Cluedo. Comme dans le jeu de société, Bernard, Louise, Étienne et Geneviève lancent à leur tour les dés, qui les transportent de la bibliothèque au salon et de la salle à manger à la véranda. La scène se transforme à vue tandis qu’en toile de fond est projeté le nouveau décor. Le public se sent concerné par l’énigme, il oublie les difficultés et s’amuse énormément de cette enquête peu ordinaire, menée par les quatre costumes.
Nous n’oublions pas les fameux costumes. La situation étrange les sert diablement. Dès le début de la pièce, le chapeau de Bernard (costume de Vincent Bioulès) est sur scène, abandonné sur un siège. On n’y prend pas garde, mais à la réflexion ceci est un premier indice que l’on comprend au dénouement. Ce chapeau donc sera essayé par tous les personnages, qui découvriront ainsi à qui il appartient. Il servira également d’urne où seront déposés les papiers accusateurs portant le nom du coupable. Autre façon d’utiliser les costumes : le portrait. Tel celui de Dorian Gray, il se métamorphose, empruntant aux uns et aux autres ses accessoires. Très astucieux et très troublant.
Et pour que la réussite soit complète, les comédiens, eux aussi réunis pour la première fois, se régalent. Sébastien Portier (costume de Françoise Astruc) a décidément tiré le bon numéro. Il tire un parti maximum de son vêtement, dont il se sert comme d’un partenaire. Fabienne Augié (costume de Chantal Rousseau) et Évelyne Torroglosa (costume de Gabrielle Mutel), muettes pendant la Discorde, s’expriment totalement. Et, pour une fois, Évelyne évolue autrement qu’en automate (Pop rodéo, la Discorde, Pinceau et l’Ange). La surprise vient d’Abder Ouldhaddi (costume de Vincent Bioulès). Le comédien parvient à s’échapper du rôle de peintre qui lui collait à la peau depuis Pinceau et l’Ange et Jérôme Pastel. Cette semaine, le public a deux rendez-vous avec l’auteur Joël Jouanneau. On retrouve Pop rodéo, mais dans une nouvelle mise en scène, celle d’Alexandre Morand, et on découvre Clin d’œil, un lever de rideau joué par Fabienne Augié. À suivre dans un prochain numéro. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
Qui a tué le dictateur Allenc ?, de Jacques Bioulès
Compagnie Jacques-Bioulès • Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier
04 67 41 32 71 | télécopie : 04 67 03 07 12
communication@theatreduhangar.com
Mise en scène : David Stanley
Avec : Fabienne Augié, Abder Ouldhaddi, Sébastien Portier, Évelyne Torroglosa
Création costume : Chantal Rousseau, Vincent Bioulès, Françoise Astruc, Gabrielle Mutel
Création lumière : Thierry Ganivenq, Jean-Yves Courcoux
Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier
Réservations : 04 67 41 32 71
Les 2 et 6 février 2010 à 20 h 45, du 3 au 5 février 2010, à 19 heures, le 7 mars 2010 à 17 heures
Durée : 1 h 45
14 € | 10 € | 8 €
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