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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 19:42

La divagation du Radeau


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


François Tanguy est un habitué du festival Mettre en scène et du Théâtre national de Bretagne (Rennes). Il y revient une nouvelle fois, cette année. Qu’a-t-il rapporté dans le sillage de son Radeau ?

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« Passim » | © François Tanguy

Passim est un mot latin qui, si l’on en croit le dictionnaire Gaffiot, signifie « en se déployant en tous sens, à l’aventure ». Le titre paraît donc bien choisi pour le nouveau spectacle de François Tanguy avec sa compagnie le Théâtre du Radeau (Le Mans). Le texte, en effet, est un montage de seize extraits de textes empruntés à douze auteurs parmi lesquels Shakespeare se taille la part du lion. La musique, elle, fait appel à vingt-quatre compositeurs. Quel est le sens produit par ce vaste manteau d’Arlequin aux couleurs fortement contrastées ? Il ne nous est pas apparu clairement. Dans le programme, Jean‑Paul Manganaro dit qu’il « se passe là quelque chose qui est simplement la préparation au mettre en scène de la mise en scène ». Une ébauche de commencement en quelque sorte ? Un discours en deçà du sens. Pourquoi pas ?

Si l’on accepte de se laisser porter au rythme de la divagation du Radeau, on peut profiter d’instants un peu magiques. Tout à coup, la conjonction d’un texte audible, d’une musique qui prend aux tripes, d’un décor en perpétuel mouvement saisi dans une configuration réussie et d’une prestation d’acteur(s) peut incarner la grâce, mais c’est comme en passant.

D’ordinaire, c’est plutôt le règne du capharnaüm organisé où de grands textes mythologiques, théâtraux, romanesques, poétiques se télescopent à grand fracas avec des musiques tonitruantes et des bruitages divers dans le mouvement perpétuel de décors de fortune. Cette esthétique du fragment et du collage évoque surtout le vide des « abolis bibelots d’inanité sonore » de Mallarmé.

Depuis près de vingt ans, François Tanguy déconstruit ainsi les objets théâtraux. On ne peut nier la cohérence de ses réflexions ni la constance de sa démarche. Mais qu’en ressort-il ? Ce qui était interrogation et recherche qu’on pouvait espérer fécondes n’est-il pas devenu système, voire procédé. Ne sommes-nous pas dans le ressassement sans issue ? Non plus une aventure, mais une divagation circulaire, spéculaire, le même renvoyant au même.

Au-dessus des ruines de la déconstruction trônent les acteurs, rompus à toutes les disciplines de la scène et, instants trop fugaces, des réussites scéniques, j’allais dire graphiques, ou sonores qui viennent récompenser des spectateurs de bonne volonté. 

Jean-François Picaut


Festival Mettre en scène, 17e édition

Du 4 au 27 novembre 2013 à Quimper, Lannion, Vannes, Brest, Lorient, Saint‑Brieuc et Rennes‑Métropole

Passim, de François Tanguy

Mise en scène, scénographie : François Tanguy

Élaboration sonore : François Tanguy, Éric Goudard

Avec : Laurence Chable, Patrick Condé, Fosco Corliano, Claudie Douet, Muriel Hélary, Vincent Joly, Carole Paimpol, Karine Pierre, Jean Rochereau et la participation d’Anne Baudoux

Lumières : François Tanguy, François Fauvel

Régie générale : François Fauvel

Régie lumières : François Fauvel, Julienne Havlicek Rochereau

Régie son : Éric Goudard

Coproduction : Théâtre du Radeau (Le Mans), Théâtre national de Bretagne, etc.

Théâtre national de Bretagne, salle Gabily • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du 7 au 16 novembre 2013

Durée : 1 h 40 sans entracte

20 € | 12 € | 7,50 € et abonnements

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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