Une trinité joyeuse et impertinente
La Grande Ourse à Villeneuve-lès-Maguelone, scène conventionnée pour le jeune public, poursuit sa mission tout en demeurant ouverte à un plus large public. C’est à son intention que sa directrice, Martine Combréras, a programmé Carole Bouquet dans un texte d’Artaud en début de saison et Marion Aubert l’autre soir, dans sa dernière création « Parfois lorsque les garçons arrivent le temps s’arrête ». Avec la complicité de Capucine Ducastelle et de Marion Guerrero, elle nous a plongés dans les délices de son univers poétique, absurde, cruel et impertinent.
ans
son manoir, Violaine est entourée de petites filles. Madeleine, Sonia, Mademoiselle. Un petit monde à part entre colonie, orphelinat ou pensionnat, refuge pour les gamines perdues dont
personne ne veut. Comme toute les petites filles, à l’abri derrière la clôture, elles jouent, vivent en toute liberté en rêvant des garçons, ces êtres qui, d’un baiser, vous font basculer dans
l’univers des adultes. Elles sont là parce que, au xxie siècle, l’inégalité sexuelle continue à exister. Parce que dans certains pays on
extermine encore les bébés de sexe féminin. Marion Aubert s’empare de cette réalité quotidienne pour la dénoncer à sa manière dans Parfois lorsque les garçons arrivent le temps
s’arrête, un titre éloquent.
« Parfois lorsque les garçons arrivent le temps s’arrête » | © Aurélia Malherbe
Marion Aubert ne donne pas dans le discours militant féministe. Des mots cinglants, des formules simples, des détails cruels, un coup de griffe par-ci, une bel élan de tendresse par-là, telles sont ses armes. On retrouve avec plaisir son style coup de poing, ses ruptures, cette façon teigneuse d’enfoncer le clou, comme les gamins qui vous harcèlent avec leurs questions à répétition. Crever les yeux, arracher les cheveux, tirer la langue, faire des grimaces à celui qu’on n’aime pas, la cruauté de Marion prend sa source dans les menaces et les actes des cours de récréation. C’est déjà le cas dans les Aventures de Nathalie Nicole Nicole, où les héroïnes se crêpaient le chignon jusqu’à l’hystérie. Violence et brutalité s’invitent plus souvent dans ses textes que la gentillesse. Sans doute pour casser une image de première de la classe qui pourrait lui coller à la peau…
En effet, depuis la création de sa compagnie Tire pas la nappe avec ses copines Marion Guerrero et Capucine Ducastelle, en 1997, à leur sortie du Conservatoire, Marion Aubert fait figure de jeune surdouée. Une Minou Drouet impertinente du xxie siècle. Au fil des ans, les scories de l’adolescence disparaissent peu à peu des textes, elle a atteint l’épanouissement d’une jeune maturité. Reconnue par ses pairs, elle a été invitée par Jean-Michel Ribes au Rond-Point, et Jean-Claude Fall lui a ouvert le CDN de Montpellier pour une résidence de création. Sur scène, Marion fait le clown dans une autodérision irrésistiblement drôle. N’oublions pas les deux autres brillants éléments de cette joyeuse trinité. Marion Guerrero assure avec brio la mise en scène et le rôle ingrat de Mademoiselle, l’adulte, tandis que Capucine Ducastelle joue les autres filles. Cette comédienne-ci a le don de se glisser d’un personnage à l’autre avec jubilation. Seul mâle, le musicien Christophe Brunel joue pour la première fois sa partition en direct, il s’est magnifiquement intégré à la bande. Ce réjouissant spectacle est la version pour adultes des Orphelines, une œuvre pour le jeune public sur le thème de la disparition des filles, commandée par le Préau de Vire. Par bonheur, les chutes de texte, jugées trop dures pour des jeunes oreilles, ne sont pas restées au fond d’un tiroir. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
Parfois lorsque les garçons arrivent le temps s’arrête, de Marion Aubert
Compagnie Tire pas la nappe • 5, rue de la Raffinerie • 34000 Montpellier
06 29 84 19 85
Mise en scène : Marion Guerrero
Avec : Marion Aubert, Capucine Ducastelle, Marion Guerrero
Musicien : Christophe Brunel
La Grande Ourse • centre culturel Bérenger-de-Frédol • 235, boulevard des Moures • 34751 Villeneuve-lès-Maguelone
Réservations : 04 67 69 58 00
Le 20 octobre 2009 à 20 h 30
Durée : 55 min
12 € | 11 € | 9 € | 8 €| 7 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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