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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 17:04

Promenons-nous dans le conte


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Avec « Quand on parle du loup », Nino D’Introna revisite le célèbre conte du Petit Chaperon rouge, avec bonheur.

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« Quand on parle du loup » | © Cyrille Sabatier

Mais comme il aime écrire, ainsi que le prouvent ses spectacles précédents, il s’est livré à un exercice personnel de réécriture, choisissant de ne pas choisir entre les deux auteurs les plus connus de cette histoire mythique, Grimm et Perrault. Ce non-choix lui permet dès le départ d’entrer de plain-pied dans l’humour puisque la fillette et sa mère, comme sa grand-mère, se chamaillent à la manière d’un jeu rituel à propos des présents que l’enfant doit apporter : bouteille de vin pour l’une, petit pot de beurre pour l’autre accompagnent la galette (« Un petit pot de beurre, non une bouteille de vin, non un pot de beurre, non un pot de vin, non une bouteille de beurre, etc.). Mais les différences entre les deux contes ne s’arrêtent pas à ces détails de bouche : ils varient en effet sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la fin, cruelle chez Perrault, heureuse chez Grimm. Nino D’Introna trouvera moyen de terminer le conte par un happy end sans édulcorer pour autant le conte.

Mais peu importe ! On l’aura compris, le metteur en scène s’est nourri des deux sources pour composer « son » Petit Chaperon rouge. Et c’est pour lui l’occasion de redire quelques-uns des messages qui lui tiennent à cœur : qu’il faut désobéir pour grandir, qu’il faut être aimé pour s’épanouir et être capable d’aimer à son tour. Du coup, au lieu de nous montrer une enfant figée à un moment de sa vie, comme il est de coutume, il brosse toute une trajectoire, de la prime enfance à l’adolescence, nous présentant par tableaux successifs les moments importants de l’entrée dans la vie : Petit Chaperon rouge marche à quatre pattes, Petit Chaperon rouge fait ses premiers pas, Petit Chaperon rouge court loin de sa mère, Petit Chaperon rouge découvre l’autonomie en traversant seule la forêt hantée par le loup et commence à porter des talons un peu plus hauts. Non sans subir x recommandations de sa mère, qu’elle accueille, début de l’adolescence oblige, par des yeux au ciel, des haussements d’épaules et des soupirs… Ces courtes scènes sont charmantes et fort évocatrices, pleines de tendresse.

L’enfant dans la forêt magique

Pendant ce temps, en arrière-plan, le loup se prépare sous la forme d’un acteur au torse nu mais velu, surmonté d’un masque de loup. Il arpente les rues à grands pas comme s’il était chaussé de bottes de sept lieues, puis rentre dans sa tanière, entouré des trois petits cochons en Celluloïd… Tout dans ses gestes (il fait des pompes) comme dans ses actions (il observe avec une longue vue qui ressemble à un fusil à lunettes) démontre ses intentions prédatrices. Le décor qui trace dans l’espace un zigzag permet les lenteurs de la promenade comme les accélérations inquiétantes des courses-poursuites : le cheminement est au centre du conte. Les allusions aux dangers qui guettent les jeunes filles imprudentes sont elles aussi au cœur de la mise en scène.

Ce spectacle est sans doute un des plus réussis de Nino D’Introna. D’abord par ce qu’il raconte, par l’humour qu’il dégage (notamment dans les scènes d’ouverture et de fermeture du rideau, qui insistent sur la complicité qui unit la petite fille à sa grand-mère, chacune plus espiègle que l’autre). Ensuite par son esthétique. Le metteur en scène, il est vrai, nous a habitués à la beauté presque picturale de ses décors, à un style épuré où les alliances de couleurs et de formes ne sont pas laissées au hasard. Certaines trouvailles sont ici complètement magiques, comme ce rideau gris pailleté symbolisant la forêt et la nuit, dont la bouche à peine discernable inspire et respire comme s’il était vivant. Accompagné de bruits inquiétants, ce simple rideau hanté devient un véritable personnage, un ogre. La stylisation des moments où le loup avale la grand-mère puis la fillette est particulièrement réussie, évitant le ridicule du grand-guignol comme la fade édulcoration. Enfin, les comédiens sont parfaitement justes, particulièrement Hélène Pierre, qui passe d’un coup de baguette magique du rôle de la mère attentive et tendre à celui de la grand-mère brindezingue, où elle fait preuve d’un vrai talent de clown. En somme, un spectacle bourré de bonnes idées, drôle, impertinent et intelligent.

Reste un regret, mais d’importance, la lenteur des scènes, qui nuit à l’harmonie du spectacle, le décomposant au lieu d’apporter de la fluidité à l’enchaînement. Comme si Nino D’Introna craignait qu’on ne savoure pas tout, comme s’il était nécessaire qu’on entende les chansons dans leur entier. Au risque qu’on prenne le temps, nous aussi, de suivre nos propres pensées et qu’on perde le fil… 

Trina Mounier


Quand on parle du loup, d’après le Petit Chaperon rouge, de Grimm et Perrault

Conception et mise en scène : Nino D’Introna

Avec : Maxime Cella, Angélique Heller, Hélène Pierre

Collaboration musicale : Patrick Najean et Supershock (Paolo Cipriano et Valentina Mitola)

Lumières : Andrea Abbatangelo

Costumes : Robin Chemin

Environnement sonore : Michaël Jayet

Maquillages : Christelle Paillard

Éléments scéniques réalisés dans les ateliers du T.N.G.

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69257 Lyon cedex 09

Réservations : 04 72 53 15 15

Site du théâtre : www.tng-lyon.fr

Du 15 au 22 mars 2014, le 15 à 20 heures, le 16 à 16 heures, le 17 à 14 h 30, le 18 à 14 h 30 et 19 h 30, le 20 à 14 h 30, le 21 à 14 h 30 et 20 heures, le 22 à 20 heures

Durée : 1 heure

28 € | 20 € | 11 €

Le spectacle sera repris au T.N.G. du 22 au 29 novembre 2014

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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