Que d’espoir ! ou Un manège en folie
L’Étoile du Nord organise un mois de novembre où « l’humour se fait noir », en proposant quatre spectacles tragiquement drôles. Parmi eux, « Que d’espoir ! », par la Compagnie Matamore, rassemble des textes d’Hanokh Levin. C’est une dent plantée dans les muscles zygomatiques, qui provoque et crispe le rire.
anokh Levin est israélien, né dans une famille juive. Son œuvre transporte les nombreuses problématiques de ces origines. Son regard les perce
pour en révéler les absurdités. Son esprit les retourne, s’en moque et les érige en satires politiques. Son écriture vive danse avec les idées, qui rebondissent les unes contre les autres.
L’humour ne tarit pas, la dérision est reine et les sarcasmes ne se rassasient jamais d’eux-mêmes : ils se reproduisent. Le résultat participe donc d’un grand délire, toujours plus décalé
de la réalité pour mieux lui répondre. Pour la croquer comme un peintre, la dévorer comme un caricaturiste.
Serge Lipszyc imagine une mise en scène forte, d’une dimension esthétique qui a l’air de n’avoir rien en commun avec le texte et qui, pourtant, nous le rend évident. Il apporte un monde onirique à ce grand carnaval, où les jeux omniprésents de la lumière, des décors et de la musique concourent à créer un univers étrange. La scénographie à étages et plateau tournant évoque le goût de l’amusement en même temps qu’elle impose un espace de jeu étriqué. Elle suscite excès euphorisants et promiscuité angoissante. La lumière se tamise, aime les ombres, se plaît à tromper l’œil, alors que les comédiens débordent de joie. Quant à la musique, sourde et profonde, elle agite imperceptiblement les parois de nos ventres.
« Que d’espoir ! »
Des textes à la forme, Que d’espoir ! est un spectacle dense. Cette abondance ne génère pas d’écœurement, car elle capte notre intérêt, ou du moins le chatouille toujours. En effet, les histoires qui se succèdent nous touchent plus ou moins. Notre attention s’autorise alors quelques pauses, et une impression d’irrégularité dans les propositions survient. Elle est peut-être précisément la conséquence de cette richesse. Ou de la jeunesse de cette création, qui n’a eu le bonheur de montrer ses jupons au public qu’en trois occasions avant ce jour. Si le positif l’emporte sur les faiblesses actuelles, alors les longueurs ressenties s’estomperont sans doute, ou seront corrigées… ou resteront là à brider l’enthousiasme.
L’incorrigible culpabilité juive est exposée avec un inoubliable « sacrifice d’Isaac ». Elle est raillée, tournée en ridicule et source de ressorts comiques. Le mépris du peuple arabe, le conflit israélo-palestinien en boucle, l’inconséquence de la guerre et l’ignorance de la paix sont des énormités qui nous arrivent par le chemin du rire. Et ça soulage ! Et ça réveille ! C’est alors que quelque chose nous rend perplexes : ces traces sur les costumes, comme s’ils étaient usés, comme s’ils n’existaient plus vraiment, qu’ils étaient ressortis d’une vieille malle oubliée… Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi ? Pourquoi délaver ce texte tellement vivant, survivant à son auteur, et toujours fidèle au présent d’Israël ? Pourquoi symboliser les absurdités réelles qu’il dénonce par une image fantôme, une image qui bientôt n’existerait plus?… ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
Que d’espoir !, de Hanokh Levin
Compagnie du Matamore • 56 bis, boulevard Carnot • 78110 Le Vésinet
01 30 53 41 09
compagnie-du-matamore@wanadoo.fr
http://la-compagnie-du-matamore.fr
Mise en scène : Serge Lipszyc
Traduction : Laurence Sendrowicz
Avec : Bruno Cadillon, Juliane Corre, Gérard Chabanier, Valérie Durin, Catherine Ferri, Stéphane Gallet, Sylvain Méallet, Henri Payet, Elsa Rozenknop
Composition musicale : Stéphane Moucha
Scénographie : Sandrine Lamblin
Costumes : Anne Rabaron
Lumières : Jean-Louis Martineau
L’Étoile du Nord • 16, rue Georgette-Agutte • 75 018 Paris
Réservations : 01 42 26 47 47
Du 3 au 21 novembre 2009, du mardi au samedi à 21 heures, le samedi 7 novembre 2009 à 16 heures
Durée : 1 h 30
14 € | 10 € | 8 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
Commentaires