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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:39

Racine à la sauce vaudeville


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


« C’est Racine qu’on assassine », tel aurait pu être le sous-titre de cette critique, la faute au metteur en scène Renaud-Marie Leblanc, qui malmène « Phèdre » de façon exemplaire. Sa lecture de la pièce – des êtres aux prises à de simples pulsions charnelles – paraît terriblement réductrice et pour tout dire vaudevillesque. Cependant, malgré ce traitement, la musique de Racine parvient parfois à se faire entendre. De trop rares moments de bonheur.

Quelle souffrance dès l’entrée d’Hippolyte et Théramène ! Les deux comédiens s’agitent dans des costumes affreux, d’inspiration orientale pour le bas et de Jean-Paul Gaultier pour le haut. On épargne les couleurs : blanc et gris acier, elles assez judicieusement choisies. Les jeunes gens exposent la situation dans une diction assez approximative. Dès cet instant une musique surligne les vers de Racine. Était-ce vraiment nécessaire ? Cela s’arrange légèrement avec l’arrivée de Phèdre et d’Œnone : quelque chose passe entre ces deux personnages. La suivante dévouée interprétée par la divine Francine Bergé et la maîtresse rongée par la passion jouée avec finesse par Roxane Borgna parviennent dans cette scène à nous faire sentir l’intensité de la tragédie. On a beaucoup aimé l’utilisation d’un voile bleu pour couvrir la tête et le secret de Phèdre. On se dit : ouf, la représentation a trouvé son rythme.

phedre marc-ginot

« Phèdre », de Jean Racine | © Marc Ginot

Des noirs à répétition

Hélas, rien ne va plus lorsque surgissent Ismène et Aricie, deux gamines excitées, échappées de la cour de récréation d’un L.E.P. de banlieue. Là, c’est la catastrophe. Elles pouffent comme les servantes de Molière. Elles hurlent, elles crient, on ne sait pourquoi ; ce n’est pas dans le texte. Aricie est décrite comme une jeune fille triste et douce, non comme une harpie. La scène entre Hippolyte et Phèdre n’apporte pas d’embellie. Lorsque la marâtre découvre son sein pour que son beau-fils la frappe, on s’interroge. Ajoutez à cela des noirs à répétition, dont on ne comprend pas l’utilité. Ils cassent le rythme de la pièce, ils mettent à mal les yeux des spectateurs, qui doivent perpétuellement s’adapter à ces passages de la lumière aveuglante à la nuit. C’est fort désagréable. Et toujours cette musique qui vient parasiter celle de Racine.

Thésée arrive enfin. Fabrice Michel nous donne une des plus belles scènes de cette sinistre soirée, il est lumineux. Il parvient même à rendre crédible sa relation à Hippolyte (Jan Peters). Mais cet état de grâce est malheureusement de courte durée. La dernière scène vire au grand-guignol. Phèdre vient expirer nue aux pieds de son époux, elle crache le sang tout en avouant dans des soubresauts son infâme forfait. Il y a du taureau mis à mort dans cette fin grotesque.

On retiendra surtout quelques rares moments de bonheur : lorsque les comédiens s’approprient simplement les vers de Racine, ainsi que la scénographie glaciale comme une morgue, d’Olivier Thomas, enveloppée des lumières d’Erwann Collet. Pour le reste, on oubliera très vite cette lecture au ras des pâquerettes, pour ne pas dire au ras de la ceinture. Et on tentera de se procurer un enregistrement radiophonique de la pièce pour se la rejouer sans parasite. 

Marie-Christine Harant


Phèdre, de Jean Racine

Compagnie Didascalies and Co • 98, boulevard Boisson • 13004 Marseille

04 95 08 20 25 l télécopie : 04 91 85 07 09

http://didascaliesandco.blogg.org/

disdascalies.co@9business.fr

Mise en scène : Renaud-Marie Leblanc

Assistants : Josiane Ferrara, Vincent Franchi

Avec : Roxane Borgna, Fabrice Michel, Jan Peters, Francine Bergé, Perrine Tourneux, Olivier Barrère, Véronique Maillard

Scénographie : Olivier Thomas

Création lumière : Erwann Collet

Création costumes : Julien Silvéréano

Théâtre des Treize-Vents • domaine de Grammont • 34000 Montpellier

Réservations : 04 67 99 25 00

Du 10 au 21 novembre 2009, les mardi, mercredi, jeudi à 19 heures, vendredi et samedi à 20 h 45, relâche dimanche et lundi

Durée : 2 h 20

21 € | 14 € | 11 €

Tournée

– 23 novembre au 12 décembre 2009, Neuilly-sur-Marne

– 9 au 19 décembre 2009, Marseille

– 15 et 16 décembre 2009, Bagnolet

– en 2010 : Forbach, Saint-Raphaël, Gap, Grasse , Nice ou Draguignan…

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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