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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 17:17

Fraîcheur des mouvements


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Fraîcheur estivale dans la cour de l’Agora du 34e Festival Montpellier Danse, où le chorégraphe Emanuel Gat, chorégraphe associé de l’édition 2013, donnait, sous quelques gouttes de pluie, « Plage romantique ».

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« Plage romantique » | © Emanuel Gat

Des micros sont disposés, épars sur le sol dans un rectangle de lumière aux abords frangés de bleu. Ils attendent tels des corps de danseurs dans la pénombre. C’est indiquer, dès l’abord, le jeu qu’entretiendront, durant tout le spectacle, le corps et le son. Pour commencer, un danseur s’avance, guitare à l’épaule, et entonne une chanson de Pascal Danel. L’atmosphère estivale est installée, peut-être plus encore le souvenir d’un été passé, celui d’une jeunesse d’autrefois évoquée par la saveur mélancolique de la chanson rétro. Les corps se meuvent de façon allègre, comme une bande de jeunes à la West Side Story, hurlant à qui mieux mieux. L’évocation d’une époque passée se trouve rapidement court-circuitée par la répétition de la chanson et de son introduction récurrente, comme pour signifier que le chorégraphe se joue de l’idée de la reprise et que là n’est pas sa recherche. On pourrait dire, comme pour ce qui concerne les vêtements portés par les danseurs, que des chaussettes se glissent dans la tenue estivale.

Une chorégraphie du son

Le son est, semble-t-il, conçu comme un matériau chorégraphique. La chanson est d’abord un mode d’entraînement, d’engouement. Elle s’accompagne de cris, et une effusion emplit le plateau. Mais ce sont surtout les jeux de contraste du rythme et du volume qui montrent le dialogue du son et du mouvement. Tantôt, en effet, la vitesse se régale de cris, tantôt elle se tait dans le silence des respirations. Un même rythme accompagné d’un forte ou d’un silence change la perception du spectateur. Parfois, la scène se fige et les danseurs reprennent les cris précédents dans une totale absence de mouvements ; parfois, la scène se fait tableau silencieux, débarrassé de tout son. Les jeux font cohabiter et coexister corps et son jusqu’à créer une chorégraphie du son ou une musicalité du corps. Le son se dit origine du mouvement.

Ainsi, quand un son-bruitage, à la manière d’une partition vocale contemporaine, est prononcé par un danseur, celui-ci est mu par sa propre puissance et la ligne de son émission. Son corps est le reflet et la continuation de la ligne sonore. Le son qui provoque le mouvement peut provenir aussi d’un autre danseur qui opère, par sa profération, le mouvement d’un comparse dans un groupe figé, appelant ainsi un corps à se mouvoir. Le son et le mouvement montrent le fonctionnement des danseurs en réseaux ou dans leur individualité. Jusqu’au terme du spectacle, son et mouvement s’interrogent, pour s’achever sur les kisses finaux, qui terminent l’ensemble sur une note humoristique.

Par le refus de la répétition et du narratif, les dix danseurs nous donnent à goûter quelque chose qui a trait à l’éphémère allant de pair avec l’indicible. Tout nous passe entre les doigts, entre les yeux, de manière insaisissable. Le geste est de l’ordre de l’imperceptible et du passage presque fortuit. Peut-être peut-on y saisir là un lien avec la chanson somme toute mélancolique qui dirait la danse comme une traversée dans le temps et l’espace. C’est une danse toute de désinvolture, d’élégance, de sinuosité, de fluidité, qui sait retrouver la naïveté première, celle du geste à sa redécouverte. Rien n’est jamais figé, même si l’on reconnaît parfois quelques éléments récurrents, comme la présence des mains et de leurs battements. Tout semble spontané, inattendu et pourtant allant de soi : le geste débarrassé du côté spectaculaire, laissant évidente la fraîcheur des mouvements. 

Fatima Miloudi


Plage romantique, d’Emanuel Gat

Chorégraphie, lumière et bande-son : Emanuel Gat

Danseurs : Hervé Chaussard, Aurore Di Bianco, Pansun Kim, Michael Löhr, Philippe Mesia, Geneviève Osborne, François Przybylski, Rindra Rasoaveloson, Milena Twiehaus, Sara Wilhelmsson

Bande-son en collaboration avec : Frédéric Duru, François Przybylski

Coordination technique : Anne-Claire Simar

Régie lumière : Guillaume Février

Régie son : Frédéric Duru

Production : Emanuel Gat Dance

Coproduction : Festival Montpellier Danse 2014

Cour de l’Agora • 18, rue Sainte-Ursule • C.S. 39520 • 34961 Montpellier cedex 2

Réservations : 08 00 60 07 40

http://www.montpellierdanse.com

Jeudi 26 juin 2014 à 23 h 30, vendredi 27 et samedi 28 juin 2014 à 22 h 30

Durée : 1 heure

18 € | 25 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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