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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:30

Pierre Notte : un auteur consacré


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Avec cinq spectacles à l’affiche à Paris cette saison, Pierre Notte a une actualité très riche. Mais cet engouement n’est pas soudain. La saison passée, il en avait déjà six. âgé de seulement 41 ans, celui-ci est-il devenu l’homme incontournable du théâtre français ?

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Pierre Notte | © D.R.

La passion du théâtre, Pierre Notte la cultive depuis longtemps déjà. Un temps journaliste, il devient vite critique dramatique (et pas dans un seul journal !) en même temps qu’il écrit et met en scène ses propres pièces. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, ce ne sont pas moins de dix textes qui sont édités. Et d’autres pièces n’attendent qu’à l’être !

Un parcours couronné de succès

C’est grâce à Moi aussi, je suis Catherine Deneuve qu’il se fait remarquer. Récompensée du prix Théâtre 2005 de la Fondation Diane et Lucien Barrière, elle reçoit le molière de la Meilleure Pièce du théâtre privé en 2006. Tandis que Pierre Notte est également nommé dans la catégorie Meilleur Auteur, la S.A.C.D. lui remet, la même année, le prix Nouveau Talent théâtre. Il aura ensuite deux autres nominations aux molières dans la catégorie Meilleur Auteur francophone et reçoit en 2010 le prix Émile-Augier décerné par l’Académie française.

Forcément, des metteurs en scène s’intéressent de près à ses pièces. Après Jean-Claude Cotillard, qui contribue à le révéler, Anne-Laure Liégeois, Sylvain Maurice, Patrice Kerbrat… Trois ans secrétaire général à la Comédie-Française, Pierre Notte s’est constitué un réseau. Mais il n’est pas toujours là où on l’attend ! Auteur invité au Théâtre des Déchargeurs à Paris en 2009-2010, il devient, en même temps, conseiller au Théâtre du Rond-Point. Des lieux toutefois adaptés à son talent protéiforme. C’est en tout cas là qu’il met en scène ses dernières créations avant de les faire tourner, de plus en plus longtemps, de plus en plus loin : Compiègne, Avignon, Rome, Beyrouth, Tokyo, où chaque année, depuis 2007, avec sa sœur Marie, il donne des récitals de chansons et des cabarets. Car Pierre Notte s’illustre aussi dans la musique comme auteur, compositeur, et interprète. Mais il ne fait pas encore de chorégraphies…

Hyperactif, Pierre Notte ? Enfant, il était très réservé. Alors, maintenant qu’il a trouvé comment se faire entendre, il en profite ! Son plaisir d’être sur scène est évident, et le public en redemande. Il cumule donc les fonctions comme le ferait n’importe quel surdoué au risque d’agacer ceux qui peinent à occuper l’espace théâtral. Heureusement, l’intéressé ne se prend jamais au sérieux. Comme pour ses textes, il sait garder la juste distance. Au plus près du plateau, mais avec la tête froide !

Auteur singulier

Sur le mode « Famille, je vous hais », Pierre Notte traite d’enfances confisquées, d’inconsolables solitudes, de souffrances qui marquent à jamais, de modèles fantasmés par les autres, d’asservissements. Les titres de ces œuvres sont parlantes : Se mordre, J’existe (foutez-moi la paix), la Colère… Marie, la jeune fille révoltée des Couteaux dans le dos est la figure emblématique de son théâtre. Trouver sa place. La quête d’identité. Apprivoiser les monstres qu’on porte en soi. Nul doute que ces thématiques récurrentes permettent d’exorciser les démons de sa propre enfance. Depuis, Pierre Notte a trouvé son langage, maîtrisant parfaitement les effets de style et le rythme, quasi musical.

Duos truculents ou pièces chorales, Pierre Notte aime l’épique. Ses personnages sont fantasques, ses intrigues rocambolesques. Ses citations, ses emprunts, son art savant du collage dessinent les contours d’un univers baroque. De sa plume alerte, il taquine l’art dramatique, proposant des textes divertissants et profonds tout à la fois. Il fouille du côté du pire, plonge dans l’horreur de ce dont l’homme est capable, sans complaisance ni apitoiement. Cultivant le goût des mots et le culot, il possède le talent, rare, de mettre nos sens en alerte grâce à des bulles poétiques, des récréations savoureuses. Quelle virtuosité ! Mais sa plume n’est jamais aussi brillante que lorsqu’elle est incisive. Acérée.

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« Et l’enfant sur le loup » | © Giovanni Cittadini Cesi

Ses textes drolatiques charment d’emblée parce qu’ils nous « parlent » sans avoir l’air d’y toucher. Ce qu’ils nous racontent est énorme. On s’on offusque, ou on en rit. Jaune ! Pourtant, ils visent juste. Rien de tel pour désamorcer la violence que de nous confronter à sa représentation sur scène. Un brin provocateur Pierre Notte ? Il ne manque pas d’audace, le diable ! Pour Et l’enfant sur le loup, il ose marier le conte de fées au fait-divers le plus ignoble.

Pour raconter cette histoire d’une jeune fille séquestrée dans une cave et violée par son père, Pierre Notte s’est inspiré de l’affaire Joseph Fritzl. Aux yeux du loup (interprété par Pierre Notte) qui nous raconte cette tragédie, les protagonistes dépassent de loin la férocité des animaux, prouvant, si cela est toujours nécessaire, que « l’homme est un loup pour l’homme ». À tel point que le loup finira dévoré par l’enfant né de cet accouplement, abandonné dans la forêt par sa mère. Des années plus tard, l’enfant sauvage devenu un jeune homme retrouve ses grands-parents et les transforme en monstres de foire, après avoir perpétré l’inceste à son tour. Terrible drame que celui-ci, juste compensé par la poésie de l’absurde, un non-sens à la Lewis Carroll.

Difficile de traiter d’un tel sujet, même par le rire et l’allégorie. Pas évident non plus d’aborder le thème du deuil. La pièce Deux petites dames vers le Nord raconte, quant à elle, l’histoire de deux sœurs qui viennent de perdre leur mère. Après l’incinération, celles-ci décident de partir à la recherche de la tombe de leur père, mort vingt-cinq ans plus tôt, afin de réunir leurs parents pour l’éternité. L’urne sous le bras, les voilà parties vers Amiens. En avant toute ! De cimetière en dancing, on suit alors Annette et Bernadette dans leur folle équipée, jusqu’au commissariat où elles doivent rendre des comptes. En effet, ce pèlerinage, qui n’a rien de pieux, leur fait commettre de belles bêtises. Comme si libérées par ce deuil, les deux sœurs s’étaient enfin autorisées à transgresser tous les interdits.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Toujours le même humour noir à l’œuvre. Cette pièce pourrait tenir la route si ce n’est des situations et des dialogues finalement assez convenus. Du coup, Cerise Guy et Martine Logier, qui la jouent et la mettent en scène au Théâtre du Marais, ont tenté une adaptation clownesque. L’idée n’est pas mauvaise. Ce duo s’y prête fort bien. Mais on ne s’improvise pas clown ! La mise en scène de Patrice Kerbrat n’était pas non plus convaincante. Il serait intéressant de voir comment l’auteur lui-même monterait cette pièce, certainement pas la meilleure de son œuvre.

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« Deux petites dames vers le Nord » | © D.R.

Il en est de même d’Et l’enfant sur le loup, proposé au Théâtre du Rond-Point, texte onirique sur lequel Patrice Kerbrat plaque un réalisme pas vraiment adapté. Malgré le talent des comédiens et une scénographie très bien pensée, le spectacle souffre d’une lecture trop psychologique et narrative.

De là à penser qu’un auteur est le mieux placé pour monter ses textes, il n’y a qu’un pas ! Il est toujours intéressant de découvrir la lecture avisée de metteurs en scène qui confrontent leur univers, leurs points de vue. Si certains comme Wajdi Mouawad gagnent à avoir un regard extérieur qui atténue leurs excès, d’autres ne sont jamais mieux servis que par eux-mêmes. Joël Pommerat en est un parfait exemple.

Quand un artiste peut mettre son sens aigu du plateau au service de ses talents d’écrivain, pourquoi pas ? Et les mises en scène de Pierre Notte (stylisées), sa direction d’acteur (juste) font des spectacles généralement réussis. Son écriture autorise une fantaisie dans les choix de mise en scène et réclame une précision d’orfèvre, qu’il est à même de satisfaire. Maniaque, Pierre Notte veille toujours à ce que sa partition soit réglée au souffle près, au risque, parfois, d’être un peu trop formelle. Surtout, il sait comme personne sublimer ses textes, dans ses aspects féeriques comme sordides, avec le décalage qui lui est propre. Cet art mesuré de la distance.

Qu’il continue donc à nous aider ainsi à apprivoiser nos peurs ! Bientôt, nous pourrons découvrir sa mise en scène de Pour l’amour de Gérard Philipe au Théâtre La Bruyère joué par deux stars : le chanteur Raphaël et l’actrice Emma de Caunes. Un rendez-vous très attendu !

D’ici à ce que Pierre Notte se lance bientôt dans le cinéma… Pourquoi pas avec, dans les rôles principaux, Catherine Deneuve et Claudia Cardinale, à qui il a déjà dédié une pièce créée à Rome ? Il ne manquerait plus qu’ils fassent chanter ces deux monstres sacrés-là ! 

Léna Martinelli


Et l’enfant sur le loup, de Pierre Notte

Pièce éditée à L’Avant-scène Théâtre, 2009

Mise en scène : Patrice Kerbrat

Collaboratrice artistique : Céline Billès-Izac

Avec : Julien Alluguette, Judith Magre, Jean-Jacques Moreau, Pierre Notte

Décors : Édouard Laug

Création lumière : Laurent Béal

Création costumes : Pascale Bordet, assistée de Caroline Martel

Théâtre du Rond-Point (salle Jean-Tardieu) • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr

Du 6 janvier au 13 février 2011, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 h 30, relâche les lundis et le 9 janvier 2011

Durée : 1 h 10

29 € | 10 €

Deux petites dames vers le Nord, de Pierre Notte

Pièce éditée à L’Avant-scène Théâtre, 2008

Mise en scène : Cerise Guy et Martine Logier

Avec : Cerise Guy et Martine Logier

Lumières : Anne Coudret

Réalisation et dispositif scénique : Didier Warin

Design sonore : Patrice Peyrieras

Voix : Jean-Louis Howitz

Théâtre du Marais • 37, rue Volta • 75003 Paris

Réservations : 01 45 44 88 42

www.theatredumarais.com

Du 6 janvier au 26 mars 2011 à 19 heures, du jeudi au samedi, relâche les autres jours

Durée : 1 h 15

18 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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