Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 22:54

Doña Catherine Ringer


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Annoncer un nouveau spectacle avec Catherine Ringer, c’est déjà promettre des sensations. Mais annoncer sa collaboration avec Christoph H. Muller et Eduardo Makaroff de Gotan Project, c’est garantir que ça va déménager. C’est ce qu’a inscrit Mythos 2014 à son programme.

plaza-francia-bis-catherine-ringer-300 jf-picaut Le tango, comme chacun sait, est né sur les rives du rio de la Plata. Mais sur les bords de la Seine comme de la Vilaine, on revendiquerait presque d’être sa seconde patrie. C’est sans doute ce qu’ont dû se dire les organisateurs de Mythos, festival des arts de la parole, dix-huitième édition. Et ils ont programmé Plaza Francia, sous-titré A New Tango Song Book.

Au chevet de ce nouveau projet, on trouve quatre personnages clefs. Catherine Ringer, la grande chanteuse de la scène rock et de la chanson française avec le groupe mythique des Rita Mitsouko, en est la voix. Les compositeurs sont Eduardo Makaroff et Christoph H. Müller, les inventeurs du tango électronique avec Gotan Project. Et il reste à citer celui qui, pour le disque, a réalisé les arrangements pour orchestre de tango : Gustavo Beytelmann, que certains n’hésitent pas à présenter comme le plus grand musicien argentin résidant en Europe.

Après le décès de son compère Fred Chichin avec qui elle avait formé les Rita Mitsouko de 1980 à 2007, Catherine Ringer a amplement prouvé qu’elle savait exister seule. À bientôt 57 ans, la voici qui se lance dans une nouvelle aventure. Sera-t-elle bientôt celle qui détrônera Carlos Gardel, le Toulousain, dans le cœur des porteños ? Rejoindra-t-elle Piaf parmi les chanteuses françaises qui ont su charmer l’Amérique de New York à Buenos Aires ? En tout cas, c’est fort crânement qu’elle interprète Plaza Francia en espagnol argentin.

Une voix grave, claire ou voilée selon les titres, mais toujours puissante

Le Magic Mirror, ce chapiteau-baraque renommé Cabaret botanique pour Mythos, a été planté dans le superbe parc du Thabor à Rennes. Malgré son charme un peu désuet avec boiseries et miroirs, ce chapiteau se prête à peu près à tout sauf à profiter d’un concert : inconfort physique et visuel, acoustique quelconque. Cela n’a pas découragé les spectateurs qui l’ont rempli comme un œuf ! L’entrée de Catherine Ringer a suffi pour mettre le feu à ce chaudron tout bouillant.

Il faut dire que la prestation fait dans le haut vol. Catherine Ringer fait son entrée, tout en noir, avec un chemisier transparent aux manches et au-dessus du buste, chignon bas très strict. La voix est grave, on reconnaît à peine son timbre. La gestuelle est énergique mais suggestive. Nous sommes dans le tango dramatique pour la Mano encima, Secreto et Timidez. L’expression est réaliste, on dirait presque vériste à la manière d’une certaine chanson sociale française, n’était le second degré de l’humour introduit dans la présentation. La Misión est plus sentimentale, et la chanteuse s’octroie une plus grande liberté de mouvement. Dans Invisible, les instruments s’échappent franchement des codes musicaux du tango. L’influence électro se fait encore mieux sentir dans Memoria de placer où la boîte à rythme est dominante tandis que la voix de la chanteuse, déformée, passe sur le même plan que les instruments. Une longue introduction à la batterie électronique prélude à la que se fue où la voix de Catherine Ringer, plus haut placée, est aussi plus proche de son timbre habituel.

Après une sorte d’intermède musical, la chanteuse revient, les cheveux strictement tirés en un sévère chignon haut, portant une robe rouge et or, complétée d’un long châle, l’air plus ibérique que jamais. Cenizas marque le retour au tango dramatique même si la voix reste dans un registre où dominent les aigus. Sur ce morceau lent, le bandonéon (Gilberto Pereyra), la guitare (Eduardo Makaroff) et la contrebasse (Romain Lécuyer) sont très présents. Le micro le plus souvent détaché de son pied, Catherine Ringer semble de plus en plus libre. Dans une reprise de son fameux Marcia Baila, qui déclenche des tonnerres d’applaudissements, dans une atmosphère de polar noir, elle esquisse une danse avec Eduardo Makaroff.

Elle se fait plus comédienne pour la fin du programme dans Mi calle, Cada Vez, dans laquelle la chanteuse intercale des vers en français, el Avión, etc. Elle retrouve aussi plus fréquemment ses inflexions anciennes. En bis, après avoir repris un de ses tubes, elle chante une dernière pièce de Plaza Francia (une valse !) : Vueltas en aire.

La reine de la soirée, c’est bien elle, Catherine Ringer. Sa voix grave, claire ou voilée selon les titres, mais toujours puissante, son énergie, son talent dramatique, son humour la consacrent. Attention, la Ringer est de retour. Qui s’en plaindra ? 

Jean-François Picaut


Plaza Francia, avec Catherine Ringer

Un album Because music, 2014

Avec : Catherine Ringer (chant), Eduardo Makaroff (guitare), Christoph H. Müller (wurlitzer, synthétiseur et programmation), Gilberto Pereyra (bandonéon) et Romain Lécuyer (contrebasse)

Photo : © Jean-François Picaut

Cabaret botanique • parc du Thabor • 35000 Rennes

Le 16 avril 2014, à 22 h 30

Durée : 1 h 40

25 € | 20 € | 15 €

Mythos 2014, festival des arts de la parole, du 15 au 21 avril 2014, Rennes Métropole, Ille-et-Vilaine

Tél. : 02 99 79 00 05

www.festival-mythos.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher