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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 17:27

La mémoire du corps


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Après « My Exil Is My Head » et « Still / Life », « Qaddish » est le dernier volet d’une trilogie intitulée « De la solitude, de la tragédie et de la mémoire ». Dans cette troisième création, le jeune chorégraphe et danseur nigérian Qudus Onikeku a choisi d’interroger les notions de généalogie et de tradition. Il en résulte une forme atypique aux contours épurés et à la beauté mystérieuse.

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« Qaddish » | © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Une galerie de tulle occupe le fond de scène. Cet imposant couloir fait office d’élément central de la pièce et joue de son opacité ou de sa transparence pour dévoiler violoncelliste, guitariste et chanteuse soprano ou devenir le support sur lequel défilent des textes, mais également des ombres projetées.

C’est un spectacle total que Qudus Onikeku propose avec Qaddish. Danse, chant, musique et vidéo se mêlent et s’unissent dans une forme hybride où art et transcendance semblent être étroitement liés. À commencer par le titre de la pièce puisqu’il s’agit d’un jeu de mots s’inspirant à la fois du prénom de l’artiste, mais aussi du kaddish, la prière juive pour les morts qui a également influencé plusieurs prières chrétiennes. De plus, Qudus Onikeku dit s’être inspiré de l’œuvre liturgique éponyme du compositeur Maurice Ravel que l’on retrouve tout au long de la pièce.

À travers Qaddish, le chorégraphe interroge à la fois l’histoire du Nigéria, mais également la mémoire de son père par le biais de textes abordant les notions de liberté, d’émancipation et d’oubli projetés sur le voile de tulle et lus simultanément par leur auteur, Emil Abossolo Mbo. C’est en écho à ceux-ci et à partir de la tradition africaine yoruba que se dessine la danse de Qudus Onikeku. Porteuse d’une mémoire à la fois personnelle et universelle, la gestuelle de l’artiste se fait le messager d’une transcendance avec en toile de fond la question du temps.

Ainsi, c’est un ensemble d’états de corps, tels des mantras qui, au son du violoncelle, modulent et influencent la danse du chorégraphe. Riche d’un parcours diversifié, la gestuelle de ce dernier composée de mouvements circulaires, parfois amples ou répétitifs, est chargée d’influences multiples. Elle s’apparente à une danse tribale, teintée d’arts martiaux, de mouvements empruntés aux registres du cirque, une danse hybride et riche à la fois salvatrice et douloureuse. Telle une transe, il en résulte une dimension liturgique forte.

Au-delà du spectacle, le chorégraphe donne à vivre une expérience intense. En effet, plus qu’à comprendre, Qaddish est une pièce à ressentir dans l’instant. Les genres se croisent et se mêlent jusqu’à créer un conte chorégraphique dont l’univers épuré, atypique, mystérieux et touchant est propice à l’introspection. 

Élise Ternat


Qaddish, de Qudus Onikeku

Conception et chorégraphie : Qudus Onikeku

Avec : Emil Abossolo Mbo, Qudus Onikeku

Soprano : Valentina Coladonato

Musiciens : Charles Amblard, Umberto Clarici

Dramaturgie : Emil Abossolo Mbo

Scénographie et lumière : Guillaume Fesneau, Aby Mathieu

Son : Clément Marie Mathieu

Costumes : Abolore Shobayo

Administration : Hajarat Alli

Production et diffusion : Charles Amblard, Umberto Clerici

Théâtre Benoît-XII • rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Site : www.festival-avignon.com

Réservations : 04 90 14 14 14

Du 6 juillet au 13 juillet à 17 heures

Durée : 1 heure

Tarifs : 14 € | 22 € | 28 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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