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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 21:28

Aux sources de la langue


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Ce « Pantagruel » signe les retrouvailles de Benjamin Lazar, metteur en scène érudit et orfèvre, et d’Olivier Martin-Salvan comédien surdoué qui n’aime rien tant que donner la comédie… Et c’est un enchantement doublé d’un moment de franche rigolade !

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« Pantagruel », avec Olivier Martin-Salvan | © Nathaniel Baruch

Il fallait bien ce duo de choc pour donner du plaisir à l’écoute d’un auteur à la langue, certes flamboyante, mais aussi incroyablement résistante. Car ce « Pantagruel » est joué en langue originale, sans transformation aucune, ni modernisation, tout au contraire « dans son jus », à l’état brut. C’est bien cette langue-là, en effet, qu’ils tiennent à nous faire entendre et même, ô suprême défi, à nous faire comprendre et aimer…

Comment s’y prennent-ils ? D’une part, grâce à ce magnifique comédien, Olivier Martin-Salvan, qui incarne véritablement les personnages qui parcourent le spectacle (parcourent au sens propre et au sens figuré) : Pantagruel bien entendu, Panurge, ou le narrateur, qui mime leur histoire, soutient le texte de ses gestes, de ses mimiques, de ses regards, restitue la richesse sémantique de chaque mot, l’évoque, la convoque et surtout la malaxe, la goûte, l’éructe, la mange, la boit, dans une relation presque érotique, en tout cas éminemment sensuelle, gourmande, avec lui. Ses talents de chanteur lyrique sont eux aussi de la partie, et le voilà qui utilise un registre d’une étendue proprement stupéfiante…

Et, d’autre part, par la magie de la scénographie et des costumes [avec Julia Brochier] signés Adeline Caron, ainsi que des lumières dont le maître est Pierre Peyronnet. On n’est plus cette fois-ci dans l’éclairage à la bougie, mais à la lampe électrique, tout aussi parcimonieux, et nous voici transportés dans ces temps de veillée où l’on ne voyait goutte, peuplés de loups-garous, d’ogres et de farfadets, qui sont, comme chacun sait, fort portés sur la chose… Et, justement, ces temps où les nuits étaient synonymes d’obscurité étaient propices aussi aux fêtes estudiantes, aux bacchanales et autres gourmandises si peu recommandables que la Sorbonne à la parution interdit le livre pour obscénité.

Truculent, homérique et jubilatoire

Voici déjà pour l’atmosphère… Mais il y a aussi le décor fait de ballots de foin et de morceaux de bois. Et les costumes de corde et de paille dans lesquels Pantagruel range son corps énorme, tout un monde rugueux, presque sauvage… Et la manière athlétique dont Olivier Martin-Salvan occupe cet espace, le traverse, le transforme, en géant capable de parcourir mille lieues. Décor qui change complètement dans la seconde partie, très onirique, même poétique, quand Pantagruel arrive au pays des méduses et que celles-ci envahissent le plateau par dizaines, flottant à mi-hauteur, tels des ectoplasmes… On est alors fasciné par la beauté de ces mouvements aléatoires au point d’oublier d’être attentif à l’histoire qui nous est contée, ce qui, il faut bien le dire, se rattrape difficilement !

Il faut parler aussi de la richesse de la composition musicale originale de David Colosio, qui passe de morceaux proprement baroques à des accents nettement plus contemporains, ainsi que de la dextérité des musiciens – Benjamin Bédouin aux cornets et aux flûtes et Miguel Henry au luth et à la guitare –, tous deux excellents interprètes dont les dispositions d’acteurs viennent prêter main forte à Olivier Martin-Salvan.

Enfin, l’on rit beaucoup à ce spectacle qui est tout sauf guindé. D’abord parce que Rabelais aimait la vie, qu’il était irrévérencieux et iconoclaste, et aussi parce que le gigantisme de son personnage autorise tous les excès. Certaines scènes, comme celle de la bibliothèque, sont des moments inoubliables de drôlerie. Benjamin Lazar restitue à la perfection le côté conte paillard de l’œuvre de Rabelais et l’aptitude d’Olivier Martin-Salvan à la bouffonnerie fait le reste ! 

Trina Mounier


Voir aussi le Bourgeois gentilhomme, critique de Céline Doukhan.

Voir aussi les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, critique de Céline Doukhan.


Pantagruel, de François Rabelais

Conception artistique et adaptation : Benjamin Lazar et Olivier Martin-Salvan

Mise en scène : Benjamin Lazar

Collaboration à la mise en scène : Amilée Enon

Comédien : Olivier Martin-Salvan

Musiciens : Benjamin Bédouin (cornets et flûtes) et Miguel Henry (luth et guitare)

Composition musicale : David Colosio

Recherche dramaturgique : Mathilde Hennegrave

Lumières : Pierre Peyronnet

Scénographie : Adeline Caron

Assistanat à la scénographie : Sylvie Bouguennec

Costumes : Adeline Caron et Julia Brochier, assistées de Margaux Sardin

Régie générale et lumières : Fabrice Guilbert

Régie son : François-Xavier Robert

Administration de production / diffusion : Colomba Ambroselli

Production : Tsen productions

Coproduction : Théâtre de Cornouailles, scène nationale de Quimper (et résidence), C.D.D.B. Théâtre de Lorient-C.D.N. (et résidence), Incroyable compagnie, T.N.P. Villeurbanne, Théâtre des 13-Vents-C.D.N. Languedoc-Roussillon-Montpellier, Le Quartz, scène nationale de Brest, Théâtre du Château d’Eu

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne cedex

Petit Théâtre, salle Jean-Bouise

– Métro : ligne A, arrêt Gratte-Ciel

– Bus : C3, arrêt Paul-Verlaine ; bus lignes 27, 69 et C26, arrêt Mairie-de-Villeurbanne

– Voiture : prendre le cours Émile-Zola jusqu’aux Gratte-Ciel, suivre la direction hôtel de ville

Par le périphérique, sortie Villeurbanne-Cusset / Gratte-Ciel

Réservations : 04 78 03 30 00

www.tnp-villeurbanne.com

Du 9 avril au 20 avril 2013, du mardi au samedi à 20 heures

Durée : 1 heure

28 € | 18 € | 13 €

Tournée :

– Les 25 avril et 26 avril 2013 au Théâtre de l’Ouest-Parisien à Boulogne Billancourt (92)

– Du 1er octobre au 5 octobre 2013, Le Quartz, scène nationale de Brest

– Du 7 novembre au 30 novembre 2013, L’Athénée - Théâtre Louis-Jouvet

– Du 14 janvier au 18 janvier 2014, C.D.D.B. Théâtre de Lorient-C.D.N.

– Du 18 février au 21 février 2014, Théâtre des 13-Vents-C.D.N Languedoc-Roussillon-Montpellier

– Le 8 mars 2014, Scène Watteau à Nogent-sur-Marne

– Les 27 mars et 28 mars 2014, Théâtre de Morlaix

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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