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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 22:10

Dorsaf Hamdani gravit les sommets


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le cycle Divas du monde à l’Opéra de Rennes se clôt avec un concert de Dorsaf Hamdani. C’est l’occasion de saluer une nouvelle fois cette initiative qu’on espère vouée à durer.

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« Dorsaf Hamdani » | © Brunch

Après Débora Russ et Lucilla Galeazzi qui avaient enthousiasmé le public de l’Opéra, il appartenait à la chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani de conclure en beauté ce cycle consacré aux divas du monde. Cette interprète reconnue du malouf tunisien, ce chant arabo-andalou présent dans tout le Maghreb, cette musicologue avertie (elle est titulaire d’un D.E.A. obtenu en Sorbonne) a choisi de l’interpréter en mettant son immense talent au service des trois sommets incontestés du chant arabe : Oum Kalsoum (1904-1975), Asmahan (1917-1944) et Fairouz (née en 1935). Grande audace, seront tentés de dire certains. Sans doute, mais il faut ajouter : sans aucune outrecuidance et même avec une certaine humilité dans la façon dont elle s’est préparée. Et surtout, il faut le dire, c’est un immense succès.

Après un long prologue instrumental, la haute silhouette de la jeune chanteuse (elle est trentenaire) apparaît. Dorsaf Hamdani porte une tenue très simple mais fort seyante : longue tunique transparente, rehaussée de broderies, portée sur un pantalon étroit et un haut foncé, coiffure sans apprêt, deux pendentifs et une grosse bague pour seuls bijoux. Unique coquetterie qu’elle s’autorise : de hauts escarpins argentés. Rien ne doit distraire de l’attention portée au chant.

En neuf chansons et un instrumental, Dorsaf Hamdani réussit, en effet, le tour de force de donner à entendre la quintessence du chant arabe hérité du xxe et du début du xxie siècle. Elle le fait en se faisant accompagner d’une toute petite formation, de celle que l’on rencontre fréquemment dans les cabarets du monde arabe : violon, violoncelle, qanun et riqq. Un ensemble de très grande qualité. Certains regrettent cette simplicité. Il nous semble que cela met mieux en valeur le chant et le débarrasse heureusement de cette forme de sentimentalité que produit l’utilisation de très grands ensembles avec beaucoup de violons.

Modulations d’une extrême délicatesse

Les deux premiers titres, Ô ma tribu et J’aime (en français), sont empruntés à Asmahan, cette chanteuse trop tôt enlevée par une mort tragique. Elle chantera d’elle également Nuits d’intimité. La voix de Dorsaf Hamdani rend très bien les graves de cette chanteuse qui aimait chanter la mélancolie, et le premier titre a parfois des allures de mélopée. Mais elle brille aussi dans les modulations d’une extrême délicatesse ou dans des passages très lyriques qu’on trouve fréquemment chez Asmahan, qui affectionnait aussi la musique occidentale. Dans La patience a des limites, illustrée par Oum Kalsoum, qui démarre dans les graves, elle sait rendre la succession de mouvements rapides qui vont de la confidence à la force. De Fayrouz, elle retrouve la fraîcheur qui la faisait qualifier de « voix d’ange du matin ». De cette grand chanteuse libanaise qui vit encore, nous entendrons une berceuse, Viens dormir Rima, qui met en valeur l’aspect cristallin de la voix, entre fragilité et intensité, mais avec une grande douceur, notamment dans un passage qui évoque un rythme de danse. Amour, nous sommes de retour nous montre que cette chanteuse, que l’on qualifie parfois de révolutionnaire, sait servir la chanson orientale traditionnelle. Le concert s’achève en beauté avec deux titres de la première période d’Oum Kalsoum, le Langage des fleurs et Chante un peu pour moi. La première, assez courte, est très rythmée. La seconde est un hymne à la puissance du chant.

Comment conclure avec plus de pertinence cet hommage à ce que le chant arabe moderne a apporté de plus précieux : ces trois grandes divas honorées par Dorsaf Hamdani ? La chanteuse tunisienne a su conquérir le public rennais. Alain Surrans a doublement gagné le pari qu’il avait engagé avec cette nouveauté de la saison, par le choix des artistes invités et en réussissant à faire venir à l’Opéra un public nouveau, la chose était parfaitement évidente ce soir.

Prochainement : un évènement populaire, culturel et technologique

Après Mozart en 2009 et 2011, l’Opéra convie le public à une nouvelle fête autour de Verdi, le 4 juin prochain. Ce soir-là, on pourra assister à la représentation de la Traviata, dans la salle de l’Opéra, mais pas seulement. En effet, l’œuvre sans doute la plus populaire de Verdi sera également retransmise en direct sur grand écran, en plein air, à Rennes même, mais aussi dans six autres villes de Bretagne. Le lendemain, on pourra la voir en différé à l’Opéra de Jersey. Et ce n’est pas tout, toutes les télévisions locales bretonnes, France 3 et France Musique retransmettront également cet opéra en direct.

Les technologies du son et de l’image les plus récentes seront également mises à contribution. Tout l’après-midi du 4 juin, le public pourra ainsi découvrir, dans les salons de l’hôtel de ville à Rennes, l’image à 360°, l’ultrahaute définition, la réalité augmentée, le son 3D spatialisé appliqués à la Traviata. Enfin, à l’entracte, tout le public sera invité à chanter Libiamo, un des airs les plus célèbres de cet opéra, sous la direction du chef d’orchestre lui-même : Antony Hermus.

Nous aurons l’occasion de vous donner plus de détails sur ce qui s’annonce comme l’une des manifestations les plus importantes en Europe pour marquer le centenaire de la naissance de Verdi. 

Jean-François Picaut


Princesses du chant arabe, par Dorsaf Hamdani

Avec : Dorsaf Hamdani (chant), Mohamed Lassoued (violon et direction musicale), Slim Jaziri (qanun), Anis Fliss (violoncelle), Mondher Ouafi(percussions [riqq])

Une production Accords croisés

Site : www.accords-croises.com

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de-Ville • B.P. 3126, • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 23 62 28 28

Les 18 et 19 avril 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € à 8 €

Évènement à venir : la Traviata de Giuseppe Verdi à l’Opéra de Rennes les 27, 29, 31 mai 2013 ainsi que les 2 juin et 4 juin 2013

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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