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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:18

« Paï saï » ou l’audace

de la rencontre


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Entre Béarn et Laos, à la croisée de la jonglerie, de la musique et de la danse, « Paï saï » est une merveille, une exploration intimiste et audacieuse, pointue et mystérieuse.

pai-sai philippe-cibille

« Paï saï » | © Philippe Cibille

Il est rare d’assister à un spectacle qui apporte à la fois les plaisirs du divertissement et la réflexion d’une démarche plus intellectuelle. Paï saï est de ceux-là. À peine le noir s’est-il fait que, déjà, on « est dedans », sans hésitation possible. Comme dans son précédent spectacle Jongle d’Oc, Vincent de Lavenère est entouré d’une panoplie d’objets qui l’accompagneront tour à tour : cloches, chistera, balles, mais aussi citole (sorte de guitare médiévale que Vincent de Lavenère fabrique lui-même) et un khène, instrument laotien traditionnel. C’est que l’artiste, ayant longtemps voyagé au Laos, s’est fait le chantre d’une rencontre audacieuse entre les cultures, intégrant les traditions laotiennes à sa propre expérience. Mais attention, point ici de folklore, c’est à une exploration tout à fait contemporaine que nous convie le Béarnais.

Prenons la musique. Avec tout ce que le spectacle a de visuel (la scénographie, les lumières et, bien sûr, la jonglerie elle-même), elle participe d’une totalité à la cohérence et à la sophistication exceptionnelles. On entend des sons qui évoquent le Béarn (surtout des sons de cloche), ainsi que des voix enregistrées au Laos, et celle de Vincent de Lavenère enregistrée et mixée en direct. L’univers sonore qui résulte de ce cocktail – rythmes lancinants, réalisme des voix parlées ou chant proche de la psalmodie – n’est comparable à rien, il faut s’en laisser imprégner, tout simplement.

Éphémère, forcément inédit et unique

Le choix de la voix samplée est finalement tout naturel, car il reflète ce qui paraît être l’essence même d’un tel spectacle : aléatoire, jamais identique d’un soir à l’autre, éphémère, forcément inédit et unique, comme le geste du jongleur. Juxtapositions et répétitions atteignent même la folie tout au long d’une séquence que n’auraient pas reniée les Beatles époque « A Day in the Life », titre qui concluait avec démesure l’avant-gardiste Sergent Pepper’s. Seul bémol : au début, un procédé d’amplification de la voix de l’artiste a surtout eu pour effet de la rendre moins audible…

À égalité avec la musique, les lumières créées par Laurent Queyrut modèlent un espace continuellement empli de sens, ou plutôt invitant à la rêverie. Des éclairages mordorés caressent littéralement le sommet du chistera sur lequel est posée, fragile, presque insolite, une balle. À l’inverse, un éclairage de plus en plus violent dessine la silhouette du jongleur sur un fond constitué d’un rideau de fil blanc. Et quand, seules, les balles, lancées dans les airs en un ballet hypnotique, se détachent sur le fond sombre, on croit assister à un feu d’artifice silencieux. Et cela grâce à la seule magie de la persistance rétinienne qui dessine des traces là où il n’y a que des points en mouvement… Au cours de cette séquence, les prenant une à une sur un petit chemin de lumière, le jongleur fait voler jusqu’à huit balles. C’est assez extraordinaire, certes, mais ce n’est finalement pas le passage le plus convaincant. Cela confirme, en fait, la vision poétique de l’art de Vincent de Lavenère, dont l’humour et la gentillesse transparaissent d’ailleurs souvent avec bonheur. 

Céline Doukhan


Paï saï, de Vincent de Lavenère

Compagnie Chant de balles • 2, chemin de la Grange • 91190 Gif-sur-Yvette

www.vincentdelavenere.com

Diffusion/production : Véronique de Lavenère | v.delavenere@free.fr

Mise en scène et jeu : Vincent de Lavenère

Collaboration artistique : Grégoire Monsaingeon

Scénographie : Bruno de Lavenère

Lumière : Laurent Queyrut

Son : Laurent Maza

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 19 mars 2011 à 20 h 30, scolaires les 15, 17 et 18 mars 2011

Durée : 55 minutes

De 9 € à 30 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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