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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 18:40

La musique bille en Têtes


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Pointu, original, attachant : le quintette vocal des Têtes de chien s’écoute et se regarde avec délice.

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Têtes de chien | © D.R.

Allez savoir pourquoi : dans la foule des sollicitations pour des spectacles en tout genre, il y avait dans un coin de ma tête depuis six mois et un courriel reçu parmi des dizaines d’autres la promesse que je ne devrais pas manquer ces Têtes de chien et leur spectacle Portraits d’hommes. Soit un quintette vocal composé de cinq Parisiens (d’où leur nom) reprenant un répertoire de chansons traditionnelles de leurs provinces d’origine. Rendez‑vous est donc (enfin) pris pour ce 19 avril 2012.

On grimpe jusqu’au Paradis du théâtre du Lucernaire : un petit théâtre situé au troisième étage du bâtiment ! Le noir se fait et des sons résonnent, presque énigmatiques, aux quatre coins de la salle. C’est alors que retentit ce puissant couplet : « Le chat au coin du feu, qui faisait la bouillie, en a voulu goûter : il s’est brûlé la griffe ! ». De l’authentique chanson à texte. Biolay et consorts peuvent aller se rhabiller. Et c’est parti pour une grosse heure de répertoire très « lon-fa-di-da-don-don, lon-fa-f‑di-da-don-dé ».

Une approche respectueuse

On sait depuis l’incroyable succès de Patrick Bruel et ses rengaines remises au goût du jour dans l’album Entre deux que la chanson populaire, la vraie, l’ancienne, celle qui fleure bon la soupe à l’oignon et l’âtre de la cheminée, peut être très bien reçue du grand public. Mais à la différence de Patriiiiiick, dont le style consistait souvent en une sorte de nonchalance presque parlée‑chantée, les Têtes de chien sont ultrarigoureux sur la précision des rythmes et des harmonies vocales. Les arrangements sont faits maison : créatifs, mais ne dénaturant pas le texte, au contraire. Le chant s’accompagne parfois de percussions corporelles qui secouent la musique de façon inattendue : le chat et sa bouillie partent en live, et même l’inoxydable Claire Fontaine prend soudain des allures groovy qu’on n’aurait même pas imaginées dans nos rêves les plus fous.

Un interprète peut être comme un photographe avec Photoshop : tandis que l’amateur tout excité par son nouveau jouet va se goinfrer d’effets faciles, ajoutant une moustache à l’un, peignant l’autre en jaune fluo, le professionnel, lui, sait utiliser son outil à bon escient. Tel est le fin travail d’arrangement mis en œuvre par ces artistes‑artisans talentueux. Leur interprétation trouve un équilibre entre une approche littérale et un humour savamment dosé. Il n’y a pas vraiment de second degré ici, plutôt une approche infiniment respectueuse de ce que disent ces textes, parfois cocasses, souvent graves. Quoi de plus pathétique que ce simple constat : « J’m’en allais au bois avec mon p’tit frère / Là je vis un homme qu’embrassait ma mère » ? C’est ainsi que le texte résonne avec beaucoup de simplicité. On se croirait devant une église romane, quelque part à la campagne.

Gommer quelques petites approximations

Le public est heureux, il y a des sourires sur beaucoup de visages. Le groupe est attachant, c’est vrai. Les cinq chanteurs étant d’âge et d’allure variés, il y a sûrement un effet miroir : un peu comme pour les Spice Girls, tout un chacun peut choisir son chanteur préféré. Il y en a pour tous les goûts, de Grégory Veux et ses cheveux en pétard à Didier Verdeille et son air de bon vivant avec qui on irait bien prendre un verre. Un bémol : il faudrait que le temps, ou un costumier charitable, permette de gommer quelques petites approximations dans le jeu scénique : par exemple, quand un des chanteurs s’escrime à sortir ou ranger une petite flasque de la poche intérieure de son veston. Ce geste devrait être fluide, il ne l’est pas, et on ne voit plus que ça. Assurer mieux ces petits moments, avoir une mise en scène un poil plus tendue, ne ferait sans doute pas de mal. Autre conseil : ces messieurs feraient bien de préparer un deuxième bis. On en redemandait, et ils sont partis, puis revenus, mais plus un son ne sortait hélas de leur bouche. Frustrant.

Pour finir, on ne saurait trop vous conseiller d’aller les découvrir sur leur Myspace ou, mieux, mais alors nettement mieux, en concert lors de quelques dates à Paris, puis en province, avant le Off d’Avignon cet été. Nous, on réserve… 

Céline Doukhan


Portraits d’hommes, par Têtes de chien

Têtes de chien | www.myspace.com/tetesdechien

Avec : Grégory Veux, Justin Bonnet, Didier Verdeille, Henri Costa, Philippe Bellet

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

www.lucernaire.fr

Réservations : 01 45 44 57 34

Les 13 et 31 janvier 2012 à 20 heures, le 4 février 2012 à 20 heures, les 8 et 9 mars 2012 à 20 heures, les 19, 20 et 21 avril 2012 à 21 heures, les 2 et 3 mai 2012 à 19 heures

Durée : 1 h 15

De 10 € à 30 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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