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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le punk bouge encore
Au Nouveau Théâtre de Montreuil, le directeur et musicien Mathieu Bauer met en scène « Please Kill Me ». Une pièce remarquable sans être prétentieuse sur l’histoire du punk et l’effervescence du mouvement dans le New York des années 1960‑1970.
« Please Kill Me » | © D.R.
Avec Please Kill Me, Mathieu Bauer, musicien sur scène, metteur en scène et directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil, redonne voix aux grandes figures de l’histoire du punk. La pièce est une adaptation du recueil des souvenirs et des confidences de ces grands acteurs, par deux écrivains et témoins new‑yorkais de la scène punk des années 1970, Legs McNeil (cofondateur du magazine Punk) et Gillian McCain. D’Iggy Pop et The Stooges à Lou Reed, des membres du Velvet Underground à ceux des Ramones, la pièce laisse la parole aux musiciens qui ont donné toute sa dimension au mouvement. Elle s’intéresse aussi au rôle fondateur du magazine Punk ou du C.B.C.G., club mythique et disparu du punk new‑yorkais. Pari réussi, qui intéresse autant le néophyte, à qui il donne envie de mieux connaître, que le spécialiste qui retrouve son univers raconté par un passionné.
Les artistes de Please Kill Me, trois musiciens et un couple de comédiens, racontent la scène punk par ceux qui l’ont faite. Ils partagent leurs souvenirs, la première fois qu’ils ont vu Elvis, la première tournée des Clash… Ils racontent leurs premiers et derniers concerts, expériences extrêmes du chaos total, les crachats et cannettes de bière jetées sur scène par un public fruste, la drogue et la transe. Ils remarquent aussi, avec le public, les effets physiques de l’exposition aux guitares électriques et aux basses des enceintes. Ils avouent le décalage entre la naissance du punk débarqué du Middle West américain et ce qu’il est devenu.
La rythmique Bauer
Mathieu Bauer n’est pas simplement metteur en scène. Il est aussi musicien et excellent batteur. Cela explique sûrement qu’il arrive à s’effacer pour laisser place à l’ouvrage dont la pièce est adaptée. La présence sur scène de plusieurs exemplaires du livre, dans la version de sa dernière édition à la couverture rose fluo, est remarquable. Elle inscrit le point de vue singulier du metteur en scène dans une histoire plus vaste. Mathieu Bauer reconnaît qu’il n’est pas le premier à s’intéresser à l’histoire et aux acteurs du punk. Cela explique peut‑être que sa vision personnelle, impliquée mais pas dupe, mérite d’être vue et entendue.
Parce qu’elle chante aussi en anglais, Kate Strong, comédienne, danseuse, témoigne de la fidélité de l’adaptation en anglais. Ce choix donne lieu à une scénographie très graphique, sublimée par la vidéo, qui traduit notamment le texte en français. Très bien choisie pour le rôle (en fait, les rôles), Kate Strong passe par différentes métamorphoses, lorsqu’elle est Iggy Pop ou choriste de ces groupes mythiques. Elle est aussi nostalgique de ces acteurs du punk dont elle égrène les dates de décès. Un peu « barrée », elle imprime à la pièce beaucoup de son authenticité.
Principalement centrée sur les figures d’Iggy Pop et des membres de The Stooges, la pièce de Mathieu Bauer revient sur les années d’effervescence d’un mouvement culturel et musical. Elle insiste moins sur sa dimension politique, même si elle s’interroge sur ses idéaux, la lutte des classes, le cynisme, l’anticonsumérisme, l’anarchisme. Les musiciens et les comédiens nous plongent dans cet univers de révolte, de non‑conformisme et de liberté totale. Matthias Girbig, autre comédien talentueux, dont le visage et la voix semblent parfois un peu angéliques pour le rôle, illustre pourtant la ferveur de l’adolescence, la naïveté, puis les déconvenues de la jeunesse.
Que reste-t-il du punk ?
Please Kill Me raconte une histoire qui ne peut que mal finir. Cynique, la pièce n’oublie pas les rapports avec les managers et les producteurs, mais aussi l’argent et la célébrité de ces groupes qui en critiquent pourtant le pouvoir. Dee Dee Ramone nous le rappelle : « La pratique du rock and roll en pilote automatique a quelque peu désensibilisé ma rébellion ». Le punk n’est pas mort, mais il fait disparaître ses grands acteurs – on ne les appellera ni stars ni dieux pour ne pas leur manquer de respect. C’est une pièce sans concessions, comme le mouvement qu’elle décrit. Comme pour tout mouvement politique, culturel et musical, raconter une histoire du punk, c’est aussi raconter la fin des utopies. ¶
Hélène Caune
Les Trois Coups
Please Kill Me, d’après le recueil de Legs McNeil et Gillian McCain
Traduction : Héloïse Esquié
Adaptation, conception et mise en scène : Mathieu Bauer
Collaboration artistique et adaptation musicale : Sylvain Cartigny
Avec : Matthias Girbig et Kate Strong
Batterie : Mathieu Bauer
Sampleur, basse : Lazare Boghossian
Guitare : Sylvain Cartigny
Vidéos : Stéphane Lavoix
Lumière : Jean-Marc Skatchko
Son : Dominique Bataille
Habillage : Coumba Diasse et Mélanie Fougère et l’équipe technique permanente du Nouveau Théâtre de Montreuil
Nouveau Théâtre de Montreuil-C.D.N. • 10, place Jean‑Jaurès • 93100 Montreuil
Salle Maria-Casarès • 63, rue Victor-Hugo • 93100 Montreuil
Site du théâtre : www.nouveau-theatre-montreuil.com
Réservations : 01 48 70 48 90
Du 19 mars au 12 avril 2012, mardi et jeudi à 19 h 30, lundi, mercredi, vendredi et samedi à 20 h 30, relâche mercredis 21 mars, 28 mars, 4 avril, dimanches 25 mars, 8 avril, lundi 9 avril 2012
Durée : 1 h 25
19 € | 12 € | 9,5 € | 9 €
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