Mardi 7 décembre 2010 2 07 /12 /Déc /2010 14:55

« Pas de deux », la musique et puis la vie !

 

Il était une fois un conteur fabuleux du nom étrange d’Abbi Patrix… Stop ! Avant d’aller plus loin, cessons le massacre et décapitons les préjugés : non, les contes ne sont pas (que ?) destinés aux enfants ! Il était une fois (donc !) Abbi Patrix et Linda Edjö au Lavoir moderne parisien. Au secours… ils nous ont ensorcelés. Pauvres de nous, nous succombons !

 

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« Pas de deux » | © Chantal Depagne-Palazon

 

Voilà des loustics bien inspirés que ces deux auteurs, Abbi Patrix (principalement) et l’auteure américaine Erica Wagner (à la collaboration). Ce qu’ils proposent ? Un retour aux sources. Tout ce qu’il y a de plus élémentaire. Mais aussi de plus essentiel… Oui, c’est cela ! Recréer le monde en réinventant ses origines, redessiner ses courbes en rappelant ce qui en constitue l’essence. Cette fois, raconté autrement. Ici, on palpe les montagnes, on sent le souffle du zéphyr et l’on goûte son parfum poétique. « Un régal des dieux », comme disait ma grand-mère. Nous vous avions prévenu, la foudre nous a percutés de plein fouet, nous sommes tombés sur la tête !

 

Ce qui nous a touchés ? La forme d’abord : « un concert d’histoires ». L’alliance de la musique et de la parole, où les voix se mélangent et racontent. Chacune à leur façon. Récits des origines, certes, mais réinventés par un conteur au pari un peu fou, qui redonne au verbe sa forme la plus originelle. Souvenez-vous. Il y a très longtemps, le troubadour faisait vibrer sa lyre pour raconter ses héros de légende. Et, bien avant encore, le poète grec psalmodiait ses mythes. Aujourd’hui, que nous reste-t-il ? Quelques griots, par-ci par-là, qui résistent encore, farouchement, à la lente disparition des traditions orales. Abbi Patrix, à la fois musicien, conteur et comédien, fait vibrer instruments et voix de concert. Aussi, quand on tombe sur un artiste aussi hybride (totalement inclassable !), on a envie de dire merci, merci pour ce beau travail.

 

Toute la partie instrumentale et vocale est partagée avec Linda Edjö. Ils ne sont que deux sur scène. Et pourtant, à eux seuls, ils manient le marimba, le vibraphone, l’harmonium, le gong, le tambourin et même des ustensiles de cuisine (si, si, je vous assure, je ne délire pas). Des plus petits aux plus étranges (nous ne sommes pas capables de tous les nommer), nous suivons leur jeu avec un plaisir énorme. Mais encore, s’il n’y avait que cela… Car il n’est pas rare de trouver des multi-instrumentistes de talent. Et aller piocher dans les civilisations primitives comme source d’inspiration pour faire appel au traditionnel n’a rien, en soi, de bien original.

 

Cette façon si singulière qu’ils ont de faire parler la musique

Non, le plus remarquable est en fait cette façon si singulière qu’ils ont de faire parler la musique. Un voyage à elle toute seule. Lorsque la voix du conteur se mêle à celle du marimba, naît la rencontre de l’homme et de la femme. Quelques coups de baguettes magiques, une bonne dose d’adresse (surtout de talent !), et l’instrument se met à raconter leur union. La musique nous fait voir, la voix sentir, le texte entendre : les os d’un squelette en marche qui s’entrechoquent, la fraîcheur d’une fontaine de jouvence, les aventures sensuelles du jeune « Chew ». Notre regard est attiré par le jeu des mains des musiciens. Elles caressent avec délectation et précision les instruments. Ici, c’est la peau des tambourins : un squelette se met à danser devant nous, une femme renaît. Là, c’est un gong, quelques percussions, une lumière rougeâtre, une voix venue d’ailleurs, qui nous entraînent dans l’univers onirique d’un palais. Dans tous les cas, c’est la musique et le chant qui donnent la vie.

 

Nous avons été moins convaincus par les morceaux chantés, surtout ceux pris en charge par la jeune musicienne Linda Edjö. Parfois, la voix est un peu trop masquée par l’instrument, parfois, le ton, une note au-dessus. D’ailleurs, le récit a-t-il ici vraiment besoin d’être chanté ? Il semble que cette rencontre entre la musique et la parole est déjà en soi suffisamment aboutie. Mais, soyons clairs, cette remarque ne remet pas en question un ensemble riche et entraînant. Pour ce conteur, la voix de l’instrument inspire, elle est un point de départ et un véritable souffle. Divin ! Le jeu fourmille de trouvailles. Alors, comment ne pas oublier les quelques rares moments qui nous ont fait un peu grimacer ?

 

Les contes sont acidulés et truffés d’humour. Les influences sont multiples : Afrique, Scandinavie, Asie. L’on pense aussi un peu à Gautier et à son Omphale, à Yourcenar et à ses Nouvelles orientales. Un plaisir des sens, un délice en bouche. Les contes sont là pour nous montrer ce qu’il y a de plus élémentaires. Ils nous font oublier une ère consommatrice, dévoreuse et tapageuse, où l’on prend, l’on consomme et puis l’on jette. Merci à ces talents de si bien nous le rappeler. Un beau retour à l’essentiel. 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Pas de deux, concert d’histoires, d’Abbi Patrix et Erica Wagner

Compagnie du Cercle

www.compagnieducercle.fr

Mise en scène : Abbi Patrix

Avec : Abbi Patrix et Linda Edjö

Lumière : Sam Mary

Son : Vincent Mahey

Le Lavoir moderne parisien • 35, rue Léon • 75018 Paris

Réservations : 01 42 52 09 14

Du 28 au 30 novembre 2010, à 20 heures

Prochaines dates : du mercredi 12 au dimanche 16 janvier 2011, à 20 h 30 et à 17 heures les dimanches. Puis du mercredi 16 au dimanche 20 février, à 20 h 30 et à 17 h 30 les dimanches

Durée : 1 h 30

15 € | 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2014 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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