Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 11:49

Notes de cœur


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Roi Arthur dans « Kaamelott », réalisateur, acteur, scénariste, musicien, Alexandre Astier transporte la vie de Bach au théâtre, dans un solo joué avec brio.

que-ma-joie-demeure-615 svend-andersen

« Que ma joie demeure !» | © Svend Andersen

Une leçon de solfège est donnée par Jean-Sébastien Bach à une assemblée de bons à rien – nous – afin que l’on tente d’acquérir les fondements de la composition baroque, du contrepoint et des harmonies non occidentales. Voilà pour le résumé, qui sera prétexte à nombre d’apostrophes, de digressions et de scènes de la vie quotidienne. Fasciné depuis l’enfance par le compositeur allemand, Alexandre Astier est l’auteur et l’interprète de ce spectacle hommage au « Cantor de Leipzig ». D’un artiste qu’il ne semble pas évident de placer dans le champ du comique, il parvient à faire un spectacle aussi drôle que sensible.

Ce cours magistral est l’occasion pour le comédien d’user d’une recette qui a déjà fait ses preuves au cours de son travail, notamment dans Kaamelott, la série qui l’a fait connaître du grand public. Bien sûr, il n’est pas nécessaire d’avoir les répliques des chevaliers de la Table ronde en tête pour profiter de la pièce, mais le processus et le rythme mis en place ne pourront qu’être relevés par les fans. On retrouve en effet ce décalage entre références historiques et ton familier, ce mélange d’expressions soutenues et triviales, ces postures de personnage talentueux mais incompris, blasé face à la bêtise de ses interlocuteurs.

Nuances et relief

L’humour est une chose sérieuse et précieuse. Seul en scène, Alexandre Astier rend ses lettres de noblesse à cet art et fait œuvre là où d’autres se contenteraient d’exploiter les effets. Sans pour autant révolutionner les codes du comique, il avance avec intelligence et subtilité, marquant de son style le personnage qu’il incarne. Touche-à-tout, il sait également user de ses multiples compétences pour insuffler nuances et relief à la narration. Ainsi, il propose un jeu très rythmique, proche de la partition, et met à profit ses talents de musicien dans les diverses démonstrations et exercices pratiques qui ponctuent la pièce.

La musique est un art organique, son rythme touche au cœur, quitte à l’emballer et à le détraquer. C’est d’ailleurs une angoisse obsédante pour Bach, lui qui a enterré dix de ses enfants et qui a couru les médecins à la recherche d’un diagnostic à son malheur. La maladie et le deuil s’insinuent donc en filigrane du spectacle, introduisant des ruptures de ton et de la gravité dans la leçon qui est donnée. Ces changements d’humeur, de couleur, sont amplifiés par une scénographie et une création lumière qui épousent harmonieusement le propos.

D’un bout à l’autre, le spectacle bascule en effet habilement d’une atmosphère à une autre, alternant accords majeurs et accords mineurs. La posture du compositeur, entre grandiloquence du verbe et démarche cassée, mime assez justement la gamme d’émotions qui l’habitent, que ce soit l’élévation spirituelle de l’inspiration ou les brisures internes qui le clouent au sol jusqu’à le rendre ivre et aussi misérable que l’assemblée dont il se moque.

Le spectacle se clôt sur une belle image, celle du bercement d’un enfant à qui Bach pianote des notes de musique dans le dos pour l’apaiser. Si l’on rit énormément tout au long de l’histoire, ce n’est pas la seule dimension que l’on emporte avec nous. Les instants sombres et tourmentés trouvent aussi leur place dans ce spectacle plus complexe qu’il n’y paraît. Et l’ensemble sonne juste. 

Aurore Krol


Que ma joie demeure !, d’Alexandre Astier

Mise en scène : Jean-Christophe Hembert

Avec : Alexandre Astier

Lumière et scénographie : Seymour Laval

Costumes : Anne-Gaëlle Daval

Création son : François Vatin

Production : Alexandre Astier et Agathe Sofer / Regular

Production associée : Marie Guibourt / Chauffe Marcel !

Diffusion : Marc Cardonnel / Rain dog Productions

Le Quartz, scène nationale de Brest • 60 avenue du Château • 29200 Brest

Réservations : 02 98 33 70 70

www.lequartz.com

Du 29 octobre au 31 octobre 2013, à 20 h 30 les mardi et mercredi, 19 h 30 le jeudi

Durée : 1 h 30

36,5 € | 29 € | 22 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher