Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 12:20

Un clair-obscur de cirque

Critique déjà publiée le dimanche 17 février 2013


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Avec sa nouvelle création : le cirque Bang Bang poursuit son exploration minimaliste et sensible des potentialités du jonglage. « Post », sorte de tragédie en trois actes, nous offre ainsi des tableaux en clair-obscur, dont les plus sombres sont aussi les plus saisissants.

post-615 ludovic-combe

« Post » | © Ludovic Combe

Au cirque, souvent, la piste ressemble à une cible où les artistes se mettent sans cesse en danger. On joue alors avec sa peur, on bloque sa respiration en attendant l’exploit. On est sous tension, enfin, comme dans un drame. Mais avec le cirque Bang Bang, on se trouverait plutôt en territoire de tragédie. La tension, haute tension même, qui règne dans Post ne vient en effet pas de l’exploit seul, mais d’une atmosphère sonore, visuelle qui nous nimbe.

De fait, Elsa Guérin et Martin Palisse ne sont pas qu’interprètes, mais conçoivent aussi les lumières et la scénographie de leurs créations. Or, dans Post, ces éléments ne sont pas accessoires : ils créent un monde à part, propre aux artistes. Pour gagner nos places dans le beau chapiteau de la compagnie, nous avions foulé un sol quelconque, baigné par une lumière quelconque. Et puis un homme étrange, aux allures de spéléologue, a replié avec un soin cérémonieux une bâche, et une autre piste est apparue : carré blanc sur fond noir. Et puis la lumière a changé, et nous sommes partis en voyage : après * la fin du monde, après le réel.

Intermittence de la vision et intermittence du cœur

Héliotropes dans le spectacle, les deux jongleurs ont su créer de belles atmosphères grâce à des jeux sur l’intensité des lumières, les ombres, sur la persistance rétinienne et l’alternance entre obscurité et lumière. Intermittence de la vision et intermittence du cœur. Car la charge émotionnelle de ces moments est forte : on retrouve la peur du noir comme le plaisir de l’émerveillement. L’obscurité favorise les changements de plateau et donne ainsi l’impression que, par magie, l’espace s’est modifié. La scénographie repose sur quelques éléments : une piste blanche, une série de projecteurs. Dans cet espace dépouillé, l’œil s’accroche aux deux artistes. Entre ces deux points, il trace presque instinctivement une ligne droite.

Et, justement, Post semble interroger les rapports, celui que Martin Palisse et Elsa Guérin entretiennent avec la balle, mais surtout celui qui les lie, délie et oppose. Ils ne font pas voler les balles et n’en manipulent que trois, ce qui fait que ces balles sont un élément du dispositif, pas le centre. La construction même du spectacle met davantage l’accent sur le rapport humain que sur l’objet. Un premier moment magnifique et onirique nous présente deux êtres seuls, parfois abattus au sol par une apocalypse. Un second temps, comique, met en prise ces deux êtres entravés et luttant pour avoir plus de balles. Enfin, le dernier temps, magnifique, exacerbe les tensions en figurant divers moments du rapport de couple : de l’entraide au déchirement ou à la domination.

La musique des émotions

C’est dans les parties inaugurales et finales, selon nous, dans les moments tragiques que le spectacle convainc véritablement. La partie tragi-comique centrale, assez beckettienne, n’est, en effet, pas sans intérêt, mais paraît plus longue et moins soutenue. Ne nous y propose-t-on pas une simple variation sur les entraves que l’on peut opposer au jonglage (obstacle au mouvement ou à la vue) ? L’admiration que l’on voue à la prouesse technique y favorise donc moins l’émotion. D’ailleurs, la musique, vecteur de sentiments, y est peu présente. Or, souvent rock, parfois électronique, cette musique prend toute sa place dans la pénombre et impose son rythme au jonglage qui semble pulsé dans les autres parties. C’est un vrai dialogue esthétique qui a lieu alors entre le son, l’image et la technique de cirque.

Post est donc un travail ciselé et abouti. De quoi renouveler nos idées reçues sur le jonglage. 

Laura Plas


* Post : le mot signifie en latin « après ».


Post, du cirque Bang Bang

Cirque Bang Bang (association Le Pied sur la tête) • 17, rue des Farges • 73118 Cebazat

04 73 24 51 81

Site : www.cirquebangbang.fr

Conception, mise en scène et jeu : Elsa Guérin et Martin Palisse

Collaboration artistique : Romuald Collinet, Manu Deligne

Lumière et scénographie : Elsa Guérin et Martin Palisse 

Régie lumière et son : Manu Deligne

Espace cirque d’Antony • rue Georges-Suant • 92160 Antony

– R.E.R. B, arrêt Les-Baconnets (puis parcours de 10 min fléché)

– En voiture : porte d’Orléans, prendre la N. 20 jusqu’à l’avenue Jean-Monnet, puis suivre le fléchage depuis l’angle du restaurant La Tour de Marrakech. Par l’A. 86, prendre la sortie 27-Antony. Suivre la N. 20 jusqu’à l’avenue Jean-Monnet, puis le fléchage.

Site du théâtre : www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

Réservations : 01 41 87 20 84

Courriel de réservation : accueil@tfg-lp.com

Du 1er févier au 24 février 2013, les mardi, vendredi et samedi à 20 heures, samedi 16 février exceptionnellement à 19 heures, le dimanche à 16 heures

Durée : 1 heure

20 € | 15 € | 10 €

Tout public à partir de 10 ans

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher