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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 15:56

Penthésilée travestie


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Partant de la figure de Penthésilée, reine des Amazones, Catherine Diverrès livre une chorégraphie engagée et déroutante. Voire carrément opaque.

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« Penthésilées… » | © Caroline Ablain

Le spectacle est apparemment fondé sur la pièce de Heinrich von Kleist, Penthésilée. Soit l’histoire de la reine des Amazones, guerrière qui finit par tomber amoureuse de son ennemi. Sauf qu’on cherchera ici en vain une quelconque narration : des mouvements rappellent parfois joliment l’arc tendu, le geste guerrier ; une séquence très belle, quoique trop longue, voit les danseurs de dos se muer en chevaux piaffants ; mais à part ça, on renonce à comprendre.

Comprendre… Est-ce bien là la question ? Non, bien sûr, il est souvent vain de chercher à tout comprendre dans un spectacle. Non, car, au-delà de la notion de compréhension, le spectacle peut nous intéresser, nous enchanter, nous questionner. En revanche, là où le bât blesse, c’est quand on commence à se poser des questions du genre : « Je ne comprends pas, mais peut-être est-ce normal ? Peut-être que je ne me suis pas suffisamment renseigné avant de voir le spectacle ? Peut-être que je n’ai pas les codes ? Peut-être que c’est moi qui suis ringard ? ».

De véritables numéros d’acteurs

En effet, dans Penthésilées…, on se trouve assez souvent dans cette situation très inconfortable, et l’on est d’autant plus frustré qu’on ne peut qu’admirer le grand talent des danseurs, qui donnent tout ce qu’ils ont et dont on sent qu’ils font, corps et âme, partie du projet chorégraphique. Leur engagement comme danseurs mais aussi comme comédiens est total, dans une partition particulièrement exigeante : la chorégraphie multiplie les sauts et les courses effrénées, mais aussi, dans sa deuxième moitié, ce qu’on pourrait appeler de véritables numéros d’acteurs.

C’est que le spectacle est divisé en deux parties qui semblent sans aucun rapport. D’abord, des scènes de lutte et d’apprivoisement entre des hommes et des femmes, notamment au début, avec d’authentiques fleurets – certainement la plus belle scène du spectacle. Dans un deuxième temps, on assiste à une sorte de pantomime où surgit un humour qui contraste avec l’âpreté de la première partie. Ainsi, un homme est pomponné par une armée de femmes aux petits soins, qui ensuite le dévorent. Plutôt réussi et impressionnant.

Nettement moins convaincant : vers la fin, on assiste à une longue scène au cours de laquelle les danseurs, revêtant successivement moult costumes et accessoires, défilent devant un directeur de casting qui les refuse tour à tour d’un sec « non ! ». Là, on ne voit vraiment plus où on est. On perçoit bien qu’il doit y avoir un message sur la notion de travestissement, de genre… Mais tout cela est à la fois très intellectualisé et bizarrement burlesque, voire vulgaire. Perruques colorées, costumes d’opérette, seins et autres parties intimes à l’air : on peut parfois sourire de certains des nombreux gags qui se succèdent, mais on ne voit vraiment pas à quoi ça rime.

En tout cas, ce n’est pas la bande-son foisonnante qui nous aide à démêler l’écheveau, quand, armé d’un mégaphone, l’un des danseurs aboie pendant de longues minutes des mots incompréhensibles ; quand les danseurs s’adressent au public en langue étrangère ; ou lorsque des sons saturés vrillent les tympans des spectateurs. À noter cependant qu’il y a aussi des murmures et toute une palette sonore très travaillée, et qui a le mérite de faire intrinsèquement partie de la mise en scène sans jamais être décorative. 

Céline Doukhan


Penthésilées…, de Catherine Diverrès

Chorégraphie : Catherine Diverrès

Avec : Alessandro Bernardeschi, Francesca Matavelli, Capucine Goust, Akiko Hasegawa, Pilar Andres Contreras, Thierry Micouin, Rafael Pardillo, Tamara Stewart‑Ewing, Emilio Urbina

Scénographie : Laurent Peduzzi

Création musicale : Jean-Luc Guionnet, Seijiro Murayama

Création lumières : Marie-Christine Soma

Costumes : Cidalia Da Costa, assistée de Claude Gorophal et Anne Yarmola

Régie son : Frédéric Laügt ou Élie Guégain

Régie lumière : Éric Corlay ou Fabien Bossard

Régie plateau : Emmanuel Humeau

Direction technique : Marc Labourguigne

Voix enregistrées de Dominique Collignon-Maurin

Extraits de Penthésilée de Heinrich von Kleist (éd. Corti, traduction Julien Gracq) : Katja Fleig, Alessandro Bernardeschi, Thierry Micouin, Tamara Stuart‑Ewing

Musiques enregistrées : Mina (Amore mio) et Rebetico

L’Espal • 60-62, rue de l’Estérel • 72058 Le Mans cedex 2

www.lespal.net

02 43 50 21 50

espal@espal.net

Le 25 septembre 2013 à 20 h 30, et en tournée

Durée : 1 h 30

8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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