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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Pousse-toi de là !
Dans « Push up », le dramaturge allemand Roland Schimmelpfennig se propose de dresser le tableau cruel des rivalités dans la vie en entreprise. Le metteur en scène Gabriel Dufay s’empare brillamment de ce texte cinglant et ses excellents comédiens le portent sur scène avec brio.
Le gardien d’une multinationale nous explique en quoi consiste son travail et nous décrit son entreprise, puis les salariés de celle-ci. Trois épisodes nous sont proposés, au cours desquels des cadres se déchirent pour accéder au pouvoir. Leurs liens hiérarchiques, fondés sur des rapports de domination et d’intimidation, sont alors décrits. Les dialogues sont vifs. Ils sont ponctués de monologues interchangeables. Ces mêmes monologues, désespérés, sont régulièrement illustrés par les gestes des autres acteurs.
Plus qu’une plongée dans les coulisses du monde de l’entreprise, cette pièce met en scène la solitude d’hommes et de femmes. Les tensions s’exacerbent dans cette société où la compétitivité est le nerf de la guerre. Tous les coups sont permis : mauvaise foi, mensonges, abus de pouvoir, harcèlement. Au bout du compte, c’est une jungle urbaine qui est exhibée. Les personnages apparaissent tour à tour comme des prédateurs et des proies, les rôles pouvant s’inverser brusquement. Frustrés socialement et sexuellement, les cadres se risquent dans le jeu malsain – jusqu’à être mortifère – de la conquête du pouvoir.
« Push up » | © Mario Del Curto
La mise en scène est efficace, notamment par la scénographie : on sait tout de suite où on est. Des panneaux coulissants posent le cadre des bureaux. Leur disposition est modifiée à plusieurs reprises, ainsi que l’agencement des tables et des fauteuils. En plus de représenter le changement de scène, cette technique permet de suggérer la commutation possible des lieux et des personnes, et donc toute la vanité des uns et des autres à vouloir atteindre le sommet. Au devant de la scène, les images de caméras de surveillance sont projetées sur deux paravents, qui servent également de support pour accueillir des ombres chinoises. Enfin, un cyclorama, en arrière-fond, représente la ville, dont les lumières varient selon le moment de la journée. Mais peut-être que tout ceci est redondant et que le texte et le jeu des comédiens suffiraient pour nous immerger dans la mégalopole.
Finalement, le thème des rapports humains décryptés à travers le prisme du monde de l’entreprise nous est déjà connu. Michel Vinaver l’avait brillamment traité dans Par-dessus bord. Aucune audace de ce point de vue. Pas plus que dans l’utilisation de la vidéo, qui devient un support usuel dans le spectacle vivant. Néanmoins, Push up a le mérite de nous happer pendant près de deux heures et de nous interroger sur nos rapports sociaux en général. Et rien que pour cela, ça vaut le coup d’aller au théâtre ! ¶
Lison Crapanzano
Les Trois Coups
Push up, de Roland Schimmelpfennig
Texte français : Henri-Alexis Baatsch
Mise en scène : Gabriel Dufay
Assistanat à la mise en scène : Maria Nozières
Avec : Nicolas Berno, Camille Cobbi, Lionel Dray, Jean-Claude Durand, Blanche Leleu, Maria Nozières, Anne Raphaël
Collaboration artistique : Jérôme Bocquet
Scénographie : Lisa Navarro, Soline Portmann
Costumes : Inès Dufay, Marion de Raucourt
Son : Martin Jaclot
Lumière : Thierry Fratissier
Collaboration artistique : Geoffrey Layton
Vidéo : Benjamin Clavel
Regard chorégraphique : Corinne Barbara
Accessoires : Yann Dury
Coordination technique : Éric Proust
Régie générale : Marcel Challet
Régie son : Patrick Ciocca
Régie vidéo : Stéphane Janvier
Régie lumière : Christophe Kehrli
Administration de tournée : Xavier Munger
Célestins, théâtre de Lyon • place des Célestins • 69002 Lyon
Réservations : 04 72 77 40 00 ou www.celestins-lyon.org/
Du 2 au 12 février 2010 à 20 h 30, dimanche à 16 h 30, relâche le lundi
Durée : 1 h 50
7,50 € | 10 € | 12,50 € | 13,50 € | 15 € | 16,50 € | 20 € | 29 € | 30 € | 33 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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