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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 20:20

Pierre-Yves et Philippe : tout sauf plat !

 

Vous n’entendez rien à la musique ? Qu’à cela ne tienne. Regardez-la ! Beuh… Comment ? Rien de plus simple : vous prenez comme ingrédient un pianiste à la bille de clown tel que Pierre-Yves Plat. Saupoudrez-le d’une mise en scène (imagination garantie !) de Philippe Chauveau. Mélangez énergiquement le tout. Vous aurez le spectacle d’un virtuose bien frappé. Une soirée des plus jouissives, tous les lundis aux Déchargeurs…

 

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« Permettez-moi », avec Pierre-Yves Plat | © Guillaume Garcia

 

« Pierre-Yves » de son prénom. Bon… jusque-là tout va bien. « Plat » pour le patronyme. Oh, ça se corse. On se demande même si c’est une blague. Au moins, se dit-on, on ne risque pas de l’oublier. Déjà, vrai ou inventé, il faut être sacrément bon pour oser porter à la scène un nom pareil. Mais il y a des talents qui peuvent tout se permettre. Même le ridicule. Parce que, justement, en enfourchant son piano avec autant de souplesse, ce maestro des temps modernes se permet toutes les licences. Il commence en queue-de-pie sur du Chopin et finit pieds nus sur du disco. Mais quoi d’original que de voir un hurluberlu s’agiter en tee-shirt pailleté sur du Beethoven revisité ?

 

À peu près tout, en fait. De la mise en scène (bourrée de clins d’œil cinématographiques) aux morceaux les plus connus, les références sont si nombreuses et sont déroulées à une telle vitesse qu’il est difficile de toutes les saisir. De notre plume appliquée, essayons cependant de suivre les doigts habiles du pianiste. Avant de démarrer, faisons comme la voix off (Xavier Fagnon) qu’on entend (seul regret, nous ne pouvons pas faire défiler les mots à la façon du générique de Star Wars. Non, on vous assure, on ne délire pas, c’est bien comme cela que le spectacle commence. On imagine le « plaisir fou » d’un Philippe Chauveau à mettre en scène ce spectacle !).

 

Si vous avez envie de vous moucher ou de faire quoique ce soit qui pourrait déranger la lecture de cet article, faites-le et tout de suite… parce qu’une fois le prochain paragraphe commencé, il faudra lire d’une traite et sans vous arrêter ! Que la force soit avec vous !

 

Voici.

Les blanches se pressent. Les noires se bousculent. Déferlement de notes qui s’enchaînent. Le rythme est endiablé et saccadé. En arrière-plan, on suit les pas frénétiques d’un homme projetés sur un écran géant. On dirait le plan-séquence d’un vieux film muet : Charlie Chaplin ? Buster Keaton ? En fait non. C’est juste la patte d’un réalisateur (Fabien Loire) qui s’amuse à détourner quelques codes du cinéma classique. Il suit aussi vite que possible la course effrénée d’un pianiste brillant et déjanté. Ou peut-être l’inverse d’ailleurs ? Allez savoir ! L’un et l’autre se confondent. Ouf, ça y est, on a reconnu Chopin. Sous les doigts fous d’un Pierre-Yves Plat, on reste médusé face à cette Fantaisie impromptue (opus 66) revisitée. Nous aussi on court, mais on court à en perdre haleine, fendus d’un large sourire qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin du spectacle.

 

Ce que Pierre-Yves Plat nous raconte, c’est une jolie histoire d’amour. Celle d’un solitaire, incompris et timide, qui ne sait s’exprimer autrement qu’avec son piano. Grâce à cette mise en scène, Philippe Chauveau révèle la sensibilité à fleur de peau de l’artiste. Il nous donne à voir l’imaginaire débordant du pianiste et nous amuse des pitreries à la fois drôles et touchantes, ridicules et pathétiques du clown. Avec ce spectacle, le musicien se hisse au rang des grands comiques. Même le piano nous fait un strip-tease et devient machine à écrire. Digne d’un Jerry Lewis.

 

On en sort en chantonnant, le sourire aux lèvres

Cet amoureux éploré ne sait faire qu’une chose : jouer, jouer à n’en plus finir, jouer à s’en rendre malade (1), quitte à en Mourir d’aimer (2) à force de crier la passion qu’il a pour sa belle. C’est l’histoire d’Un homme et une femme (3) qui va de Tea for Two (4) (pendant lequel le public sifflote) à la Marche turque de Mozart (que l’on retrouve d’un bout à l’autre, sans pouvoir cependant s’empêcher de penser à Benny Hill !) en faisant un crochet par I Will Survive (5). L’artiste nous embarque dans ce voyage musical, et on en sort en chantonnant, le sourire aux lèvres, des mélodies plein la tête. Le lendemain, on les fredonne encore. Leur nom (on les connaît pourtant par cœur) reste sur le bout des lèvres. On cherche. Mais oui, bien sûr, le Prélude de Bach, ou la Sonate au clair de lune de Beethoven. Le tout conduit d’une main de maître, enveloppé d’un beau ruban superbement kitschissime, sur un air de jazz.

 

Philippe Chauveau et Pierre-Yves Plat, de concert, savent nous faire naviguer d’un orchestre symphonique à l’intimité d’un intérieur où l’on partagerait, entre amis, de bonnes vieilles chansons. Sauf que tout le monde aimerait bien avoir un Pierre-Yves Plat dans son salon !

 

Pas tout à fait comme les autres, ce « pianiste fantaisiste »… ce virtuose… ou plutôt… ce poète sait raconter des histoires d’amour pleines d’humour, réglées comme du papier millimétré. Il ouvre les frontières de la musique, invente un spectacle pour les masses sans en faire un spectacle de masse ! Ça y est, vous pouvez respirer à présent, la lecture est terminée. 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


1.  Je suis malade, Serge Lama.

2. Charles Aznavour.

3. Film de Claude Lelouch (musique de Francis Lai).

4. Musique extraite de la Grande Vadrouille.

5. Gloria Gaynor.


Permettez-moi, de Pierre-Yves Plat

Cie Zigzag Création

courriel : zigzagcreation@yahoo.fr

Mise en scène : Philippe Chauveau

Avec : Pierre-Yves Plat

Voix off : Xavier Fagnon

Création lumière : Elsa Fournet

Photo : Guillaume Garcia

Réalisation vidéo : Mary Amat et Fabien Loire

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Réservations : 0892 70 12 28

Du 10 janvier au 18 avril 2011, tous les lundis

Durée : 1 heure

22 € | 18 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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