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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« La saveur de la mort »
« Pas encore prêt » est une « composition libre » de la Compagnie d’À côté, une création collective, où l’accent est mis sur l’omniprésence et l’utilité du mécanisme de mort pour créer du vivant. Si la destruction d’une cellule est nécessaire à la naissance d’une autre, notre disparition serait-elle de ce fait utile ?
« Pas encore prêt » | © Charlotte Corman
Aurélie Leroux met en scène six comédiens à partir d’improvisations, de recherches sur le plateau, et de trois référents : le concept de « mort cellulaire », les Contes de Grimm et le dernier film d’Akira Kurosawa Madadayo *.
Tout commence par la découverte d’un très bel espace scénique, monochrome. Derrière des rideaux en plastique transparent s’érigent des panneaux recouverts de tissu blanc, fixes ou modulables. Cette installation évoque une salle d’attente, peut-être le purgatoire. Nul doute, il s’agit bien de théâtre contemporain, avec tous ses stéréotypes, qui pourraient en effrayer certains. Une approche non consensuelle, un espace de recherche jamais figé, où le mouvement et l’aléatoire construisent l’œuvre. Le plateau, quelque peu anxiogène, s’anime grâce aux déambulations des comédiens et à une belle création lumière et sonore. Quant aux costumes, ils sont pour certains poétiques, pour d’autres banals mais toujours cohérents.
Les acteurs apparaissent et disparaissent avec la démarche lente de ceux qui ne sont pas encore prêts à mourir. Pas de pathos, pas de représentation de la mort ni d’exploration de ce que serait l’au-delà, juste des moments de vie communs à tous, comme Noël, les anniversaires et les mariages. Bien plus qu’une invitée, la mort est l’hôte de ces réunions familiales qui ponctuent notre existence, tel le balancier du temps. On ne peut d’ailleurs pas s’y tromper avec cet acteur qui oscille, aussi régulier qu’un métronome.
Proposer, questionner, sans jamais rien imposer
Pas encore prêt est une série de beaux tableaux, où des corps dansants évoquent des moments de vie semés de deuils : des jeunes mariés qui tout à coup disparaissent, une vieille dame qui vit probablement son dernier Noël, et une jeune fille qui brise le quatrième mur en hurlant au public « je ne veux pas crever ». D’autres « expériences » plus énigmatiques laissent songeur. Pourquoi donc cet homme d’un certain âge danse-t-il en robe de mariée ? Cet instant chorégraphié représente-t-il la séparation de l’âme et du corps quand il faut mourir ? Il n’y a sans doute pas de définition exacte, car le travail de la Compagnie d’À côté est de proposer, de questionner, sans jamais rien imposer. Émergent alors différentes réalités possibles que les comédiens et la metteuse en scène aiment partager avec le public à l’issue de la représentation.
Le rassemblement familial est le leitmotiv de la pièce, comme un hommage rendu à Tchekhov, auteur qu’affectionne la compagnie. C’est aussi le moyen de mettre en évidence les bouleversements de la vie et la difficulté que nous avons à supporter la perte de notre jeunesse ou celle d’un proche.
Les personnages semblent ensevelis dans leur propre tombe, et le tissu blanc des panneaux évoque un linceul. Différentes saynètes se jouent à la fois de part et d’autre du plateau, comme pour laisser libre le spectateur de regarder où bon lui semble. En équilibre entre l’expression simultanée de la vie et celle de la mort, ils se contentent d’évoquer nos peurs. On aimerait un peu plus de chaleur, sortir de ce parti pris clinique pour entendre une parole assumée et voir des cœurs ouverts qui s’insurgent et se débattent. Mais est-ce bien nécessaire de vouloir combattre une certitude ? À l’instar des antihéros de Pas encore prêt, nous pouvons crier que nous ne voulons pas « crever », nous pouvons chanter pour nous sentir vivants, nous n’échapperons pas à ce processus naturel, destin universel.
Cette création nous conduit sur la rive de l’inconnu et de l’ineffable. Beau défi que de vouloir parler de ce qui ne peut se définir, avec le risque cependant d’en laisser certains au bord du chemin. ¶
Laure Quenin
Les Trois Coups
* Traduction de Madadayo : « Pas encore prêt ».
Pas encore prêt, création collective de la Compagnie d’À côté
La Compagnie d’À côté • le Lieu dix • 10, rue Melchion • 13006 Marseille
Tél. : 06 18 41 56 09
Site : http://lacompagniedacote.blogpost.com
Courriel : contact@lacompagniedacote.com
Mise en scène : Aurélie Leroux
Avec : Roxane Cleyet-Merle, Charlotte Corman, Marion Duquenne, Franck Gazal, Éric Gerken, Sophie Lacoste
Création costumes : Alexandra Bina
Scénographie : Thomas Fourneau, Aurélie Leroux
Création lumière : Laurent Coulais
Création sonore : Thomas Fourneau
Théâtre des Bernardines • 17, boulevard Garibaldi • 13001 Marseille
Site du théâtre : www.theatre-bernardines.org
Courriel de réservation : reservation@theatre-bernardines.org
Réservations : 04 91 24 30 40
Du 11 au 22 janvier 2011, mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi, jeudi et samedi à 19 h 30
Durée : 1 h 30
12 € | 8 € | 3 €
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